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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113612

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113612

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2021, M. D C, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire, mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 435-1 de ce code, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 25 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai, en lui délivrant pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine ni de convocation devant la commission du titre de séjour en application de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait s'agissant de l'ancienneté de sa présence en France ainsi que de son insertion professionnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2022 à midi.

Une pièce demandée au préfet de la Seine-Saint-Denis le 5 janvier 2023, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, a été enregistrée le 9 janvier suivant et a été communiquée au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 20 janvier 1981, fait valoir être entré en France le 1er mars 2009. Il a bénéficié en 2014 d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il a sollicité le 21 mars 2019 son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son ancienneté de présence en France et de son insertion professionnelle. Par un arrêté du 11 août 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et analyse la situation du requérant au regard de ces dispositions, compte tenu de son ancienneté de présence en France, de sa vie privée et familiale et de son insertion professionnelle. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. La circonstance que l'analyse du préfet s'agissant de sa durée de séjour en France ou de son insertion professionnelle serait erronée n'entache en tout état de cause pas la décision d'insuffisance de motivation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour et du défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à la date de l'arrêté en litige à l'article L. 435-1 du même code : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce code, applicable à la période d'instruction de la demande de titre de séjour du requérant, et désormais repris aux articles L. 432-13 et L. 432-15 de ce code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. / L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. () ". Aux termes de l'article R. 312-9 du même code, désormais repris à l'article R. 432-8 de ce code : " Si la commission régulièrement saisie n'a pas émis son avis à l'issue des trois mois qui suivent la date d'enregistrement de la saisine du préfet à son secrétariat, son avis est réputé rendu et le préfet peut statuer ".

4. M. C soutient que la décision portant refus de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que la commission du titre de séjour a été saisie en application de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il aurait été régulièrement convoqué devant cette commission. A cet égard, si la décision en litige indique que le requérant " déclare être entré irrégulièrement en France le 01/03/2009 ", mais qu'il " ne justifie pas de la réalité de cette date " et " ne peut donc se prévaloir de dix ans de résidence habituelle et continue en France ", elle mentionne également que " l'autorité administrative doit saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser de délivrer une carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 435-1 du CESEDA ". Cependant, le préfet a fourni, en réponse à une mesure d'instruction en ce sens, un courrier du 14 décembre 2020 par lequel le secrétariat de la commission du titre de séjour a informé M. C de ce que la commission du titre de séjour a été saisie le même jour par le préfet de la Seine-Saint-Denis, certes " en application de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " qui n'était pas applicable au requérant. Ce document a été communiqué au requérant qui n'en a pas ultérieurement critiqué la valeur probante. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission aurait rendu un avis explicite, et son avis est donc réputé rendu à l'issue d'un délai de trois mois suivant la date d'enregistrement de sa saisine par le préfet, soit le 14 mars 2021, le requérant ne pouvant en ce cas utilement se prévaloir de la circonstance qu'il n'aurait pas été régulièrement convoqué devant cette commission. En tout état de cause, le requérant ne verse pas de pièces suffisamment probantes et diversifiées pour démontrer qu'il résiderait habituellement en France depuis le 11 août 2011, et notamment avant 2013. Il ne démontre dès lors pas que la commission du titre de séjour devait être saisie en application du deuxième alinéa de l'article L. 313-14, désormais repris à l'article L. 435-1 applicable à la date de l'arrêté en litige, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure, en l'absence de saisine régulière de la commission du titre de séjour et de convocation régulière à se présenter devant elle, doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision est entachée d'erreurs de fait s'agissant de l'ancienneté de sa présence en France ainsi que de son insertion professionnelle.

6. D'une part, la décision en litige indique que " si le requérant " déclare être entré irrégulièrement en France le 01/03/2009, il ne justifie pas de la réalité de cette date, et ne peut donc se prévaloir de dix ans de résidence habituelle et continue en France ". Ce faisant, le préfet doit être regardé comme ayant porté une appréciation sur le caractère habituel de la présence en France du requérant, lequel n'établit en tout état de cause pas ce caractère par les pièces qu'il verse au dossier avant 2013, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 4, et alors au demeurant que la commission du titre de séjour a été saisie et que son avis est réputé avoir été rendu.

7. D'autre part, la décision en litige mentionne que " l'intéressé ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France et ne justifie d'aucune perspective professionnelle pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ". L'autorité administrative doit être regardée ce faisant comme ayant considéré que l'insertion professionnelle du requérant n'est pas suffisante pour qu'il puisse bénéficier d'une mesure de régularisation. A supposer que le préfet ait considéré par cette formulation que l'intéressé ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France, l'intéressé, s'il justifie de contrats à durée indéterminée successivement conclus le 1er octobre 2013, le 10 octobre 2014, le 2 mars 2016 et enfin le 2 février 2020 en qualité de peintre, ne justifie de l'effectivité de son travail par le certificat de travail et les bulletins de salaire versés que d'octobre 2014 à décembre 2015, en juillet 2020 et enfin de septembre à décembre 2020. Le requérant se borne en outre à cet égard à verser, outre des relevés de compte faisant parfois apparaître des virements ou des remises de chèque pouvant correspondre à des revenus tirés d'un emploi, ses avis d'imposition sur les revenus de 2015, 2017, et 2018 faisant apparaître respectivement des revenus de 9 286, 8 843 et 14 800 euros. Enfin, le requérant ne démontre pas qu'il travaille à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, eu égard à la faible insertion professionnelle démontrée, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur le motif tiré de l'absence d'insertion professionnelle.

8. Il suit de là que le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le requérant n'établit pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas visé dans l'arrêté en litige et à l'aune duquel le préfet n'a pas examiné d'office la situation de l'intéressé. M. C ne peut donc utilement se prévaloir de ces dispositions.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et ne justifie d'aucune attache familiale particulière en France. Par ailleurs, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 7, si l'intéressé justifie avoir conclu plusieurs contrats à durée indéterminée, en dernier lieu le 2 février 2020 en qualité de peintre, il ne démontre pas, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 7, l'effectivité, la pérennité et l'actualité de son activité professionnelle à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, garanti par les stipulations précitées au point 10. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières doit, par suite, être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés aux points 7 et 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées au point 12 doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, le requérant, ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour, n'est pas fondé à se prévaloir de son illégalité, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. Le requérant, ne démontrant pas l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. A, magistrat honoraire, faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. B

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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