mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | STASI CHATAIN & Associés |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2111213 du 27 septembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. B C.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 6 septembre 2021,19 février, 13 avril, 24 mai et 15 novembre 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 5 mars 2024 et produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, M. B C, représenté par Me Laymond, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur de l'Ecole nationale supérieure (ENS) Louis-Lumière lui a interdit d'accéder aux locaux de l'école pour une durée de trente jours, ensemble la décision du 21 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 9 juin 2021 par laquelle le directeur de l'école a prolongé l'interdiction d'accès jusqu'à la décision de la section disciplinaire du conseil académique ;
3°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 du directeur de l'école relative aux modalités de continuité pédagogique de sa formation ;
4°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le directeur de l'école a, d'une part, rejeté sa demande, formée par un courrier du 9 février 2022, tendant à l'abrogation ou au retrait de la décision de prolongation de l'interdiction d'accès aux locaux et, d'autre part, défini les modalités de validation de son année de master ;
5°) de mettre à la charge de l'ENS Louis-Lumière la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours n'est pas forclos ;
- les décisions du 5 juillet 2021 et du 22 mars 2022 lui font grief ;
- les décisions des 10 et 21 mai, du 9 juin et du 5 juillet 2021 sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des 1° et 2° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les décisions des 10 mai et 9 juin 2021 n'ont pas été précédées de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles constituent des exclusions temporaires qui ne pouvaient être adoptées sans respecter la procédure disciplinaire prévue aux articles R. 811-10 à R. 811-42 du code de l'éducation et les garanties essentielles qui y sont associées ;
- l'interdiction d'accès et la mesure de prolongation reposent sur des faits matériellement non établis en l'absence de risques de désordre imputables de manière avérée et certaine à sa présence dans l'établissement ;
- elles ne sont ni adaptées, ni nécessaires, ni disproportionnées ;
- en lui interdisant tout contact avec les autres étudiants, en dehors des pouvoirs conférés par l'article R. 712-2 du code de l'éducation, le directeur de l'établissement a pris une décision dépourvue de tout fondement légal et a entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- la décision refusant de fixer les modalités de la continuité pédagogique a été prise en violation de l'article L. 811-1 du code de l'éducation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 décembre 2021, les 22 mars et
10 mai 2022 et le 22 septembre 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 28 février 2024 et produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, et un mémoire, enregistré le 20 mars 2024 et non communiqué, l'ENS Louis-Lumière, représentée par Me Fayat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive en vertu de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ;
- la décision du 5 juillet 2021 ne fait pas grief et n'est pas susceptible de recours ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2022, qui ne fait pas non plus grief, sont nouvelles et sont dès lors irrecevables ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une lettre du 22 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'en se fondant sur les dispositions de l'article R. 712-8 du code de l'éducation pour interdire à M. C l'accès aux locaux de l'école pour une durée de trente jours et prolonger la durée de cette interdiction jusqu'à la décision de la section disciplinaire du conseil académique, le directeur de l'ENS Louis-Lumière a méconnu le champ d'application de la loi dès lors que ces dispositions relatives à la sécurité des biens et des personnes n'étaient pas, à la date à laquelle les décisions litigieuses ont été prises, applicables à l'ENS Louis-Lumière.
Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024 et communiqué le jour même, l'ENS Louis-Lumière a présenté des observations sur ce moyen relevé d'office. Il demande que le tribunal substitue aux dispositions de l'article R. 712-8 du code de l'éducation, sur le fondement duquel les décisions d'interdiction ont été prises, celles du 5° de l'article 18 du décret du 27 juin 1991.
Par une lettre du 2 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de ce que :
- eu égard à l'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte non réglementaire illégal, lequel réside dans l'obligation, que le juge peut d'office prescrire, pour l'autorité compétente de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2022 en tant qu'elle rejette la demande d'abrogation des décisions d'interdiction d'accès aux locaux de l'établissement sont devenues sans objet dès lors que ces décisions d'interdiction ont cessé de produire leurs effets à compter de la date de réunion de la section disciplinaire du conseil académique du 29 juin 2022 ;
- le directeur de l'établissement était, au regard de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration, en situation de compétence liée pour rejeter, par sa décision du 22 mars 2022, la demande tendant au retrait des décisions d'interdiction d'accès aux locaux, laquelle a été formulée, par un courrier du 9 février 2022, plus de quatre mois après l'édiction des mesures.
Par un mémoire, enregistré le 6 mai 2024 et communiqué le jour même, M. C a présenté des observations sur ces moyens relevés d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 91-602 du 27 juin 1991 ;
- le décret n° 2023-856 du 5 septembre 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiral,
- les conclusions de M. A,
- et les observations de Me Laymond, représentant M. C, et celles de Me Phan, représentant l'ENS Louis-Lumière.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 12 octobre 1993, était inscrit, au titre de l'année 2020-2021, à l'Ecole nationale supérieure (ENS) Louis-Lumière en première année du master " Cinéma ". Par des lettres du 7 mai 2021 adressées au directeur de l'établissement ainsi qu'aux professeurs du master, plusieurs étudiants ont sollicité le renvoi de M. C, l'accusant de faits graves, notamment de viol, d'agression sexuelle et de harcèlement. Convoqué le 8 mai 2021, M. C s'est entretenu le 10 mai 2021 avec le directeur de l'école et la secrétaire générale. Par une décision du même jour, prise en application de l'article R. 712-8 du code de l'éducation, le directeur de l'établissement lui a interdit l'accès aux locaux de l'école pour une durée initiale de trente jours. Par une lettre du 19 mai 2021, M. C a formé contre cette mesure un recours administratif qui a été rejeté le 21 mai 2021. Par une décision du 9 juin 2021, le directeur de l'école a prolongé l'interdiction d'accès aux locaux jusqu'à la décision de la section disciplinaire du conseil académique. Par une lettre du 5 juillet 2021, le directeur de l'établissement a informé l'intéressé que, pour ce qui concerne les travaux pratiques de la formation, les modalités de continuité pédagogique seraient arrêtées une fois que la section disciplinaire du conseil académique se serait prononcée. Par un courrier du 9 février 2022, M. C, après avoir formé, par la requête susvisée, enregistrée le 6 septembre 2021, un recours pour excès de pouvoir contre les mesures précitées, a sollicité le retrait ou l'abrogation, à tout le moins partiellement, de la prolongation de l'interdiction d'accès aux locaux de l'école, ainsi que la mise en place de mesures destinées à assurer la continuité pédagogique. Par une décision du 22 mars 2022, le directeur de l'école a, d'une part, rejeté sa demande tendant au retrait ou à l'abrogation de la décision d'interdiction d'accès aux locaux de l'école et, d'autre part, défini les modalités de validation de son année de master. M. C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation des décisions des 10 et 21 mai, 9 juin et 5 juillet 2021 et du 22 mars 2022. Par une décision du 19 septembre 2022, la commission de la section disciplinaire du conseil académique de l'université Paris Nanterre a prononcé l'exclusion de M. C de D pour une durée de deux ans dont un an avec sursis.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, soit dans sa notification si la décision est expresse, soit dans l'accusé de réception de la demande l'ayant fait naître si elle est implicite. Il en va ainsi, y compris lorsque la décision, prise à la suite de l'exercice d'un recours hiérarchique ou gracieux qui n'est pas un préalable obligatoire au recours contentieux, ne se substitue pas à la décision qui a fait l'objet de ce recours.
3. Il ressort des pièces du dossier que ni les décisions des 10 et 21 mai 2021 par lesquelles le directeur de l'école a interdit à M. C d'accéder aux locaux et a rejeté son recours gracieux ni la décision du 9 juin 2021 par laquelle cette même autorité a prolongé la durée de l'interdiction d'accès à l'enceinte de l'établissement ne comportaient les mentions requises par les dispositions précitées de l'articles R. 421-5 du code de justice administrative. L'ENS Louis-Lumière fait valoir en défense que, par la lettre de son directeur du 5 juillet 2021 évoquée au point 1, les voies et délais de recours ont été portés à la connaissance du requérant. Toutefois, alors que le délai mentionné à l'article R. 421-1 du code de justice administrative est un délai franc, à supposer même que cette lettre du 5 juillet 2021 ait été notifiée à son destinataire à cette date, ce qui n'est pas établi, la requête de M. C, enregistrée le 6 septembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, soit avant l'expiration du délai de recours de deux mois, n'est pas tardive. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par l'ENS Louis-Lumière doit être écartée.
Sur les décisions d'interdiction d'accès aux locaux de l'école des 10 mai et 9 juin 2021 :
En ce qui concerne le moyen relevé d'office :
4. Aux termes de l'article L. 711-2 du code de l'éducation : " Le présent titre fixe les principes applicables à l'organisation et au fonctionnement de chacun des types d'établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, qui sont : / 1° Les universités auxquelles sont assimilés les instituts nationaux polytechniques ; / 2° Les écoles et instituts extérieurs aux universités ; 3° Les écoles normales supérieures, les écoles françaises à l'étranger et les grands établissements ; 4° Les communautés d'universités et établissements. / La liste et la classification des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel sont établies par décret ". En application de l'article L. 712-2 du même code, le président de l'université est responsable du maintien de l'ordre et peut faire appel à la force publique dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 712-8 de ce code : " En cas de désordre ou de menace de désordre dans les enceintes et locaux définis à l'article R. 712-1, l'autorité responsable désignée à cet article en informe immédiatement le recteur chancelier. / Dans les cas mentionnés au premier alinéa : / 1° La même autorité peut interdire à toute personne et, notamment, à des membres du personnel et à des usagers de l'établissement ou des autres services ou organismes qui y sont installés l'accès de ces enceintes et locaux. / Cette interdiction ne peut être décidée pour une durée supérieure à trente jours. Toutefois, au cas où des poursuites disciplinaires ou judiciaires seraient engagées, elle peut être prolongée jusqu'à la décision définitive de la juridiction saisie. / 2° Elle peut suspendre des enseignements, quelle que soit la forme dans laquelle ils sont dispensés. Cette suspension ne peut être prononcée pour une durée excédant trente jours ".
5. Il résulte des dispositions des articles R. 741-1 à R. 741-4 et D. 741-12 du code de l'éducation, que l'ENS Louis-Lumière est un établissement public national d'enseignement supérieur à caractère administratif placé sous la tutelle du ministre chargé de l'enseignement supérieur et régi par le décret n° 91-602 du 27 juin 1991 visé ci-dessus. Aux termes de l'article L. 741-1 du même code : " Les dispositions des articles L. 712-6-2, L. 811-5, L. 811-6, L. 952-7 à L. 952-9 sont applicables aux établissements publics à caractère administratif d'enseignement supérieur, placés sous la tutelle du seul ministre chargé de l'enseignement supérieur ou du ministre chargé de l'enseignement supérieur conjointement avec le ministre chargé de l'agriculture, sous réserve des dérogations fixées par décret en Conseil d'Etat, compte tenu des caractéristiques propres à ces établissements. / Ce décret peut prévoir la création d'un conseil académique disposant de tout ou partie des compétences prévues à l'article L. 712-6-2. Lorsqu'un conseil académique n'a pas été créé, les compétences mentionnées aux articles
L. 712-6-2, L. 811-5, L. 811-6 et L. 952-6 à L. 952-9 sont exercées par les instances de l'établissement prévues par le décret de création de l'établissement. / Le décret de création de l'établissement peut également prévoir que le conseil académique dispose de tout ou partie des compétences prévues à l'article L. 712-6-1. / Lorsqu'un conseil académique n'a pas été créé, les compétences mentionnées à cet article sont exercées par les instances de l'établissement prévues par le décret de création de l'établissement ". Il résulte de ces dispositions que les règles d'organisation et de fonctionnement de l'ENS Louis-Lumière sont fixées par les dispositions des articles R. 741-1 et suivants du code de l'éducation et celles du décret du 27 juin 1991 précité. En vertu des dispositions du 5° de l'article 18 dudit décret, le directeur de l'école est responsable du maintien de l'ordre dans les enceintes et locaux affectés à l'école.
6. Si, en vertu du II de l'article R. 741-2 du code de l'éducation, les dispositions de l'article R. 712-8 du code de l'éducation sont applicables aux établissements publics nationaux d'enseignement supérieur à caractère administratif au nombre desquels figure, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'ENS Louis-Lumière, ledit article R. 741-2, créé par le décret n° 2023-856 du 5 septembre 2023 susvisé n'était pas en vigueur à la date à laquelle les décisions d'interdiction d'accès aux locaux de l'école en litige ont été prises par le directeur de l'établissement. Or ni les dispositions du décret du 27 juin 1991 susvisé ni aucune autre des dispositions du code de l'éducation n'autorisaient le directeur de cette école, à la date d'édiction des décisions attaquées, à faire application de l'article R. 712-8 du code de l'éducation. Par suite, en interdisant à M. C d'accéder aux locaux pour une durée initiale de trente jours et en prolongeant cette interdiction jusqu'à la décision de la section disciplinaire du conseil académique, le directeur de l'ENS Louis-Lumière, qui ne pouvait légalement se fonder sur ces dispositions, a méconnu le champ d'application de la loi.
7. Dans ses observations en réponse au moyen relevé d'office par le tribunal dans son courrier susvisé du 22 avril 2024, l'ENS Louis-Lumière fait valoir que son directeur aurait pu prendre la même décision sur le fondement du pouvoir de police qu'il tient des dispositions du 5° de l'article 18 du décret du 27 juin 1991 susvisé et demande au tribunal de substituer ces dernières dispositions à celles de l'article R. 712-8.
8. La substitution de base légale n'est possible que dans le cas où l'autorité administrative aurait été susceptible de prendre la même décision sur le fondement du texte substitué au vu de règles de portée équivalente, dans le cadre d'un même pouvoir d'appréciation et sans priver l'intéressé de garanties de procédure qu'il tiendrait du texte substitué.
9. Si les dispositions du 5° de l'article 18 du décret du 27 juin 1991 susvisé confèrent, ainsi que le soutient l'ENS Louis-Lumière, un pouvoir de police au directeur de l'école pour maintenir l'ordre dans les enceintes et locaux de l'établissement, elles n'ont pas une portée équivalente à celles, précitées, de l'article R. 712-8 du code de l'éducation dès lors notamment que les interdictions d'accès aux locaux, prises sur le fondement de ce dernier article, sont encadrées dans le temps et limitées à trente jours, sauf dans le cas où des poursuites disciplinaires ou judiciaires seraient engagées. Cette différence de portée fait ainsi obstacle à ce que les dispositions du 5° de l'article 18 du décret du 27 juin 1991 puissent servir de base légale aux décisions attaquées des 10 mai et 9 juin 2021. Il suit de là, d'une part, qu'il n'y pas lieu de faire droit à la substitution de base légale demandée en défense par l'ENS Louis-Lumière et, d'autre part, que les décisions litigieuses sont entachées d'erreur de droit et doivent, comme telles, être annulées.
En ce qui concerne les autres moyens et au surplus :
10. Les décisions litigieuses des 10 mai et 9 juin 2021 constituent des mesures de police administrative destinées à prévenir les risques de désordre dans l'enceinte de l'établissement.
11. En vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui constituent des mesures de police doivent être motivées. En application de l'article L. 211-5 du même code, l'exigence de motivation implique que la décision énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de telle sorte que la personne concernée par une telle mesure puisse, à la seule lecture de cette mesure, en connaître les motifs. La décision attaquée du 10 mai 2021, vise l'article R. 712-8 du code de l'éducation et se borne à mentionner que le directeur de l'école a pris connaissance des témoignages reçus le 7 mai 2021 et a entendu les personnes concernées. Dès lors, cette décision ne comporte pas l'énoncé des motifs de fait en considération desquels le directeur de l'école a fait interdiction au requérant d'accéder aux locaux et ne satisfait dès lors pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même, s'agissant de la décision litigieuse du 9 juin 2021, qui, si elle vise également l'article R. 712-8 précité, se borne à indiquer qu'une procédure disciplinaire a été diligentée à l'encontre de M. C et que la présence de ce dernier dans les locaux porterait atteinte au bon fonctionnement de l'école et entraînerait un risque de désordre, sans apporter aucune précision sur les faits en considération desquels le directeur a estimé qu'il en irait ainsi. Il suit de là que les décisions litigieuses ne sont pas motivées en fait et doivent être annulées.
12. En vertu des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable, sauf en cas de situation d'urgence qui doit être appréciée concrètement, en fonction des circonstances de l'espèce. Le respect de cette procédure implique que la personne intéressée ait été avertie de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'elle bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations. D'une part, si M. C a été convoqué, par un courrier électronique du 8 mai 2021 du directeur de l'école, à un entretien préalable qui s'est tenu le 10 mai 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette convocation ne mentionnait ni la mesure que l'administration envisageait de prendre, à savoir une interdiction d'accès aux locaux dont le requérant n'a été informé que le jour de l'entretien, ni les motifs sur lesquels elle entendait se fonder. M. C n'a donc pas été régulièrement mis à même de faire valoir ses observations. Si l'ENS Louis-Lumière fait valoir en défense que l'urgence tenant à la prévention de troubles à l'ordre public au sein de l'établissement impliquait nécessairement de prendre la décision d'interdiction dans les plus brefs délais, comme il a été dit ci-dessus, les faits ayant conduit le directeur de l'école à prendre, le 10 mai 2021, la mesure attaquée ont été portée à sa connaissance le 7 mai 2021. Ce délai lui permettait de respecter une procédure contradictoire et, en tout état de cause, rien au dossier ne permet de révéler l'existence d'une situation d'urgence de nature à le dispenser du respect d'une procédure contradictoire. D'autre part, il est constant que la décision attaquée du 9 juin 2021 par laquelle le directeur de l'école a prolongé l'interdiction d'accès aux locaux n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire préalable, sans que la défenderesse puisse sérieusement faire valoir une situation d'urgence. Ces irrégularités répétées ont privé l'intéressé de la garantie que constitue le respect, par l'administration, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que les décisions litigieuses des 10 mai et 9 juin 2021 ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière et doivent, pour ce motif aussi, être annulées.
13. Comme il a été dit ci-dessus, pour justifier les mesures d'interdiction d'accès aux locaux de l'école prises à l'encontre de M. C, le directeur de l'ENS Louis-Lumière s'est fondé sur des lettres de dénonciation, mentionnées au point 1, qu'il a reçues le 7 mai 2021, accusant le requérant de faits, notamment, de viol, d'agression sexuelle et de harcèlement. Toutefois, ces seules lettres, émanant de trois étudiants, dont d'ailleurs deux se bornent à relater des faits qu'ils n'ont pas eux-mêmes constatés, ne permettent pas de tenir pour établies les accusations portées contre le requérant et sont insuffisantes, par elles-mêmes, pour caractériser un trouble grave ou une menace de trouble grave. Par ailleurs, et à supposer même que la présence de M. C ait pu, ainsi que le fait valoir en défense l'ENS Louis-Lumière, être la cause d'un malaise dans le groupe de travail où il était affecté, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'école n'aurait pas été en mesure, compte tenu des moyens humains, matériels et juridiques dont il disposait, de maintenir l'ordre dans l'établissement, par une mesure moins contraignante telle que, notamment, une réorganisation des groupes de travail. Par suite, en l'absence de risques de désordre établis de nature à justifier les mesures d'interdiction d'accès aux locaux, M. C est fondé à soutenir que les décisions litigieuses des 10 mai et 9 juin 2021 reposent sur des faits matériellement inexacts et ne sont ni nécessaires ni proportionnées et à en demander, pour ces motifs, l'annulation.
14. Il résulte de ce qui précède que les décisions des 10 mai et 9 juin 2021 par lesquelles le directeur de l'ENS Louis-Lumière a interdit à M. C d'accéder aux locaux de l'école et a prolongé cette interdiction, ainsi, par voie de conséquence, que la décision du 21 mai 2021 du même directeur rejetant le recours gracieux formé par l'intéressé à l'encontre de la décision du 10 mai 2021, doivent être annulées.
Sur la décision refusant d'abroger les décisions d'interdiction d'accès aux locaux :
15. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente de procéder à l'abrogation.
16. En l'espèce, par la décision contestée du 9 juin 2021, le directeur de D a prolongé l'interdiction d'accès aux locaux jusqu'à la décision de la section disciplinaire du conseil académique. Or, il est constant que la section disciplinaire du conseil académique de l'université Paris Nanterre, réunie en séance le 29 juin 2022, a, par une décision du 19 septembre 2022, prononcé l'exclusion de M. C pour une durée de deux ans dont un an avec sursis. Dans ces conditions, la décision contestée du 22 mars 2022, en tant qu'elle rejette la demande d'abrogation des décisions d'interdiction d'accès aux locaux de l'école, a cessé de produire ses effets à compter de la date de la décision de la section disciplinaire du conseil académique. Il suit de là qu'à la date du présent jugement, le juge ne peut prescrire à l'autorité compétente d'abroger cette décision. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus d'abroger les décisions d'interdiction d'accès aux locaux prises contre le requérant.
Sur la décision refusant de retirer les décisions d'interdiction d'accès aux locaux :
17. Aux termes de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction ". Aux termes de l'article L. 243-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 243-3, une mesure à caractère de sanction infligée par l'administration peut toujours être retirée ".
18. Comme il a été dit ci-dessus, les décisions des 10 mai et 9 juin 2021 constituent des mesures de police administrative destinées à prévenir les risques de désordre dans l'enceinte de l'établissement et non, contrairement à ce que soutient le requérant, des mesures à caractère de sanction au sens des dispositions précitées de l'article L. 243-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le directeur de l'école, qui ne pouvait légalement procéder à leur retrait au-delà du délai de quatre mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 243-3 de ce code, était en situation de compétence liée pour rejeter la demande du requérant, formée par son courrier du 9 février 2022, tendant au retrait de la décision de prolongation de l'interdiction d'accès aux locaux.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision du 22 mars 2022 en tant qu'elle rejette la demande tendant au retrait de la décision de prolongation de l'interdiction d'accès aux locaux doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions opposée par l'ENS Louis-Lumière.
Sur les décisions relatives aux modalités de la continuité pédagogique :
20. La décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur a indiqué à M. C que, pour ce qui concerne les travaux pratiques de la formation, les modalités de continuité pédagogique seraient arrêtées une fois que la section disciplinaire du conseil académique se serait prononcée, n'entre dans aucune des catégories de décisions pour lesquelles les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ou tout autre texte ou principe, prévoient une obligation de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant.
21. Aux termes de l'article L. 811-1 du code de l'éducation : " Les usagers du service public de l'enseignement supérieur sont les bénéficiaires des services d'enseignement, de recherche et de diffusion des connaissances et, notamment, les étudiants inscrits en vue de la préparation d'un diplôme ou d'un concours, les personnes bénéficiant de la formation continue et les auditeurs. / Ils disposent de la liberté d'information et d'expression à l'égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif, dans des conditions qui ne portent pas atteinte aux activités d'enseignement et de recherche et qui ne troublent pas l'ordre public. / Des locaux sont mis à leur disposition. Les conditions d'utilisation de ces locaux sont définies, après consultation du conseil académique en formation plénière, par le président ou le directeur de l'établissement, et contrôlées par lui ". M. C ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision relative à la détermination des modalités de continuité pédagogique la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 811-1 du code de l'éducation qui ont pour seul objet de fixer le cadre général des droits et obligations des usagers du service public de l'enseignement supérieur.
22. Il résulte de ce qui a été dit des points 20 et 21 que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions du 5 juillet 2021 et du 22 mars 2022 du directeur de l'ENS Louis-Lumière relatives aux modalités de continuité pédagogique doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions opposée par l'ENS Louis-Lumière.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par l'ENS Louis-Lumière au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ENS Louis-Lumière le versement à M. C de la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2022 en tant qu'elle refuse d'abroger les décisions des 10 mai et 9 juin 2021 par lesquelles le directeur de l'ENS Louis-Lumière a interdit à M. C d'accéder aux locaux d'accès aux locaux de l'établissement.
Article 2 : Les décisions des 10 et 21 mai 2021 et celle du 9 juin 2021 du directeur de l'ENS Louis-Lumière sont annulées.
Article 3 : L'ENS Louis-Lumière versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de l'ENS Louis-Lumière tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'Ecole nationale supérieure Louis-Lumière.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- M. Guiral, premier conseiller,
- Mme Lamlih, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le rapporteur,
S. Guiral
Le président,
L. Gauchard
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026