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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114012

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114012

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantTOURNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 et 20 octobre 2021, 2 septembre 2022, M. B E, représenté par Me Tournan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans la perspective d'une admission exceptionnelle en raison de ses liens personnels et familiaux en France et de l'état de santé de son enfant ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 900 euros sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de la requête :

- n'ayant pas bénéficié du recours à un interprète, le délai de recours ne lui est pas opposable et la requête n'est pas tardive ;

En ce qui concerne les décisions attaquées :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il doit être annulé, le requérant n'ayant pas bénéficié d'un interprète ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- c'est à tort que le préfet lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie d'exception ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur de fait ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, à supposer le moyen soutenu ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, étant tardive ;

- les moyens soutenus par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Nour, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au I bis de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2022 :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Tournan, représentant le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 5 septembre 2022 à quinze heures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant nigérian né en 1986, demande l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F D, adjoint au chef du bureau du séjour des étrangers de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, en vertu de l'arrêté PCI n° 2021-075 du 1er décembre 2021, régulièrement publié le 6 décembre suivant au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, d'une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour, les décisions d'obligation de quitter le territoire assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ainsi que tous les actes de procédures liés à ces décisions, les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, et les transmissions d'information à l'intention d'administrations et de services publics. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date à laquelle M. D a signé l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que si, lors de l'audition du 7 octobre 2021, les services de police ont fait appel aux services de deux interprètes en langue anglaise nommément identifiés, le nom de l'interprète ayant lu l'arrêté en litige n'est pas mentionné sur ce dernier. A supposer même que, comme le soutient le requérant, la signature figurant sur l'arrêté sous la mention " lu par l'interprète " ne soit pas celle de l'un d'entre eux, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que le requérant n'établit ni même n'allègue que cette circonstance aurait été susceptible de le priver d'une garantie ou d'avoir une influence sur le sens de la décision prise. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision doit être annulée au motif que le requérant n'a pas bénéficié d'un interprète doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a deux enfants, nés en 2018 et 2020 en France, de sa relation avec une compatriote, séjournant régulièrement sur le territoire français. S'il se prévaut d'une vie commune avec cette dernière, les pièces qu'il produit ne suffisent pas à en démontrer le caractère continu. De même, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Ainsi, bien qu'il ressorte des pièces du dossier que l'un de ses enfants soit atteint d'une pathologie sévère, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en prenant l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de ses enfants aurait été méconnu. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 17 août 2016. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai.

13. En septième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que M. E est de nationalité nigérienne alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est de nationalité nigériane. Toutefois, la décision attaquée précise que M. E sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il sera légalement admissible. Par suite, M. E, ne soutenant pas qu'il ne serait pas légalement admissible dans l'un de ces pays, l'erreur de fait invoquée est sans incidence sur la légalité de cette décision.

14. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ne peut qu'être écarté.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. La situation personnelle et familiale de l'intéressé, telle qu'exposée au point 8, ne permet pas de le regarder comme justifiant de circonstances humanitaires particulières qui feraient obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que le prévoient les dispositions L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Le préfet n'a donc commis aucune erreur de droit en prenant la décision attaquée.

17. En dixième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que M. E n'aurait entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, de sorte qu'il n'est entaché d'aucune erreur de fait en ce sens, à supposer le moyen soutenu.

18. En onzième lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions en annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. M. B E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. A La greffière,

Signé

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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