jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ANGLIVIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Angliviel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte en lui délivrant immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que, d'une part, il n'est pas justifié de l'habilitation de l'agent ayant consulté le fichier du " traitement d'antécédents judiciaires " en méconnaissance des dispositions des articles L. 114-1 du code de la sécurité intérieure et R. 40-29 du code de procédure pénale, et, d'autre part, que les services ont accédé à l'intégralité des mentions du fichier en l'absence de saisine complémentaire des services de police, de gendarmerie et du parquet ;
- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;
- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision octroyant un délai de départ volontaire d'une durée de trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit en méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 9 février 1998, a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire le 17 juillet 2019, en se prévalant de sa qualité de conjoint de français. Après un avis rendu par la commission du titre de séjour le 12 août 2021 et par un arrêté du 1er septembre 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte décision de refus de séjour, vise l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel il se fonde, mentionne les faits pour lesquels le requérant a été condamné ou est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires et en conclut que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté en litige comporte ainsi, en tant qu'il refuse un titre de séjour, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 29 avril 2021 et réceptionné par les services de la préfecture le 3 mai suivant, le requérant a précisé au préfet qu'un enfant de nationalité française était né de son union avec sa conjointe, également de nationalité française, le 11 février 2020, et qu'il entendait donc se prévaloir également, au soutien de sa demande de titre de séjour, du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, en tant que parent d'enfant français, ainsi qu'à titre subsidiaire de l'article L. 313-14 de ce code alors en vigueur. Cependant, le préfet a rejeté la demande de titre de séjour de M. B au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, condition opposable à une demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 423-1 de ce code visé dans l'arrêté en litige, reprenant les dispositions antérieurement en vigueur du 4° de l'article L. 313-11 de ce code, comme à une demande fondée sur l'article L. 423-7 du même code, reprenant les dispositions antérieurement en vigueur du 6° de l'article L. 313-11, ou l'article L. 435-1 reprenant les dispositions de l'article L. 313-14 de ce code. Dans ces conditions, dès lors que le préfet a implicitement mais nécessairement rejeté cette demande pour le même motif d'ordre public, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la demande doit être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté en litige indique que " l'intéressé, marié et sans enfant, ne justifie pas, en France, d'une situation personnelle et familiale à laquelle la présente décision porterait une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi ", alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est divorcé mais père d'un enfant français né le 11 février 2020 de sa précédente union avec sa conjointe de nationalité française. Cependant, il résulte de l'instruction que le préfet, qui a fondé sa décision de refus de séjour sur la menace à l'ordre public que la présence en France du requérant constitue, aurait pris la même décision de refus de séjour s'il n'avait pas mentionné également dans son arrêté ce motif erroné. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.
5. En quatrième lieu, d'une part, il résulte des dispositions du 1° du I de l'article
R. 40-29 du code de procédure pénale que les agents habilités selon les modalités prévues au 1° du I de l'article R. 40-28 peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues au V de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier pour l'instruction des demandes de délivrance de titre de séjour. Dès lors que l'article 17-1 de la loi d'orientation et de programmation relative à la sécurité du 21 janvier 1995 prévoit la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un titre de séjour, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des articles R. 40-23, R. 40-28 et du 1° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande de titre de séjour.
6. D'autre part, la circonstance, à la supposer établie, que les services compétents pour connaître les suites judiciaires des infractions n'auraient pas été saisis, circonstance qui a trait aux conditions de recueil des informations en cause, n'est pas constitutif d'un vice de procédure et est sans incidence sur la légalité externe de la décision en litige. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc, dans ses deux branches, être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
8. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet a considéré, pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. B, que son comportement constitue une menace à l'ordre public en relevant qu'il a été condamné le 3 février 2017 par le tribunal correctionnel de Meaux à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'exhibition sexuelle et qu'il est également connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits du 21 août 2016 de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, exhibition sexuelle et menace de délit contre les personnes avec ordres de remplir une condition, ainsi que des faits du 1er janvier 2019 au 5 mai 2021 de violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. L'intéressé, en se bornant à indiquer que " ces faits () sont pour l'essentiel non avérés ", qu'il n'a jamais été condamné pour ceux pour lesquels il est mentionné au fichier TAJ, et qu'à supposer qu'une information judiciaire soit en cours, il bénéficie de la présomption d'innocence, ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits pour lesquels il est mentionné au fichier TAJ et que le préfet a pris en compte, outre la condamnation précitée, pour prendre sa décision. Dans ces conditions, eu égard à ladite condamnation prononcée à l'encontre du requérant par le juge pénal en 2017, soit environ quatre ans seulement à la date de l'arrêté litigieux, et de la réitération, postérieurement à cette condamnation, de faits graves de violences sur des personnes et plus particulièrement sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence en France de M. B constitue une menace à l'ordre public.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
10. Dès lors qu'ainsi qu'il a précédemment été dit au point 8, le préfet a pu, à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de délivrer un titre de séjour à M. B au motif de la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées au point 9 en soutenant qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.
11. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est père d'un enfant français né le 11 février 2020, il ressort de ces pièces que par une convention de divorce par consentement mutuel qui n'est pas datée, le divorce ayant été prononcé le
29 décembre 2020, il a été convenu que si aucune contribution mensuelle à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'est mise à la charge du requérant à cette date, M. B versera, dès lors qu'il aura retrouvé un emploi au moins rémunéré au salaire minimum de croissance (SMIC), une contribution mensuelle à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, conforme au barème disponible sur le site internet du ministère de la justice. Or, le requérant ne démontre pas, par les seules pièces versées au dossier, à savoir des attestations de la mère de son enfant, ainsi que de deux autres proches, selon lesquelles il verse une somme de 70 euros par mois au titre de la contribution et " récupère " sa fille tous les week-ends, une unique attestation de virement au profit de la mère de son enfant d'avril 2021 d'un montant de 70 euros, quelques tickets de caisse de courses qui auraient été effectuées au bénéfice de sa fille et une demande d'ouverture d'un livret A à son bénéfice, alors qu'il travaille depuis le mois de mars 2021 au titre d'un contrat à durée indéterminée et pour un salaire supérieur au SMIC, contribuer effectivement, à la date de l'arrêté en litige, à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, à proportion de ses ressources, depuis sa naissance. Par ailleurs, le requérant soutient sans l'établir venir voir son enfant chaque semaine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article
L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En outre, il se déduit des termes mêmes de l'acte de naissance de l'enfant Amira B, que la filiation de cette dernière, née au temps du mariage de ses parents, est établie, vis-à-vis de son père, en vertu de la présomption de paternité de l'article 312 du code civil tandis que, vis-à-vis de sa mère, sa filiation est établie par la désignation de celle-ci dans l'acte de naissance en vertu de l'article 311-25 du même code. L'acte de naissance de l'enfant ne mentionne par ailleurs pas qu'elle aurait été reconnue par l'un ou l'autre de ses parents en application de l'article 316 du code civil. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. Si le requérant, divorcé depuis le 29 décembre 2020 de son épouse de nationalité française, est père d'un enfant français né le 11 février 2020, il n'établit pas, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 11, contribuer effectivement à son entretien et à son éducation depuis sa naissance à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, s'il fait valoir résider habituellement en France depuis l'âge de 18 ans, soit depuis 2016, il ne l'établit pas. En outre, il ne justifie, par les pièces versées au dossier, que d'une insertion professionnelle récente, en vertu d'un contrat à durée indéterminée signé le 1er mars 2021 pour lequel il verse les bulletins de salaire afférents des mois de mars à juillet 2021. Dans ces conditions et compte tenu par ailleurs des faits pour lesquels l'intéressé a été condamné et est mentionné au fichier TAJ, comme il a été dit au point 8, la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, notamment de préservation de l'ordre public, ni n'a méconnu l'intérêt supérieur de son enfant français. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées aux points 13 et 14, et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français.
17. En deuxième lieu, la motivation en fait de l'arrêté, en tant qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français, se confond, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avec celle relative au séjour, laquelle est suffisante ainsi qu'il a précédemment été dit au point 2. Cette décision d'éloignement, qui est par ailleurs suffisamment motivée en droit en ce que la base légale est visée, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
18. En troisième lieu, si l'arrêté en litige indique que " l'intéressé, marié et sans enfant, ne justifie pas, en France, d'une situation personnelle et familiale à laquelle la présente décision porterait une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi ", alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant, divorcé, est père d'un enfant français né le 11 février 2020 de son union avec sa conjointe de nationalité française, compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 et 11 et alors que le requérant ne démontre en particulier pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.
19. En quatrième lieu, aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
20. Ainsi qu'il a précédemment été dit au point 11, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français à proportion de ses ressources depuis sa naissance. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
21. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire d'une durée de trente jours :
22. En premier lieu, la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a ainsi pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
23. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, délai de droit commun, le préfet aurait entaché cette décision d'octroi d'un délai de départ d'une erreur de droit à raison de ce qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence, ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle par laquelle une interdiction de retour d'une durée de deux ans est édictée à son encontre.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
26. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
27. En l'espèce, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de M. B vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour au regard notamment de l'article L. 612-10 ". Le préfet, qui développe dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à situation privée et familiale de M. B sur le territoire français, notamment la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et mentionne que le comportement en France de M. B constitue une menace à l'ordre public, a fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments au vu desquels il a prononcé une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et fixé sa durée à deux ans, quand bien même l'arrêté ne mentionne pas précisément la durée de présence de M. B sur le territoire français, ni ne précise la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet de mesures d'éloignement antérieures. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
28. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
29. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il a précédemment été dit au point 8, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir que la présence en France de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, et, ainsi qu'il a précédemment été dit aux points 11 et 15, il est divorcé de la mère française de son enfant né en 2020, à l'éducation et l'entretien duquel il ne démontre pas contribuer effectivement depuis sa naissance. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
30. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués au point 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés, le requérant ne démontrant aucun lien fort maintenu avec son enfant.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
32. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
33. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Khiat, conseiller,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
L. C
Le président,
Signé
L. Gauchard La greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026