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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114430

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114430

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2021, M. A, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et en le munissant de l'autorisation susmentionnée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 h par une ordonnance du 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Garavel substituant Me Haik représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France au cours de l'année 2017 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 12 mars 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 septembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-2400 du 16 septembre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le 17 septembre suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E C aux fins de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que si l'intéressé déclare être entré irrégulièrement en France au mois de mars 2017, il ne justifie pas de la réalité de cette date et n'apporte pas d'éléments suffisamment probants propres à justifier de sa présence réelle et continue sur le territoire français depuis cette date, notamment pour l'année 2017. L'arrêté contesté indique, en outre, que M. A, célibataire et sans charge de famille, ne justifie ni de l'intensité, ni de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Il souligne également que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses vingt-deux ans et où résident toujours ses parents et sa fratrie. Enfin, l'arrêté affirme que l'intéressé ne justifie d'aucune insertion ou perspective professionnelle qui lui permettrait de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté attaqué que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. Si les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, notamment, celles relatives à l'article L. 435-1 en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sont applicables aux ressortissants tunisiens, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, notamment, celles relatives à l'article L. 3435-1 en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " salarié " ne le sont pas, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 9 octobre 1987. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. A se prévaut d'une présence habituelle et continue sur le territoire français depuis 2017, il ne justifie toutefois de la réalité de sa présence qu'à compter de l'année 2018. S'il a exercé une activité professionnelle comme boulanger-pâtissier entre mai et novembre 2018, et qu'il justifie être employé en qualité de plombier depuis le mois de septembre 2019 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée (CDI), cette activité qui demeure récente n'est toutefois pas suffisante pour établir l'existence de motifs exceptionnels de nature à justifier une régularisation au titre du travail. En outre, l'intéressé, qui ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille, se borne à indiquer qu'il justifie de l'intensité de sa vie privée et familiale en France, mais ne verse aux débats aucun élément concret au soutien de ses allégations. Enfin, M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident encore ses parents et sa fratrie. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour.

6. En quatrième lieu, à supposer que l'intéressé ait entendu soulever l'erreur de fait commise par le préfet relevant son défaut d'insertion ou de perspective professionnelle alors qu'il travaille sous couvert d'un CDI depuis novembre 2019, cette erreur serait sans incidence sur la légalité de la décision dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et compte tenu des énonciations retenues au point 5 ci-dessus, que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A qui a déclaré être entré en France en 2017 sans en justifier s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. S'il fait valoir une activité professionnelle, celle-ci est récente. Il ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens privés et familiaux en France. Célibataire et sans charge de famille, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 30 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente - rapporteure,L'assesseure la plus ancienneSignéSignéM. D M. de BouttemontLa greffière,

SignéA. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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