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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113380

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113380

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantNAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021, Mme B D, représentée par Me Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler et d'abroger l'arrêté du 5 mars 1996 par lequel le maire a mis en demeure les propriétaires du local aménagé au 3ème étage, sous comble, de l'immeuble situé 32 rue Pierre Brossolette à Noisy-le-Sec, de faire cesser l'occupation à des fins d'habitation de ce bien ;

2°) de statuer sur les dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- aucune interdiction d'habiter le local n'est apparue lors des ventes successives dont celui-ci a fait l'objet ;

- le local répond aux critères légaux du logement décent.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- le moyen tiré de l'absence de notification à la requérante de l'arrêté du 5 mars 1996 et le moyen tiré du caractère impropre à l'habitation du local sont infondés.

Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- la loi n° 96-1107 du 18 décembre 1996 ;

- le décret n° 67-223 du 17 mars 1967 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est la propriétaire d'un local aménagé au 3ème étage, sous comble, d'un immeuble situé 32 rue Pierre Brossolette à Noisy-le-Sec (93130), qu'elle a acquis le 8 juillet 2015. Par un arrêté du 5 mars 1996, le préfet de la Seine-Saint-Denis a mis en demeure les propriétaires de ce bien de faire cesser l'occupation à des fins d'habitation dont il faisait l'objet. Par une correspondance en date du 6 juillet 2021, adressée à la commune de Noisy-le-Sec, Mme D a sollicité l'abrogation de cet arrêté. La requête de Mme D doit être regardée comme tendant à l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 5 mars 1996 mentionné ci-dessus, d'autre part, de la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 5 mars 1996, qui est régulièrement assorti de la mention des voies et délais de recours, a été notifié le 3 avril 1996 aux propriétaires du local mentionné au point 1. La vente de ce local, qui emporte transfert des droits et obligations attachés à ce bien, n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contre cet arrêté au profit de la requérante, Par suite, alors même que la requérante n'aurait pas été informée de l'existence de cet arrêté, le délai de recours était expiré à la date d'enregistrement de sa requête. Il suit de là, ainsi que le soutient le préfet de la Seine-Saint-Denis, que les conclusions à fin d'annulation de cet arrêté sont tardives et, par voie de conséquence, irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

1Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Si un local ne saurait être qualifié d'impropre par nature à l'habitation au seul motif qu'il méconnaîtrait l'une des prescriptions du règlement sanitaire départemental applicable, lequel n'a pas pour objet de définir les modalités d'application des dispositions de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, il appartient toutefois à l'administration, pour apprécier si un local est impropre par nature à l'habitation, de prendre en compte toutes les caractéristiques de celui-ci, notamment celles qui méconnaissent les prescriptions du règlement sanitaire départemental.

5. Le préfet de la Seine-Saint-Denis ne conteste pas avoir été destinataire de la demande d'abrogation de l'arrêté du 5 mars 1996 adressée par Mme D à la commune de Noisy-le-Sec ni, par voie de conséquence, avoir implicitement rejeté cette demande. Il indique d'ailleurs dans ses écritures avoir eu connaissance du rapport du 26 novembre 2021 établi à la suite d'une visite du local mentionné au point 1 par les services de la commune de Noisy-le-Sec, lui proposant de maintenir cet arrêté. La requérante soutient que, eu égard au volume et à la superficie de la pièce à vivre qu'il comporte, ce local répond aux critères légaux du logement décent. En l'espèce, il résulte de l'instruction que ce local, qui est aménagé sous les pentes de la toiture de l'immeuble, présente au sens de la loi dite " Carrez " du 18 décembre 1996 susvisée, une superficie de 14,64 m2, dont 13,74 m2 pour ce qui concerne la pièce principale, laquelle est calculée en retenant le périmètre disposant d'une hauteur sous plafond d'au moins 1,80 m, conformément aux dispositions combinées de l'article 46 de la loi susvisée du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis et de l'article 4-1 du décret susvisé du 17 mars 1967 pris pour l'application de cette loi. En outre, il résulte des constatations non contredites consignées dans le rapport du 26 novembre 2021 déjà mentionné, que la superficie du local présentant une hauteur sous plafond d'au moins 2,20 m est d'environ 1,73 m2. Ainsi, la majeure partie de la superficie du local litigieux, dont la pièce à vivre, présente une hauteur sous plafond inférieure à 2,20 m. A égard à cette configuration, alors que d'ailleurs le règlement sanitaire départemental de la Seine-Saint-Denis prévoit une hauteur minimale sous plafond de 2,20 m, ce local est par nature impropre à l'habitation, sans que puisse faire obstacle à cette qualification la circonstance que le volume habitable serait conforme aux exigences de l'article 4 du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain.

6. En second lieu, la circonstance que la requérante se trouve dans l'impossibilité de vendre le local mentionné au point 1 en tant que logement est sans influence sur la légalité de la décision de refus d'abrogation en litige à supposer même, ce qui n'est pas établi, que l'administration aurait omis de communiquer les renseignements d'urbanismes exigibles lors des différentes ventes dont ce bien a fait l'objet.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi qu'en tout état de cause celles tendant au versement des dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée à la commune de Noisy-le-Sec.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

D. CLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

1

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