jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Chemin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an, portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 423-23 du même code, dans le mois suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de le mettre en possession, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie privée et familiale et a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation a été commise.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est dénuée de motivation ;
- une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation a été commise.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination duquel il sera renvoyé :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron-Lecoq,
- et les observations de Me Chemin représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sri-lankais né le 17 février 1982, a déclaré être entré en France le 26 février 2012. Il demande l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans.
Sur le moyen commun dirigé à l'encontre du refus de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
2. Le refus de séjour mentionne notamment, en droit, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article L. 423-23 du même code et précise, en fait, l'examen de la situation privée, familiale et professionnelle du requérant, notamment sa date alléguée d'entrée, ses deux précédentes mesures d'éloignement, la circonstance qu'il est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il bénéficie d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et ses deux sœurs, sa présence non établie en France au titre des années 2017 et 2018 ainsi que l'absence de justification d'une insertion professionnelle d'une intensité et d'une qualité pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. En outre, la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus et le préfet n'était pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'intéressé. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait référence à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant entrant dans le champ d'application du 3° de cet article, il résulte de l'article L. 613-1 du même code que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, dont il a été dit précédemment qu'elle était suffisamment motivée. S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, cette décision vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les deux précédentes mesures d'éloignement et, en conséquence, la circonstance que le requérant présente un risque de soustraction à la présente obligation de quitter le territoire français. S'agissant de la décision fixant le pays de destination duquel il sera renvoyé, le préfet de la Seine-Saint-Denis vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, la décision en litige mentionne, en droit, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, en fait, que le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires empêchant l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions ci-avant évoquées doit être écarté.
Sur les moyens propres :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. En produisant un relevé bancaire sans mouvement, un avis d'impôt sur les revenus sans déclaration de revenus ainsi qu'une attestation du 15 février 2021 de chargement de forfait Navigo pour les mois de janvier à novembre 2017, M. B n'établit pas sa présence en France au titre de l'année 2017. Il ne démontre pas plus sa présence sur le territoire français au titre de l'année 2018 en versant un relevé bancaire sans mouvement, une déclaration pré remplie sur les revenus, un avis d'impôt sur les revenus sans déclaration de revenus, deux ordonnances médicales du même jour, un récépissé de déclaration de perte de son passeport ainsi qu'une attestation du 21 mars 2019 de chargement de forfait Navigo pour les mois de janvier à septembre 2018. En outre, M. B a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 25 mars 2016 et 6 février 2019. S'il fait valoir maîtriser la langue française, il ne le démontre pas. Par ailleurs, le requérant est célibataire, sans charge de famille et ne conteste pas la présence dans son pays d'origine de ses parents et de ses deux sœurs. S'il se prévaut de la présence régulière de ses trois frères en France, il ne verse qu'un seul titre de séjour d'une personne à l'égard de laquelle il ne justifie pas son lien de parenté et, en tout état de cause, ne démontre pas la nécessité de demeurer auprès d'elle. Enfin, son intégration professionnelle comme plongeur sous contrat à durée indéterminée depuis le 1er juin 2020 est, à la date de l'arrêté en litige, récente. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
6. La situation privée, familiale et professionnelle de M. B telle que précédemment évoquée ne constitue pas des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels au sens de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de cet article doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le requérant ne peut se fonder sur son illégalité à l'encontre du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
8. En second lieu, si M. B se prévaut de sa durée de présence en France, de sa famille et de son travail qu'il ne peut pas abandonner sans préavis, il existe un risque à ce qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dès lors qu'il n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement. Au demeurant, le requérant n'apporte aucune contradiction sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le requérant ne peut se fonder sur son illégalité à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.
10. En second lieu, le préfet a refusé à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire et la situation de l'intéressé, telle qu'exposée au point 3, ne caractérise aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination duquel il sera renvoyé :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le requérant ne peut se fonder sur son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination duquel il sera renvoyé.
12. En second lieu, M. B dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée par les autorités compétentes, n'apporte aucune précision sur ses activités politiques et ne justifie ainsi d'aucune crainte personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la
Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
C. Caron-Lecoq
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026