jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113646 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | NESSAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence portant la mention " commerçant " ainsi que de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " commerçant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d'un défaut de motivation ;
- la décision portant refus de renouvellement de certificat de résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; en particulier, aucune condition d'existence de ressources suffisantes n'est mentionnée dans cet accord pour la délivrance d'un certificat de résidence mention " commerçant " ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- un doute peut être émis quant à l'effectivité de l'activité commerçante alléguée ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 30 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne constitue pas une décision susceptible de recours ;
- ce que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de certificat de résidence du requérant au motif de la menace à l'ordre public que sa présence en France constitue pouvait être fondée sur la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, en lieu et place, par substitution de base légale, des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 10 janvier 1988, a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant à compter de 2011 puis en qualité de commerçant à compter de 2017. Il a demandé le 2 octobre 2020 le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " commerçant " ainsi que la délivrance d'une " carte de résident algérien ". Par un arrêté du 1er septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, ainsi que de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Selon l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Il résulte de ces stipulations que, saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant de la part d'un ressortissant algérien justifiant de son inscription au registre du commerce et des sociétés, l'administration peut vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale mais ne peut légalement refuser le renouvellement demandé au motif que les revenus que l'intéressé tire de son activité sont insuffisants.
3. Par ailleurs, aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. Pour refuser à M. A le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " commerçant " le préfet a relevé que le comportement de l'intéressé, lequel a été condamné le 24 octobre 2018 à une peine de 1 000 euros d'amende avec sursis par le tribunal correctionnel de Bobigny pour des faits commis le 8 avril 2018 de violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, constitue une menace pour l'ordre public. Cependant, eu égard au caractère isolé de cette condamnation pour des faits, certes non contestés, mais à la suite desquels le comportement du requérant n'a pas été signalé, le préfet a, en considérant que la présence du requérant sur le territoire français est de nature à constituer une menace à l'ordre public, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
5. En outre, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Le préfet a mentionné dans son arrêté que l'intéressé " ne justifie pas des ressources suffisantes " conformément aux stipulations de l'accord franco-algérien précitées par l'arrêté, à savoir ses articles 5, 7 b) et 7 c), et peut ainsi être regardé comme ayant opposé ce motif à la demande formulée par M. A de renouvellement de son certificat de résidence d'une durée de validité d'un an, mention " commerçant ". Cependant, eu égard à ce qui a précédemment été dit au point 2, le préfet ne pouvait légalement se fonder sur l'insuffisance des revenus que l'intéressé tire de ses activités pour refuser de lui renouveler son titre de séjour. Par ailleurs, le préfet fait valoir en défense que, concernant la qualité de commerçant de M. A, " un doute peut être émis quant à l'effectivité " de son activité, " qui ne lui permet pas de dégager des ressources suffisantes " dès lors qu'elle n'a généré en 2020 que 14 729 euros, montant inférieur au salaire minimum de croissance (SMIC) annuel net qui serait fixé selon cette autorité à 15 098 euros. Cependant, à supposer que le préfet de la Seine-Saint-Denis puisse ainsi être regardé comme faisant valoir un autre motif que celui ayant initialement fondé la décision en litige, le préfet ne peut, ainsi qu'il a été rappelé encore une fois au point 2, pour vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale, se borner à estimer que les revenus que l'intéressé tire de son activité sont insuffisants, et la demande de substitution de motifs, à la supposer soulevée, ne peut être accueillie. Ainsi, tant le motif invoqué par le préfet en défense tenant à l'absence de justification d'un salaire supérieur au SMIC permettant de justifier de l'effectivité de l'activité, que celui déjà opposé dans l'arrêté en litige tiré de l'absence de " ressources suffisantes ", méconnaissent les stipulations précitées au point 2 de l'accord franco-algérien, alors d'ailleurs que le requérant verse au dossier ses avis d'impôt sur ses revenus de 2018, 2019 et 2020, ainsi que ses bulletins de salaire depuis le mois d'août 2017 jusqu'au mois d'août 2021, qui démontrent qu'il se verse en moyenne chaque année un salaire supérieur au SMIC. Au demeurant, le requérant verse également au dossier, pour justifier du caractère effectif de son activité, de nombreuses pièces, dont les bilans et comptes de résultats de son entreprise depuis 2017, attestant du chiffre d'affaire de son entreprise depuis lors ainsi que de la circonstance qu'il s'acquitte de l'impôt sur les sociétés, éléments ne sont pas utilement remis en cause par le préfet en défense.
7. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision par laquelle le préfet a refusé à M. A le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " commerçant " doit être annulée, ainsi, par voie de conséquence, que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
8. En revanche, le requérant, qui ne formule à son encontre aucun moyen spécifique, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans.
9. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".
10. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la demande de titre de séjour de M. A, notamment au regard de l'effectivité de son activité commerciale. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'agir en ce sens dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er septembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant qu'il refuse la délivrance à M. A d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant ", qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il fixe le pays à destination duquel il sera éloigné et qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Khiat, conseiller,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
L. B
Le président,
Signé
L. Gauchard La greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026