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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114692

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114692

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTEFFO FRÉDÉRIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Teffo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen sérieux et particulier ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant du pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'une violation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Par un courrier du 22 novembre 2021, le conseil de M. A a été invité à régulariser les pièces de la requête qui ne sont pas conformes à l'article R. 414-5 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Teffo, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 9 mai 1984 à Ain Merane, est entré en France le 23 septembre 2017 muni d'un visa de court séjour. Il demande l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article R. 414-5 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. Cette obligation est applicable à la transmission des pièces jointes aux mémoires complémentaires, sous peine pour le requérant de voir ces pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () Par dérogation aux dispositions des deuxième et troisième alinéas, lorsque le requérant entend transmettre un nombre important de pièces jointes constituant une série homogène eu égard à l'objet du litige, il peut les regrouper dans un ou plusieurs fichiers, à la condition que le référencement de ces fichiers ainsi que l'ordre de présentation, au sein de chacun d'eux, des pièces qu'ils regroupent soient conformes à l'énumération, figurant à l'inventaire, de toutes les pièces jointes à la requête. Le requérant ne peut alors bénéficier de la dispense de transmission de l'inventaire détaillé prévue au premier alinéa. Ces obligations sont prescrites au requérant sous peine de voir les pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () ". Les pièces numérotées 3 et 5 jointes à la présente requête, relatives, respectivement, à des justificatifs professionnels du requérant depuis mai 2018 et à des justificatifs de ses attaches personnelles sur le territoire français, regroupent plusieurs pièces au sein de chacune d'elle et constituent des séries homogènes au sens des dispositions précitées. En dépit de ce que, par un courrier du 22 novembre 2021 susvisé, le conseil de M. A a été invité à régulariser les pièces de la requête qui ne sont pas conformes à l'article R. 414-5 du code de justice administrative, ce dernier n'a pas présenté d'inventaire détaillé. Par suite et en application des dispositions précitées, lesdites pièces doivent être écartées des débats.

3. La décision qui refuse à M. A la délivrance d'un titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur la base desquelles elle a été prise et est, dès lors, suffisamment motivée. Il en va de même de la décision qui fait obligation au requérant de quitter le territoire français, laquelle mentionne l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel elle a été prise et qui, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 de ce code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions précitées doit être écarté. En revanche, alors qu'aux termes de l'article L. 613-2 du code précité: " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ", la décision qui refuse à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de motivation en fait. Elle doit, dès lors, être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence de la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

4. Il ne ressort pas des termes des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ni des pièces du dossier qui ne sont pas écartées des débats, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doivent être écartés.

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, comme l'a d'ailleurs relevé le préfet de la Seine-Saint-Denis qui, selon les termes mêmes de l'arrêté attaqué, a examiné la demande du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Il suit de là que M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cet article. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation auxdites dispositions doit, dès lors, être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné.

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

9. En l'espèce, M. A a été mis à même, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il sollicitait la délivrance d'un titre de séjour et de faire valoir tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et de s'opposer à son éloignement. Il n'établit pas qu'elle n'aurait pas eu la possibilité, à cette occasion ou lors de l'instruction de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utile ou de présenter toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit de M. A d'être entendu doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

11. Les motifs du présent jugement n'impliquent aucune mesure d'exécution. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 4 octobre 2021 est annulé en tant qu'il refuse à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire et qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Breuille, conseiller,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. C

Le conseiller le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

Signé

L. BreuilleLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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