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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114296

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114296

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de l'admettre rétroactivement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de mars 2021 dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites et que cette décision n'est ni motivée, ni écrite et ne lui a pas été notifiée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit liée au défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le directeur général de l'OFII s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant bangladais, né le 8 juin 1984 à Habiganj au Bangladesh, a sollicité le bénéfice de l'asile et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 4 juillet 2019. Par un arrêté du 16 décembre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert vers l'Italie, dans le cadre de la procédure dite Dublin. Le requérant ayant été déclaré en fuite le 12 février 2020, l'OFII a décidé de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 6 novembre 2020. Par une demande adressée le 18 mars 2021, le requérant a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de rejet implicite née du silence gardé sur cette demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 21 octobre 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a explicitement rejeté la demande de M. A tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration pendant les deux mois suivant la réception de sa demande, présentée pour la première fois le 18 mars 2021, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 21 octobre 2021.

En ce qui concerne la décision explicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en date du 21 octobre 2021 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; ()/ Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement./ La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

6. D'une part, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seules les décisions de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil sont prises après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Ainsi, la décision en litige, qui a pour objet de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil et qui est prise en réponse à une demande, n'était pas soumise à une procédure contradictoire préalable.

7. D'autre part, la décision par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A précise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit qui en constituent le fondement. Elle indique en outre que le requérant n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, qu'il ne produit aucune attestation de demande d'asile valide depuis le 5 avril 2020 et qu'enfin, suite à son entretien de vulnérabilité du 23 mars 2021 et suite à l'avis du médecin coordinateur de la zone Sud-Est du 7 avril 2021, il ne semble pas relever d'une priorité pour être hébergé pour des raisons de santé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aucun élément du dossier ne laisse à penser que l'OFII se serait abstenu de procéder à un examen de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit liée au défaut d'examen sérieux doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour refuser les conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

11. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

12. Le requérant fait valoir qu'il souffre de troubles, notamment psychologiques et gastro-entériques, nécessitant un traitement médicamenteux quotidien, et produit à l'appui de sa requête un certificat confidentiel, diverses ordonnances et des comptes rendus d'examens. Toutefois, d'une part, M. A, qui ne démontre pas la gravité des affections dont il est atteint, n'établit pas par ces seuls éléments qu'il se trouverait dans un état de vulnérabilité particulier au sens des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il est constant que le requérant ne s'est pas présenté à sa convocation du 10 février 2020, ni à l'embarquement du vol qui devait le transférer en Italie, pays responsable de sa demande d'asile. Pour cette raison, le requérant, qui n'établit ni même n'allègue de raisons l'ayant conduit à ne pas respecter les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil, a été déclaré en fuite. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- M. Combes, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. D

La première assesseure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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