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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114631

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114631

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMALTERRE - DIETSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, M. B D, représenté par Me Dietsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

-elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant de la date de son mariage ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et de l'alinéa 4 du L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thébault, conseiller,

- et les observations de Me Malterre, représentant M. D, absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 5 décembre 1988 et de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 25 janvier 2015, sous couvert d'un visa Schengen de type C. Il a déposé, le 3 juillet 2017, une demande de certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français, à la suite de son mariage le 11 mars 2017 avec une ressortissante française. Par l'arrêté du 28 septembre 2021, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

3. Pour rejeter la demande de certificat de résidence, le préfet a relevé que l'intéressé a été condamné le 14 janvier 2019 par le tribunal de grande instance de Meaux à 4 mois de prison avec sursis assortis de 140 heures de travaux d'intérêt général et interdiction de détenir ou porter une arme blanche ou incapacitante de catégorie D, pour récidive de port sans motif légitime d'arme blanche, et récidive de tentative de vol avec destruction ou dégradation commise le 11 octobre 2018. Il a également relevé qu'il avait été condamné le 13 juin 2016 par le tribunal correctionnel de Paris à 5 mois d'emprisonnement avec sursis pour vol commis dans un lieu destiné à l'accès à un transport collectif de voyageurs et port sans motif légitime d'arme blanche. Eu égard à la gravité, au caractère répété et à la nature des infractions commises le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en estimant que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public et pouvait, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance du certificat de résidence algérien sollicitée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

5. M. D se prévaut de la méconnaissance des dispositions de l'alinéa 4 de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, cet article, repris depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 423-1 de ce même code est inapplicable aux ressortissants algériens dont la situation au regard du droit au séjour est régie de manière complète par les stipulations de l'accord franco-algérien susvisé. Deuxièmement, à supposer que l'intéressé ait entendu se prévaloir des stipulations du 2°) de l'article 6 de cet accord, s'il est constant que ce dernier était titulaire d'un visa C " Schengen " valable du 20 janvier 2015 au

19 avril 2015, il ressort des termes de la décision attaquée et du passeport de l'intéressé que le tampon d'entrée en France ne figure pas sur le passeport du requérant, lequel ne porte qu'un tampon de sortie de l'Espagne en bateau le 25 janvier 2015. Par ailleurs l'intéressé ne se prévaut pas du tampon apposé par les autorités espagnoles pour soutenir être régulièrement entrée en France, ni avoir satisfait à l'obligation de la déclaration d'entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D serait entré régulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ne peut qu'être écarté. La circonstance selon laquelle le préfet aurait mentionné à tort que le mariage est intervenu en 2020 alors qu'il s'est tenu en 2017, laquelle résulte d'une simple erreur de plume, est sans incidence, dès lors qu'il ressort de l'ensemble des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a apprécié la correcte durée de mariage de l'intéressé.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de dispositions ou de stipulations à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de ces dispositions ou de ces stipulations.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a formé une demande de certificat de résidence algérien au titre de son mariage avec Mme A. Dans ces conditions, le requérant, qui n'a pas sollicité un titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité, et dont il ne ressort pas de la décision que le préfet aurait examiné sa demande sur ce fondement, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations, à supposer qu'il ait entendu les soulever, ni a fortiori et en tout état de cause des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, pour soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa décision sur sa situation personnelle, M. D se prévaut de la durée de son séjour en France depuis janvier 2015, de la présence en France de trois sœurs de nationalité française et d'un frère titulaire d'une carte de résident de 10 ans, de son mariage avec une ressortissante française en 2017 et de son insertion professionnelle. Toutefois, s'agissant tout d'abord de sa durée de présence, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'intéressé ne justifie pas de la réalité de sa date d'entrée sur le territoire français et il ressort des pièces du dossier que sa présence sur le territoire français n'est établie qu'à compter de la date de son mariage en mars 2017. S'agissant ensuite de son mariage avec une ressortissante française en 2017, dont le préfet a mentionné à tort que ce mariage avait eu lieu en 2020, d'une part, cette erreur ne résulte que d'une erreur de plume, d'autre part, les pièces produites, à savoir des photographies du couple, au demeurant non datées, et de nombreuses attestations de tiers, décrivant, de manière peu circonstanciée, fréquenter le couple dans leur résidence principale ou secondaire, ne sont pas suffisantes pour établir une communauté de vie. Enfin, la circonstance selon laquelle l'intéressé exerce une activité professionnelle en qualité d'étancheur depuis le

12 septembre 2017, soit depuis quatre années à la date de la décision attaquée n'est pas suffisante pour établir que l'intéressé aurait fixé en France le centre de ses intérêts. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. D, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 27 ans et où il ne justifie ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales, quand bien même il dispose en France de trois sœurs de nationalité française et d'un frère titulaire d'une carte de résident de 10 ans, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé peut être reconduit d'office serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

M. Iss, premier conseiller,

M. Thébault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. THEBAULT

Le président,

Signé

J. CHARRET

La greffière,

Signé

I.SERVEAUX

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2114631

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