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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114691

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114691

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantAPAYDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Apaydin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour sous astreinte de 95 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et ont été prises sans examen attentif du dossier ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation :

- elle méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Apaydin, représentant le requérant.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 1er juin 2023 postérieurement à la tenue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 24 mai 2019, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mars 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A, ressortissant turc né le 23 septembre 1981, à quitter le territoire français sans délai et désigné le pays de renvoi, mais annulé la décision par laquelle était prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 28 septembre 2021 dont M. A demande l'annulation par la requête visée ci-dessus, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié le lendemain au bulletin d'informations administratives, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. D C, sous-préfet du Raincy, signataire des décisions attaquées, délégation pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de séjour et mesure d'éloignement doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont donc suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de ces décisions ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent, par suite, être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est marié avec une ressortissante également de nationalité turque et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 7 juillet 2021, dont elle a demandé le renouvellement en étant placée sous récépissé, sans que l'intéressé ne justifie, avant la clôture de l'instruction, de l'éventuel renouvellement de ce titre à la date de l'arrêté en litige. M. A justifie de leur domicile commun à Sevran depuis 2017, notamment par le biais de factures aux deux noms. Cependant, si le requérant se prévaut d'un suivi médical en vue d'une procréation médicalement assistée, l'actualité de ce projet à la date de l'arrêté en litige n'est pas suffisamment démontrée par les pièces versées au dossier. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante en France en démontrant avoir travaillé en vertu d'un contrat à durée indéterminée à compter de janvier 2017 jusqu'au 30 septembre 2017, puis en vertu d'un nouveau contrat à durée indéterminée à compter du mois de septembre 2020. Il a en outre été interpelé, ainsi que le mentionne l'arrêté en litige sans que le requérant ne conteste la matérialité de ces faits, en 2017 pour des faits de transport et usage de stupéfiants. Enfin, dès lors que son épouse travaille depuis le mois de septembre 2017 en tant que vendeuse, il lui est loisible, si son titre a été renouvelé, de solliciter le regroupement familial pour son mari. Dans ces conditions, les décisions en litige ne portent pas une atteinte à la vie privée et familiale de M. A disproportionnée au regard des buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la décision portant refus de séjour ne méconnaît, en tout état de cause, pas l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé entrant dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, la décision portant refus de séjour ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, l'arrêté en litige est fondé non pas seulement sur la situation privée et familiale du requérant au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également sur la menace à l'ordre public que le comportement du requérant constituerait. Cependant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'intéressé n'a été mis en cause et condamné que pour des infractions au droit au séjour en 2005, 2006 et 2014 et a seulement fait l'objet d'une interpellation pour des faits d'usage et transport illicite de stupéfiants en 2017. Eu égard à la nature et à l'ancienneté des faits commis entre 2005 et 2014 et du caractère isolé de la dernière interpellation en 2017, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer. Cependant, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus de séjour et, en conséquence, l'obligation de quitter le territoire français, en se fondant sur la situation privée et familiale du requérant, ainsi qu'elle ressort de ce qui a été dit au point 5.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En se bornant à soutenir, sans l'établir, qu'il risquerait d'être soumis, en raison de ses origines kurdes, à des persécutions dans son pays d'origine, le requérant ne démontre pas que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 de ce code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà fait l'objet, en 2006, d'une mesure d'éloignement qu'il soutient avoir exécutée ainsi que d'une mesure d'éloignement en 2019 mentionnée au point 1. Cependant, son épouse réside régulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 7. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en édictant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant repris à compter du mois de mai 2021 celles invoquées du III de l'article L. 511-1 de ce code dans le cas d'une interdiction de retour édictée lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. M. A est ainsi fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête invoqués à l'encontre de cette décision, à en demander l'annulation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige qu'en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution sollicitée par le requérant. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a interdit de retour sur le territoire français M. A pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

L. Breuille

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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