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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114213

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114213

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAUNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2021, Mme C E, représentée par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est fondé sur le motif, non prévu par la loi, tiré de l'absence de dissolution officielle de sa précédente union ;

- est entachée de deux erreurs de fait, l'une relative à la durée de sa présence en France, l'autre à sa situation matrimoniale ;

- méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- repose sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

- repose sur des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

Par une décision du 9 août 2021, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 2 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Robbe, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissant marocaine née le 21 août 1990 à Ain Jemaa Meknès (Maroc), a sollicité le 10 juillet 2020 la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 2 décembre 2020, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Les pièces du dossier établissent la présence en France de Mme E depuis 2016 ainsi que sa communauté de vie, depuis la même année, avec M. D, compatriote né le 17 mai 1980 et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 21 novembre 2028. Il est constant que deux enfants sont nés de cette union, le jeune B le 2 novembre 2016, scolarisé depuis le 2 septembre 2019, et la jeune A le 4 mars 2019, Mme E établissant d'ailleurs être enceinte pour la troisième fois depuis l'arrêté en litige. La circonstance, relevée par le préfet dans son arrêté, que M. D était encore marié lors de sa rencontre avec Mme E est sans incidence, contrairement au motif surabondant de l'arrêté en litige, sur la stabilité du lien unissant Mme E et M. D, lequel était séparé de son épouse, le divorce ayant ensuite été prononcé le 16 décembre 2019. Dans les circonstances de l'espèce, la requérant est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et à en demander l'annulation ainsi que, subséquemment, celle de la décision portant désignation du pays d'éloignement et .

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme E d'un titre de séjour. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'invoquant aucun élément de nature à faire obstacle au prononcé d'une injonction en ce sens, par suite, il y a lieu d'enjoindre audit préfet de délivrer à l'intéressée un titre de séjour vie privée et familiale dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Launois, avocate de la requérante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1990.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 décembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis concernant Mme E est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme E dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera à Me Launois, avocat de Mme E la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Robbe, premier conseiller,

- M. Iss, premier conseiller.

Lu en audience publique le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. Robbe Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Le Chartier

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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