jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | RUSSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés le 27 décembre 2021, le 25 mai 2022 et le 17 mai 2023, Mme D I, M. J A, M. F A, Mme M C, Mme B C K et M. G E d'abord légalement représenté par Mme H C puis devenu majeur en cours d'instance, représentés par Me Russo, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Etat à verser à chacun des requérants une somme de 15 000 euros au titre de leur préjudice moral subi à raison du décès de leur grand-mère ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'action n'est pas prescrite ; la procédure pénale puis la procédure engagée par les parents des demandeurs devant le tribunal administratif de Montreuil ont interrompu la prescription ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée pour faute ; les services de police ont commis une faute de service consistant en l'absence d'envoi d'une patrouille sur place pour vérifier les faits ;
- les petits-enfants de Mme C, très affectés à l'idée des souffrances endurées par leur grand-mère, qu'ils côtoyaient quasiment toutes les semaines, et alors qu'ils avaient perdu leur grand-père, mari de Mme C, peu de temps avant, ont subi un préjudice moral ;
- le lien de causalité est établi ; le préjudice moral subi résulte directement du comportement fautif des services de l'Etat.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à sa mise hors de cause.
Il fait valoir qu'en application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de justice administrative, il appartient au seul préfet de police de Paris de représenter l'Etat en première instance dans cette affaire.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 mars 2022 et le 24 mai 2023, le préfet de police de Paris conclut à l'irrecevabilité des conclusions formulées par M. G E et M. F A et au rejet du surplus des conclusions ou, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation soit ramenée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- M. G E est né le 23 septembre 2004 et n'atteindra sa majorité que le 24 septembre 2022 ; à la date de l'enregistrement au greffe du tribunal, le 5 novembre 2021, de la requête, il n'était pas majeur, il n'est ni établi ni allégué qu'il aurait fait l'objet d'une émancipation et devait être représenté par ses représentants légaux dans cette instance ; il ne justifie donc pas de la capacité pour agir ;
- M. F A ne dispose pas de la capacité pour agir en l'absence d'acte de naissance attestant de son existence, sa date de naissance et donc sa majorité et sa capacité pour agir en justice ; à titre subsidiaire, sa filiation n'étant pas démontrée et les conclusions à fin d'indemnisation de son préjudice moral doivent être rejetées au fond ;
- sur le surplus, à titre principal, la faute de service alléguée n'est pas établie ;
- le préjudice moral invoqué ne peut être dû qu'à la souffrance causée par le décès de Mme C, et ne peut prendre en compte le préjudice résultant de la mort du mari de la victime, qui ne relève pas de la responsabilité de l'Etat, ni le préjudice lié aux souffrances supposément éprouvées par Mme C, déjà indemnisées au bénéfice de ses ayant-droits ; en tout état de cause, les requérants n'apportent aucun élément permettant d'attester de l'intensité des liens qui les unissaient à la victime ;
- les conclusions formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées et sont à titre subsidiaire excessives.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :
- le rapport de M. Breuille,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- les observations de Me Russo, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un incendie survenu dans la nuit du 15 au 16 juin 2015 à son domicile sis 3, rue Pablo Neruda à Villetaneuse, Mme L C est décédée le 17 juin 2015. Par un jugement n° 1812495 du 15 avril 2021, le tribunal administratif de Montreuil a estimé qu'un retard fautif des services de police à intervenir est à l'origine du décès de Mme C et a condamné l'Etat à indemniser les enfants de cette dernière, en qualité d'ayants droit. Par un arrêt n° 21PA03010 du 3 mars 2023, la cour administrative d'appel de Paris a, tout en confirmant l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour faute, ramené la somme que l'Etat a été condamné à verser aux ayants droit de la défunte à 13 000 euros chacun et réformé le jugement en ce sens. Par la requête visée ci-dessus, les petits-enfants de Mme C demandent, après avoir formulé une demande indemnitaire préalable devant l'autorité administrative le 4 août 2021, l'indemnisation de leur préjudice moral résultant du décès de leur grand-mère.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. En premier lieu, un mineur qui atteint sa majorité en cours d'instance n'est pas tenu de reprendre formellement les conclusions formées en son nom par son représentant légal. La circonstance que M. G E est devenu majeur le 23 septembre 2022, en cours d'instance, est donc sans incidence sur la recevabilité des conclusions indemnitaires qu'il formule.
3. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. F A, majeur, dispose de la capacité pour agir.
4. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.
En ce qui concerne la faute :
5. Il ressort des faits, tels qu'ils ont été constatés par le tribunal correctionnel de Bobigny dans son jugement en date du 7 juillet 2017 fondé en grande partie sur le rapport d'enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) diligentée à la demande du procureur de la République, que, dans la nuit du 15 au 16 juin 2015, une femme a appelé le " 17 ", numéro d'urgence " police/secours ", pour signaler, ainsi que cela ressort de la conversation téléphonique enregistrée, la présence d'étincelles, de fumées et d'un feu " qui s'éteint et qui s'allume " sur le balcon de sa voisine, Mme C. L'opérateur du " 17 " a indiqué à cette femme qu'une patrouille allait être envoyée. La présence d'un incendie n'étant toutefois pas certaine compte-tenu des informations fournies, l'opérateur du " 17 " s'est conformé aux consignes mises en place et a redirigé la demande vers le commissariat local. Le gardien de la paix qui assurait la garde ce soir-là a rappelé la voisine de Mme C. La conversation téléphonique n'a pas été enregistrée. Cependant, il n'est pas contesté que cette voisine, même si elle n'a pas été en mesure de dire si les étincelles et les fumées étaient uniquement sur le balcon ou également dans l'appartement, en a fait état. Pour autant, l'agent de police n'a pas estimé nécessaire, au vu de ces éléments, de dépêcher sur les lieux une patrouille de vérification. Or, vers deux heures du matin, le 16 juin 2015, une explosion, provoquée par le feu qui s'était propagé, a eu lieu dans l'appartement de Mme C. La voisine a une nouvelle fois contacté le " 17 ". Les pompiers sont intervenus. Ils ont trouvé l'occupante de l'appartement grièvement brûlée, inconsciente, face contre terre à proximité de son lit. Ils l'ont réanimée puis conduite à l'hôpital Saint Louis de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris où elle a, le lendemain, succombé à ses blessures. Certes, il ressort de l'ensemble de ces éléments que, lors du second appel, la voisine de Mme C n'avait pas fait état de flammes. Toutefois, la présence d'étincelles et de fumée, fussent-elles uniquement à l'extérieur de l'appartement, si elle pouvait ne pas justifier l'intervention directe des pompiers, justifiait en revanche l'intervention d'une patrouille de police, à tout le moins pour contrôler la situation. Et ce d'autant, comme le relève l'IGPN dans son rapport d'enquête, que le lieu d'habitation abritait de nombreuses personnes pour lesquelles la naissance d'un incendie était constitutive d'un danger grave et imminent qui était connu. Le fait que la police soit coutumière, dans le quartier, d'appels malveillants ou de guet-apens ne peut pas constituer une cause exonératoire. Dans ces circonstances particulières, en n'intervenant pas dès le premier signalement malgré les informations fournies, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. La circonstance que le gardien de la paix de garde ait été relaxé par le juge pénal au motif que les faits, non contestés, de l'espèce ne permettaient pas d'établir le caractère volontaire de son abstention ne lie pas le juge administratif, ce dernier étant uniquement tenu, en l'espèce, par les constatations de faits retenues par le tribunal correctionnel dans son jugement du 7 juillet 2017.
6. Il résulte de l'instruction que le retard fautif des services de police à intervenir est directement à l'origine du décès de Mme C qui, retrouvée en arrêt cardiaque et grièvement brûlée lors de l'arrivée des pompiers, est décédée le lendemain de son transfert à l'hôpital Saint-Louis. Le lien de causalité entre la faute commise et les préjudices subis est, par suite, établi.
7. Compte tenu, au moment des faits, de l'âge de la défunte (soixante-neuf ans), et alors que l'intensité des liens entretenus pas les requérants avec leur grand-mère n'est que très faiblement étayée par les pièces versées à l'instruction, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi en condamnant l'Etat à leur verser à chacun la somme de 1 000 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à chacun des requérants la somme de 1 000 euros, en réparation du préjudice moral qu'ils ont subi en qualité de petits-enfants de Mme C et en raison du décès de cette dernière.
Sur les frais de l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les requérants.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D I, M. J A, M. F A, Mme M C, Mme B C K et M. G E la somme de 1 000 euros chacun en réparation du préjudice moral subi.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D I, M. J A, M. F A, Mme M C, Mme B C K et M. G E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
L. Breuille
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026