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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114542

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114542

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantCAMBONIE BERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2021, M. F C, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elle sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet et personnalisé de sa situation ;

- le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour ;

- elles sont entachées d'erreur de droit dans le décompte de sa durée de présence en France ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet aurait dû exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- il justifie de circonstance humanitaires faisant obstacle à son édiction ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.

Par un courrier du 3 novembre 2022, les parties ont été informées que le tribunal envisage de substituer aux dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile, le pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet à l'égard

des ressortissants algériens.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. C, ressortissant algérien né le 8 janvier 1956, a sollicité le 20 décembre 2019 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 décembre 2020, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par deux arrêtés nos 2020-1515 du 31 juillet 2020 et 2020-2175 du 2 octobre 2020, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 31 juillet 2020 et 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme G A, directrice des migrations et de l'intégration, ainsi qu'à M. H, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, et, en cas d'absence ou d'empêchement à Mme E D, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachés d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet vise le b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'alinéa 5 de son article 6, son article 9, le titre III du protocole annexé, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, il mentionne les éléments relatifs à la situation privée, familiale et professionnelle de M. C, en considération desquels il a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien. Les décisions attaquées comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elles seraient entachées d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, dès lors que la situation de M. C est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, son moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas consulté la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et désormais repris à l'article L. 435-1, est inopérant.

5. En quatrième lieu, si le préfet ne peut valablement opposer à M. C la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 22 janvier 2014 pour refuser de prendre en considération sa durée de présence en France antérieure à cette mesure, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de droit dès lors que l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à justifier la durée de présence en France dont il se prévaut.

6. En cinquième lieu, dès lors que l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au présent litige et désormais repris à l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, il ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. M. C fait valoir qu'il séjourne habituellement sur le territoire français depuis 1989 et qu'il y a fixé l'ensemble de ses intérêts. Cependant, alors que la durée du séjour en France, dont M. C ne justifie au demeurant nullement, n'est à elle seule pas un critère de régularisation, il n'apporte aucun élément sur les intérêts qu'il aurait fixé en France, et il ne conteste pas la mention de l'arrêté attaqué selon laquelle il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de le régulariser.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, les moyens tirés par le requérant de ce que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que les moyens dirigés par M. C contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés, son moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 613-2 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français./()/ La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. En premier lieu, l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. Le préfet a cité le quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'il a explicité la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, ainsi que la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en date du 20 janvier 2014, qu'il n'a pas exécutée. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas suffisamment motivée doit ainsi être écarté.

14. En deuxième lieu, la circonstance que M. C soutient résider habituellement en France depuis trente et un ans, qu'il n'établit au demeurant nullement, n'est pas suffisante pour considérer que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 11 en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

15. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 7, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Bernard.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. Parent

Le président,

Signé

A. Myara La greffière,

Signé

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2114542

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