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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114815

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114815

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantCHRISTOPHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Christophel, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " conformément à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser, soit à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat, soit à lui-même, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est insuffisamment motivée ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ; l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est insuffisamment motivée ; elle doit être annulée compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 janvier 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Benitez, substituant Me Christophel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 27 septembre 2002 à Conakry, a déposé le 2 octobre 2020 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 21 mars 2022 le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A. Par suite, les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de l'article L. 313-15 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. () ".

4. Pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que si l'intéressé avait intégré une formation au métier de maçon VRD, son autorisation de travail n'était valable que jusqu'au 11 septembre 2020 et qu'il n'avait pas produit d'élément attestant de la poursuite de sa formation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. A a présenté une demande de titre de séjour le 2 octobre 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été inscrit à une formation au métier de maçon en voirie et réseaux divers (VRD) auprès de la chambre des métiers de la Seine-Saint-Denis, qui a débuté le 9 mars 2020 et s'est achevée le 20 novembre 2020. Ainsi, à la date de sa demande il justifiait suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. En outre, le requérant produit une attestation de fin de formation délivrée par la chambre des métiers le 11 décembre 2020, qui mentionne les compétences que celui-ci a acquises à l'issue de cette formation, ainsi que le diplôme correspondant qui lui a été délivré le 21 décembre 2020. Il verse également aux débats l'autorisation provisoire de travail le concernant qui a été délivrée le 13 octobre 2020 à l'employeur avec lequel il était lié par un contrat d'apprentissage du 2 mars 2020 au 30 novembre 2020, ainsi que le certificat de travail et les bulletins de salaire s'y rapportant. Ainsi, M. A répondait à la condition énoncée par l'article L. 435-3 précité portant sur la justification d'une durée de formation destinée à apporter une qualification professionnelle. En outre, il ressort des pièces du dossier que le suivi de cette formation présente un caractère réel et sérieux. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour pourrait être refusée au regard des autres réserves énoncées à l'article L. 435-3. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, en refusant de délivrer un titre de séjour au requérant le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige est illégale et à demander l'annulation de cette décision ainsi que des décisions subséquentes contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble de ces décisions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer au requérant un tel titre dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Christophel de la somme de 1 000 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 8 octobre 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Christophel une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Christophel et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

Le rapporteur,

D. C

La présidente,

J. JimenezLa greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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