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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113546

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113546

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021, M. D A, représenté par

Me Gueye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thébault, rapporteur.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant sénégalais, né le 25 septembre 1995 à Bakel (Sénégal), est entré en France le 13 septembre 2014 et a bénéficié d'un titre de séjour étudiant régulièrement renouvelé jusqu'au 12 novembre 2019 avant de bénéficier de deux autorisations provisoires de séjour pour recherche d'emploi. Il a sollicité le 30 mars 2021 un changement de statut en qualité de commerçant auprès des services du préfet de la Seine-Saint-Denis, lequel a, par arrêté du 26 août 2021, rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. Il résulte de l'arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis que délégation a été donnée à M. C B, sous-préfet du Raincy, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les mesures d'éloignement au titre desquelles figurent les arrêtés portant refus de titre de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche par la société " Fortil " du 21 septembre 2021, laquelle n'aurait pas été prise en compte par le préfet dans son examen, pour un début de contrat à compter du 1er novembre 2021, il ne justifie pas qu'il aurait transmis au préfet, dans le cadre de l'examen de sa demande de changement de statut, ces éléments par ailleurs postérieurs à la décision attaquée. Celle-ci satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par conséquent être écarté.

4. En second lieu, pour rejeter la demande présentée par M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que l'intéressé, titulaire d'un diplôme universitaire de technologie spécialisée " Génie mécanique et productive " obtenu en octobre 2016 et d'un master d'ingénieur obtenu en 2019, qui avait occupé plusieurs emplois avant la rupture de son dernier contrat en raison de la pandémie, avait choisi de s'orienter dans le domaine de l'entreprenariat en tant que professeur indépendant pour effectuer des cours de soutien dans les matières scientifiques. Il a relevé que l'intéressé a créé à cet effet une micro-entreprise " SCAM " le

2 mai 2020 dont l'activité est l'enseignement, pour laquelle il a présenté une étude prévisionnelle financière sur trois ans en des termes statistiques généraux, sans étude de marché complète et réaliste, des éléments stéréotypés généraux ne démontrant pas les garanties d'authenticité attendues ni la viabilité du projet, alors que l'activité sollicitée n'est pas en adéquation avec les études d'ingénieurs qu'il a achevées en 2019. Si le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche par la société " Fortil " du 21 septembre 2021, pour un début de contrat à compter du 1er novembre 2021, il ne justifie pas en quelle qualité il serait embauché, et d'une promesse d'embauche en qualité d'ingénieur d'étude mécanique et thermique au sein de la société

Valor Group, il n'en justifie pas. Ainsi, en relevant que l'emploi de professeur pour exercer du soutien aux élèves dans les matières scientifiques, alors qu'il est titulaire d'un diplôme d'ingénieur, n'était pas en adéquation avec sa formation universitaire, le préfet de la

Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 août 2021 portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen, tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ()".

8. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. En tout état de cause, en soutenant qu'il vit en France depuis 2014, qu'il y a effectué ses études, qu'il y entretient des relations amicales et qu'il ne constitue pas une charge pour la société française, M. A, qui ne produit aucune pièce pour justifier de son intégration, et qui ne conteste pas qu'il a fait l'objet d'un obligation de quitter le territoire par le préfet du Lot, notifiée le 2 avril 2021, qu'il n'a pas exécutée et qu'il est marié à une compatriote, est sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et où il n'est pas contesté que réside son épouse. Dans ces conditions il n'établit pas que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 août 2021, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

M. Marchand, premier conseiller,

M. Thébault, conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. THEBAULT

Le président,

Signé

J. CHARRET La greffière,

Signé

I. SERVEAUX

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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