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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113804

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113804

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantMARTINEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, la société Mehran, représentée par Me Martinez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, née sur son recours gracieux formé le 21 juin 2021, par laquelle le directeur de l'Agence de services et de paiement a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'ordre de recouvrement de la somme de 13 886, 76 euros, notifié le 27 mai 2021 au titre de l'aide " activité partielle " ;

2°) d'annuler les ordres de recouvrement n° AEMP2021033560 et n° AEMP2021033 561 du 27 mai 2021 ;

3°) de réexaminer sa situation.

Elle soutient que :

- le courrier du 27 mai 2021 a été signé par une autorité incompétente ;

- ce courrier et la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont insuffisamment motivés ;

- ces " décisions " sont entachées d'un vice de procédure dans la mesure où elle n'a pas reçu de contrôle, les informations relatives à la mise en œuvre de la procédure de recouvrement des sommes perçues au titre de l'activité partielle ne lui ont pas été notifiées par un courrier avec demande d'avis de réception ;

- elle est à jour de ses déclarations et cotisations fiscales et sociales et bénéficie d'un droit à l'erreur, qui est admis en droit social et fiscal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 décembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le contexte de la pandémie du Covid-19, la société Mehran a déposé successivement deux demandes de mise en activité partielle, pour cinq puis pour deux salariés, pour la période du 17 mars 2020 au 30 juin 2020 puis pour la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2021. Le 10 août 2020, elle a été informée que son dossier d'aide à l'activité partielle faisait l'objet d'un contrôle sur pièces. A l'issue de la procédure contradictoire ouverte le 27 novembre 2020, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France (DRIEETS) a constaté à l'encontre de cette société un trop-perçu de 13 886,76 euros, versés sur la période de mars à mai 2021 au titre du dispositif d'indemnisation. Après compensation opérée sur les sommes perçues au titre de la période de novembre 2020 à janvier 2021, l'Agence de services et de paiement (ASP) a, par un ordre de recouvrer émis le 26 mai 2021, mis à la charge de la société Mehran le remboursement de la somme de 8 303, 49 euros. Le recours gracieux formé par la société Mehran le 21 juin 2021 a été implicitement rejeté.

2. En premier lieu, si la société Mehran conteste la compétence du signataire de la " décision " du 27 mai 2021, ce document est, comme il l'indique clairement, le courrier de notification de l'ordre de recouvrement émis le 26 mai 2021. La régularité d'un tel courrier de notification est sans incidence sur la légalité de cet ordre de recouvrement, lequel a été signé par le président directeur général de l'ASP, compétent pour ce faire en application de l'article D. 313-25 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 décembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique que tout ordre de recouvrer indique les bases de liquidation de la créance. Par ailleurs, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis, à moins que ces bases n'aient été préalablement portées à la connaissance du débiteur. En l'espèce, la société Mehran soutient que le courrier de notification de l'ordre de recouvrer, en date du 27 mai 2021, ne précise pas la période au titre de laquelle est constaté un trop-perçu de 13 886,76 euros. Toutefois, il est constant que l'ordre de recouvrer annexé à ce courrier mentionne, dans l'encadré consacré aux " Bases descriptives de la créance ", le domaine (Emploi) et l'aide (Activité partielle), le numéro du dossier, ainsi que les ordres de recouvrer partiels et leurs montants (4 582,63 euros et 9 304,13 euros), dont la sommation correspond à la somme de 13 886,76 euros, ainsi que, sous la mention " Objet du reversement ", les périodes au titre desquelles la compensation est opérée, la possibilité d'une telle " compensation sur paiement d'aide " étant expressément évoquée, à la fois dans le courrier du 27 mai 2021 et dans le tableau, également annexé, intitulé " suivi du recouvrement ", qui précise en outre les numéros AEMP2021033560 et AEMP2021033561 des deux ordres de recouvrer ainsi que les montants restant dus. Enfin, la société Mehran avait aussi été destinataire des courriels adressés par le DRIEETS, notamment de celui du 8 décembre 2020 l'avertissant que, dès lors qu'elle n'avait pas répondu aux demandes qui lui avaient été faites dans le cadre du contrôle sur pièces, l'ASP était habilitée à " recouvrir " les sommes indûment perçues. Il suit de là que la société Mehran n'est pas fondée à soutenir que la décision du 26 mai 2021 est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, dès lors que le recours gracieux présenté par la société Mehran contre cette décision du 26 mai 2021 n'est pas un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux, le rejet implicite de ce recours gracieux n'avait, en tout état de cause, pas à être motivé.

5. En quatrième lieu, la société Mehran doit être regardée comme soutenant que la décision du 26 mai 2021 est entachée d'un vice de procédure en ce que l'information relative à l'indu d'aide à l'activité partielle mis à sa charge ne lui a pas été délivrée par une lettre recommandée avec demande d'avis de réception.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail : " I.- Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article R. 5122-2 de ce code : " L'employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle / () La demande d'autorisation est adressée par voie dématérialisée dans les conditions fixées par l'article R. 5122-26 ". Aux termes de l'article R. 5122-26 : " La demande d'autorisation mentionnée à l'article R. 5122-2 adressée par voie dématérialisée est établie sur un site accessible en ligne, par l'intermédiaire du réseau internet, offrant les fonctionnalités nécessaires à la dématérialisation des échanges d'information entre l'employeur et le préfet de manière sécurisée et confidentielle. Les conditions générales d'utilisation de ce site précisent notamment les règles relatives à l'identification de l'auteur de la demande d'autorisation, à l'intégrité, à la lisibilité et à la fiabilité de la transmission, à sa date et à son heure, à l'assurance de sa réception ainsi qu'à sa conservation. Pour adhérer à ces conditions générales d'utilisation, l'employeur fournit les informations nécessaires à son identification ainsi que le nom de la personne physique, dûment habilitée, chargée de procéder à la demande d'autorisation et une adresse électronique, afin que puissent lui être communiquées les informations permettant d'authentifier l'auteur de la demande d'autorisation. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 5122-10 du code du travail : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. / Le remboursement peut ne pas être exigé s'il est incompatible avec la situation économique et financière de l'entreprise ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

9. Enfin, en cas de désaccord entre l'administration et un usager au sujet de la réception d'un échange électronique émanant de l'une ou de l'autre, et dans l'hypothèse où cet échange n'aurait pas emprunté une voie permettant de certifier les envois et réceptions de messages et documents, mais aurait pris la forme d'un simple courriel transitant entre l'adresse de contact par voie électronique de l'usager ou son conseil et l'adresse de contact mentionnée par l'administration, il y a lieu de considérer qu'un rapport de suivi de courriel émis par le serveur informatique hébergeant l'adresse de contact de l'envoyeur mentionnant la délivrance au serveur hébergeant l'adresse de contact du destinataire permet d'établir la réalité de l'envoi du courriel et de présumer sa réception par le destinataire. Il revient en effet au destinataire de s'assurer de la remise effective, par le serveur gérant sa boîte aux lettres électronique, des courriels qui lui sont adressés.

10. Alors que la société requérante n'invoque à l'appui de ce second moyen aucune disposition législative et réglementaire et qu'aucune autre disposition du code du travail ne vient encadrer les modalités de contrôle a posteriori par le DRIEETS du respect par le demandeur des conditions d'accès au dispositif, il résulte en tout état de cause de l'instruction que, dans le cadre de la demande d'autorisation d'activité partielle adressée par voie dématérialisée sur le site dédié de télédéclaration, le gérant de la société Mehran a indiqué l'adresse électronique ainsi que le numéro de téléphone auxquels il pouvait être contacté. Par un courriel du 10 août 2020 envoyé à l'adresse électronique ainsi renseignée, l'administration a informé le gérant de l'ouverture de la procédure contradictoire en vue du recouvrement des sommes indûment perçues au titre de l'activité partielle et de la possibilité de présenter ses observations dans un délai de dix jours. Si l'administration ne produit pas d'accusé de réception électronique du courriel litigieux, elle a en revanche versé au dossier un rapport de suivi attestant de la remise de ce courriel à la société Mehran. Ce rapport de suivi permet ainsi d'établir la réalité de l'envoi du courriel et de présumer de sa réception. Alors que la société requérante n'apporte pas d'éléments de nature à renverser cette présomption, le moyen tiré d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive.

12. La société requérante fait valoir à cet égard que la décision de récupération d'un trop perçu résulte d'une erreur de fait dans la mesure où elle a procédé à la " déclaration d'autorisation concernant l'activité partielle " et est " à jour de l'ensemble de ses cotisations sociales et fiscales ". Toutefois, outre qu'elle ne prouve pas avoir présenté à l'administration les documents permettant d'en attester avant que ne soient prises les décisions litigieuses, ceux qu'elle produit dans le cadre de l'instance ne sont pas suffisantes pour considérer qu'elle remplissait les conditions de l'octroi des sommes dont l'ASP a ordonné la récupération.

13. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, prévoyant le " droit à l'erreur " : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué ".

14. La décision demandant le remboursement de sommes indûment perçues à la suite d'une demande de mise en activité partielle ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, la société requérante ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir du droit à l'erreur, prévu par les dispositions précitées.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'ASP, que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la société requérante doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Mehran est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mehran et à l'Agence de services et de paiement.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Baffray, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,Le président,

H. MariasJ.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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