jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BELCOLORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2021, 3 février 2022 et 30 août 2023, la société Patrimoine et Rénovation, représentée par Me Belcolore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Livry-Gargan à lui verser la somme de 168 173,24 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre du solde des lots n°s 1, 2 et 3 du marché relatif aux travaux d'extension du réfectoire et de rénovation de l'office existant au groupe scolaire Benoît Malon à Livry-Gargan ;
2°) de condamner la commune de Livry-Gargan à lui verser la somme de 50 864 euros au titre des intérêts moratoires prévus à l'article 5 du cahier des clauses administratives particulières ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Livry-Gargan une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande de paiement est recevable dès lors qu'elle a été formulée après une mise en demeure adressée le 14 décembre 2020 à la commune, conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- sa mise en demeure étant restée sans réponse, sa requête n'est pas tardive ;
- elle a adressé, à l'architecte représentant du maître d'ouvrage, une contestation du décompte général, le 8 avril 2019 ;
- elle reprend à son compte les conclusions de l'expert judiciaire qui a analysé les soldes des trois lots afin de déterminer les sommes dues ; ainsi, conformément aux conclusions de l'expert judiciaire, la commune est débitrice à son égard de la somme de 168 173,23 euros TTC au titre du solde des lots n°s 1, 2 et 3 du marché relatif aux travaux d'extension du réfectoire et de rénovation de l'office existant au groupe scolaire Benoit Malon ;
- la commune doit être condamnée à lui verser la somme de 50 864 euros au titre des intérêts moratoires prévus à l'article 5-1 du cahier des clauses administratives particulières.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2021 et 17 mars 2022, la commune de Livry-Gargan, représentée par Me Landot, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête, dépourvue de motivation en droit et en fait, est irrecevable dès lors que la société, en se bornant à renvoyer aux conclusions de l'expert, ne satisfait pas aux exigences de présentation des requêtes fixées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; ainsi, la requête ne permet pas au juge d'exercer son office ;
- la société requérante n'établit pas avoir formulé une demande indemnitaire préalable tendant au paiement de la somme réclamée conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ; en tout état de cause, à supposer même qu'elle ait formulé une demande le 14 décembre 2020, sa requête, ayant été enregistrée postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive ;
- la société réclame le paiement de sommes en ne se fondant que sur les conclusions du rapport d'expertise avec lesquelles elle est en désaccord ;
- à défaut d'avoir adressé un mémoire en réclamation conformément aux prescriptions du cahier des clauses administratives générales-travaux applicable, les décomptes généraux sont devenus définitifs ; en tout état de cause, la requête est tardive ;
- le montant des réfactions opérées sur les soldes s'élevant à 132 976,19 euros n'est pas disproportionné au regard des défaillances dans l'exécution des travaux imputables à la société ; il n'y a pas davantage lieu d'appliquer un pourcentage de charge sur les réfactions ;
- les sommes de 90 887,64 euros pour le lot n°1, de 63 981,46 euros pour le lot n° 2 et de 94 983,06 euros pour le lot n°3 appliquées au titre des pénalités étaient fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boucetta,
- les conclusions de M. A,
- et les observations de Me Belcolore, représentant la société Patrimoine et Rénovation, et de Me Gouchon, représentant la commune de Livry-Gargan.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Livry-Gargan a confié, par acte d'engagement du 5 mars 2018, à la société Patrimoine et Rénovation les lots n°s 1, 2, et 3 du marché de la réalisation des travaux d'extension du réfectoire et de rénovation de l'office existant au groupe scolaire Benoît Malon. Le 6 novembre 2018, le maître d'ouvrage a prononcé la réception des travaux à la date du 2 novembre 2018, sous réserve de l'exécution dans un délai d'un mois des travaux et prestations prévus par le marché non encore exécutés ou non conformes. Par un procès-verbal en date du 31 janvier 2019, le maître d'œuvre a constaté la levée partielle des réserves.
2. La commune a adressé les décomptes généraux des trois marchés à la société Patrimoine et Rénovation, lesquels font apparaître un solde négatif pour la société à hauteur des sommes de 68 077,89 euros au titre du lot n°1, 27 569,12 euros au titre du lot n°2 et 38 813,53 euros au titre du lot n°3.
3. La société Patrimoine et Rénovation a formulé une demande, le 26 mars 2019, auprès du juge des référés tendant au versement, par la commune de Livry-Gargan, à titre de provision, de la somme de 286 265 euros, assortie de la somme de 12 425,78 euros au titre des pénalités contractuelles de retard. Cette demande a été rejetée par une ordonnance du 11 juin 2019. Parallèlement, la société requérante a adressé une lettre le 8 avril 2019 visant à contester le décompte adressé par le maître d'ouvrage et saisi le juge des référés d'une demande de désignation d'un expert, à laquelle il a été fait droit par ordonnance du 29 octobre 2019. L'expert a remis son rapport le 13 mai 2020. La société requérante a demandé, le 18 juin 2020, au juge des référés, de condamner la commune au versement, à titre de provision, de la somme de
168 173,24 euros. Cette demande a été rejetée par ordonnance du 7 octobre 2020 pour défaut de liaison du contentieux.
4. La société Patrimoine et Rénovation demande au tribunal, par la requête susvisée, de condamner la commune de Livry-Gargan à lui verser, au titre du solde des lots n°s 1, 2 et 3, cette somme de 168 173,24 euros TTC ainsi que la somme de 50 864 euros au titre des intérêts moratoires.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence de mémoire en réclamation :
5. Aux termes de l'article 13.4.3 du CCAG-Travaux modifié par l'arrêté du 3 mars 2014, que les parties ont entendu appliquer : " 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. ". En outre, aux termes de l'article 50.1 du même CCAG-Travaux : " 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. ".
6. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.
7. Il résulte de l'instruction que la commune de Livry-Gargan a notifié à la société Patrimoine et Rénovation les décomptes généraux des lots litigieux faisant apparaître un solde négatif pour la société à hauteur des sommes de 68 077,89 euros au titre du lot n°1,
27 569,12 euros au titre du lot n°2 et 38 813,53 euros au titre du lot n°3.
8. La société requérante a, par un courrier du 8 avril 2019, informé le maître d'œuvre ne pas accepter le montant arrêté par les décomptes généraux transmis le 14 mars 2019, en se bornant à formuler des observations propres à chaque poste, sans toutefois préciser le montant des sommes dont elle réclamait le paiement. Elle n'établit pas davantage avoir transmis en pièce joint un " DGD ", comme il est indiqué sur cette lettre, ni des pièces justificatives à ses demandes. Par ailleurs, il est constant que la société Patrimoine et Rénovation s'est limitée à adresser cette contestation au maître d'œuvre, sans la transmettre au représentant du pouvoir adjudicateur pris en la personne du maire en exercice, conformément à l'article 1.3 du cahier des clauses administratives particulières.
9. En toute hypothèse, si la société requérante a communiqué, le 14 décembre 2020, une nouvelle demande tendant au paiement du solde des trois lots litigieux, en précisant le montant de sa réclamation, cette lettre, à supposer même qu'elle puisse être regardée comme un mémoire en réclamation, n'a pas davantage été transmise dans le délai prévu au CCAG-Travaux, ni adressé au maître d'œuvre.
10. Dans ces conditions, la société requérante ne peut être regardée comme ayant transmis, dans le délai et dans les formes prévues par l'article 50.1.1 précité du CCAG-Travaux, un mémoire en réclamation. Par suite, la commune de Livry-Gargan est fondée à soutenir que les décomptes litigieux sont réputés avoir été acceptés par la société requérante, laquelle n'était donc pas recevable à introduire un recours contentieux.
11. Il résulte de ce qui précède que la société Patrimoine et Rénovation n'est pas recevable à demander la condamnation de la commune de Livry-Gargan à lui verser la somme de 168 173,24 au titre des soldes des lots n°s 1, 2 et 3 du marché relatif aux travaux d'extension du réfectoire et de rénovation de l'office existant au groupe scolaire Benoît Malon.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Livry-Gargan qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, soit condamnée à verser à la société Patrimoine et Rénovation la somme qu'elle réclame à ce titre. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Patrimoine et Rénovation une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Livry-Gargan et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Patrimoine et Rénovation est rejetée.
Article 2 : La société Patrimoine et Rénovation versera à la commune de Livry-Gargan une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Patrimoine et Rénovation et à la commune de Livry-Gargan.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Romnicianu, président,
- Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
H. BOUCETTA
Le président,
M. ROMNICIANULa greffière,
S. LE BOURDIEC
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2113378
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026