mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2114655 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMOULI DALIN STOLOFF ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 25 octobre 2021, le 27 septembre 2022 et le 6 décembre 2022, la SARL Bodyboix, représentée par Me Charpentier-Stoloff, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 24 août 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour les mois d'octobre 2020, de novembre 2020, de mars 2021 et d'avril 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis de lui verser la somme de 666 euros au titre de l'aide exceptionnelle pour le mois d'octobre 2020 ;
3°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis de lui verser la somme de 30 000 euros au titre de l'aide exceptionnelle pour les mois de novembre 2020, de mars 2021 et d'avril 2021 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas pu exercer son activité en raison des contraintes sanitaires au cours du mois d'octobre 2020 ;
- le chiffre d'affaires de référence doit être déterminé selon un lissage du chiffre d'affaires mensuel sur l'ensemble de l'année 2020 et non sur les seuls mois précédents le mois de mars 2020 ;
- le chiffre d'affaires retenu par l'administration fiscale n'est pas le chiffre d'affaires effectivement réalisé ;
- les dispositions du décret n° 2020-371 portent atteinte au principe de liberté du commerce et de l'industrie.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Bodyboix ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,
- et les conclusions de M. Noël, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Bodyboix a présenté des demandes d'aide auprès du fonds de solidarité créé par l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 au titre des mois d'octobre 2020, novembre 2020, mars 2021 et avril 2021. Par une décision du 24 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a refusé d'y faire droit. La société requérante demande l'annulation de cette décision.
Sur le mois d'octobre 2020 :
2. Aux termes de l'article 3-11 du décret du 30 mars 2020: " I.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret ayant fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 25 septembre 2020 et le 31 octobre 2020 bénéficient, au titre de chaque période mensuelle considérée, d'une aide financière prenant la forme d'une subvention destinée à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de la période d'interdiction d'accueil du public () / II.- Les entreprises mentionnées au I perçoivent une subvention égale au montant de leur perte de chiffre d'affaires dans la limite de 333 euros par jour d'interdiction d'accueil du public. () "
3. Pour rejeter la demande de la SARL Bodyboix tendant au versement de l'aide exceptionnelle mentionnée ci-dessus au titre du mois d'octobre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis a constaté que la société ne pouvait bénéficier de l'interdiction d'accueil du public tel que prévu par le décret relatif à l'aide au fonds de solidarité et correspondant à la période en question. Or, il est constant que, par un décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020, tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à partir du 30 octobre 2020. L'activité de la société requérante, qui a pour objet des soins de beauté, ne fait pas partie des exceptions et, ainsi que le reconnaît l'administration dans son mémoire en défense, l'établissement de la société requérante a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public le 30 et le 31 octobre 2020. Par suite, c'est à tort que l'administration lui a refusé l'aide exceptionnelle au titre du mois d'octobre 2020 pour un montant de 666 euros correspondant à ces deux jours d'interdiction d'accueil du public.
4. Il résulte de ce qui précède, en l'absence de décision modificative ou de preuve de versement de l'aide correspondante, que la décision du 24 août 2021 refusant l'aide exceptionnelle à la société requérante au titre des deux derniers jours d'octobre 2020 doit être annulée.
Sur les mois de novembre 2020, de mars 2021 et d'avril 2021 :
5. Aux termes de l'article 3-14 du décret précité : " I.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de novembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : /1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; /() II.- Les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2020 perçoivent une subvention égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros. () ". Aux termes de l'article 3-24 du décret précité : " I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 susvisé ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de mars 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes :/ a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 ;/ b) Ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 et elles remplissent au moins une des trois conditions suivantes : ()/ c) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail, à l'exception des automobiles et des motocycles, ou la location de biens immobiliers résidentiels, et sont domiciliées dans une commune, mentionnée à l'annexe 3, dans le ressort de laquelle l'activité économique est particulièrement touchée par l'application des dispositions de l'article 18 du décret du 29 octobre 2020 susvisé ;/ d) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail et au moins un de leurs magasins de vente situés dans un centre commercial comportant un ou plusieurs bâtiments dont la surface commerciale utile est supérieure ou égale à dix mille mètres carrés, fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er mars 2021 au 31 mars 2021, en application de l'article 37 du décret du 29 octobre précité./e) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail, à l'exception des automobiles et des motocycles, ou dans la réparation et maintenance navale et sont domiciliées à La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy ou en Polynésie française ;() ". Aux termes de l'article 3-26 du décret précité : " I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'avril 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes :/ 1° Elles ont fait l'objet : /() b) D'une interdiction d'accueil du public entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 () ".
6. Il résulte des dispositions précitées que le chiffre d'affaires de référence est le chiffre d'affaires mensuel moyen compris entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020. Par suite, la société requérante ne peut utilement se prévaloir d'une autre méthode de calcul plus avantageuse de son chiffre d'affaires de référence. Le moyen doit être écarté.
7. L'administration fiscale a rejeté la demande de la société requérante au titre des mois de novembre 2020, mars 2021 et avril 2021 au motif qu'elle n'a jamais justifié le montant exact de chiffre d'affaires mensuel moyen entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ni celui du mois de novembre 2020. La société requérante produit un livre de caisse au titre des mois de janvier 2020 et février 2021 laissant apparaître un chiffre d'affaires total d'un montant de 12 194,35 euros pour janvier 2020 et 26 296,57 euros pour février 2020. Ces documents sont de nature à établir le chiffre d'affaires réalisé entre janvier 2020 et février 2020 et en novembre 2020. Par suite, c'est à tort que l'administration a rejeté sa demande au titre des mois de novembre 2020, mars 2021 et avril 2021.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 24 août 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle au titre des mois de novembre 2020, de mars 2021 et d'avril 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique que la demande de la société requérante soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur départemental de la Seine-Saint-Denis de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SARL Bodyboix et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : La décision du directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis du 24 août 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de la SARL Bodyboix dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SARL Bodyboix une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Bodyboix et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Auvray, président,
M. Khiat, conseiller,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. Fabre
Le président
Signé
B. AuvrayLe greffier,
Signé
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026