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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113326

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113326

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantFRIGUI PATRIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, la SCI Villette, représentée par Me Frigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de traitement d'insalubrité n° 21-0341 du 15 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a mise en demeure de faire cesser la mise à disposition à des fins d'habitation d'un local inclus dans un immeuble situé 32 avenue Jean Jaurès dans la commune de Pantin et lui a prescrit de supprimer certains équipements existants dans ce local ainsi que le relogement de ses occupants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure qui l'a privée d'une garantie, à défaut de consultation de la commission départementale compétente en matière d'environnement, de risques sanitaires et technologiques ;

- le bien n'est pas impropre à l'habitation ;

- l'obligation de relogement des occupants est infondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- la loi 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- la loi n° 96-1107 du 18 décembre 1996 ;

- le décret 67-223 du 17 mars 1967 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Villette est la propriétaire d'un local, correspondant au lot n° 33, aménagé en logement au 5ème étage d'un immeuble situé 32 avenue Jean Jaurès dans la commune de Pantin (93500). Par un arrêté de traitement d'insalubrité n° 21-0341 du 15 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a mise en demeure de faire cesser la mise à disposition à des fins d'habitation de ce local et lui a prescrit de supprimer les équipements sanitaires et de cuisine que celui-ci comporte ainsi que de reloger ses occupants. La SCI Villette demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de la construction et de l'habitation ainsi que celles du code de la santé publique sur lesquelles il est fondé, énonce avec une précision suffisante les considérations de fait qui constituent le fondement de cet arrêté, sans qu'il ait été nécessaire d'y faire figurer les éléments invoqués relatifs à la situation de l'occupante des lieux. Le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1416-1 du code de la santé publique : " La commission départementale compétente en matière d'environnement, de risques sanitaires et technologiques peut être consultée par le représentant de l'Etat dans le département lorsqu'il prend un arrêté en application du 4° de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation. () ".

4. En application des dispositions précitées, la saisine de la commission départementale compétente en matière d'environnement, de risques sanitaires et technologiques ne revêt pas un caractère obligatoire. Au demeurant, la société requérante se borne à faire valoir que l'absence de consultation de cette commission l'a privée d'une garantie, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle a été mise à même de présenter ses observations sur les prescriptions envisagées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, dans le cadre d'une procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure qui entacherait l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ".

6. La SCI Villette soutient que le local faisant l'objet de l'arrêté attaqué est d'une superficie de 10,67 m2 contrairement à ce que relève le rapport sur lequel se fonde cet arrêté qui fait état d'une surface habitable d'environ 7 m2, et qu'ainsi ce local n'est pas impropre à l'habitation. Toutefois, il résulte de l'instruction que le local en cause est situé sous les combles et que la surface habitable relevée dans le procès-verbal de constat établi le 3 mars 2021 par un inspecteur de salubrité du service communal d'hygiène et de santé de la commune de Pantin correspond à la partie du local disposant d'une hauteur sous plafond d'au moins 2,20 m. A revanche, l'acte de vente en date du 10 novembre 2007 dont se prévaut la société requérante se réfère à la superficie de la partie privative du lot déterminée selon les critères issus de la loi dite " Carrez " du 18 décembre 1996 susvisée, qui est calculée en retenant la partie du local disposant d'une hauteur sous plafond d'au moins 1,80 m, conformément aux dispositions combinées de l'article 46 de la loi susvisée du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis et de l'article 4-1 du décret susvisé du 17 mars 1967 pris pour l'application de cette loi. Par voie de conséquence, il n'est pas établi que la dimension du local prise en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis serait erronée ni, en tout état de cause, qu'il en irait de même des autres informations figurant dans le procès-verbal de constat du 3 mars 2021. Dans ces conditions, eu égard à la configuration et à l'exiguïté du local, qui ne revêt d'ailleurs l'aspect d'un logement qu'en raison de la présence d'une cabine de douche et d'un évier, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté attaqué reposerait sur une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de la construction et de l'habitation : " Pour l'application du présent chapitre, l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale. / Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1. () ". Aux termes du II de l'article L. 521-3-1 du même code : " Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction définitive d'habiter ou lorsqu'est prescrite la cessation de la mise à disposition à des fins d'habitation des locaux mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, ainsi qu'en cas d'évacuation à caractère définitif, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement des occupants. () ".

8. La SCI Villette soutient que l'arrêté attaqué est illégal en ce qu'il l'oblige à reloger l'occupante du local mentionné au point 1 alors que celle-ci est une occupante sans droit ni titre. Il résulte de l'instruction que l'occupante de ce local a établi un acte de résiliation du contrat de bail relatif à ce local, qui prévoyait la restitution des clés au propriétaire le 1er mars 2020. Celle-ci a ainsi exprimé sans équivoque sa volonté de ne plus être locataire du bien à cette dernière date. S'il résulte de l'instruction qu'elle s'est néanmoins maintenue dans les lieux après cette date, elle ne pouvait être regardée à la date de l'arrêté attaqué comme ayant la qualité de locataire ni même de titulaire d'un droit réel ou d'occupante de bonne foi. Par suite, la SCI Villette ne peut être tenue d'assurer le relogement ou l'hébergement de l'intéressée en application de l'article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

9. Il résulte de ce qui précède que, par les moyens qu'elle invoque, la SCI Villette est seulement fondée à soutenir qu'à la date de son édiction l'arrêté attaqué était illégal en ce qu'il prescrit de reloger l'occupante du local mentionné au point 1 et prévoit qu'en cas d'inexécution de cette obligation ce relogement sera effectué d'office aux frais de cette société.

Sur le maintien du surplus des prescriptions de l'arrêté du 15 juillet 2021 :

10. Ainsi qu'il a été dit, par l'arrêté en litige le préfet de la Seine-Saint-Denis a mis en demeure la société requérante de supprimer les équipements sanitaires et de cuisine que comporte le local mentionné au point 1. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces équipements ont été supprimés postérieurement à la date d'édiction de cet arrêté. Par suite, ces prescriptions ne sont plus nécessaires à la date du présent jugement. Il suit de là que les dispositions des articles 1 et 4 de l'arrêté du 15 juillet 2021 prescrivant la suppression de ces équipements doivent être abrogées.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les articles 2 et 3 de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 15 juillet 2021, de rejeter le surplus des conclusions à fin d'annulation et d'abroger les dispositions des articles 1er et 4 du même arrêté prescrivant la suppression des équipements sanitaires et de cuisine du local.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Villette et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant au versement des dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les articles 2 et 3 de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 15 juillet 2021 sont annulés.

Article 2 : Les dispositions des articles 1 et 4 de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 15 juillet 2021 prescrivant la suppression des équipements sanitaires et de cuisine du local sont abrogées.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI Villette une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Villette et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. BLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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