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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115500

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115500

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantAYDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Aydin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a rejeté sa demande de certificat de résidence, a refusé de lui délivrer une autorisation de travail et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, à défaut et dans le même délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant ce temps, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les articles R. 5221-20 et R. 5221-34 du code du travail ont été méconnus et le préfet a commis une erreur de droit ;

- le préfet a violé l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il entre dans le champ d'application de la circulaire du 28 novembre 2012.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Par courrier du 4 mai 2023, M. A a été invité à régulariser les pièces non conformes à l'article R. 412-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron-Lecoq,

- et les observations de Me Aydin, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 23 mars 1986 à Mekla, a déclaré être entré en France le 12 juillet 2012. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a rejeté sa demande de certificat de résidence, a refusé de lui délivrer une autorisation de travail et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les pièces jointes à la requête :

2. Aux termes de l'article R. 412-2 du code de justice administrative : " Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé. Sauf lorsque leur nombre, leur volume ou leurs caractéristiques y font obstacle, ces pièces sont accompagnées d'une copie. Ces obligations sont prescrites aux parties sous peine de voir leurs pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / L'inventaire détaillé présente, de manière exhaustive, les pièces par un intitulé comprenant, pour chacune d'elles, un numéro dans un ordre continu et croissant ainsi qu'un libellé suffisamment explicite. ".

3. L'inventaire joint à la requête ne comporte pas une présentation exhaustive des pièces numérotées 6 à 14, 16 et 17, relatives aux justificatifs de présence en France de 2012 à 2021, aux bulletins de salaire et aux aides médicales d'Etat. A la suite de l'invitation à régulariser, M. A n'a pas présenté d'inventaire détaillé. Par suite et en application des dispositions précitées au point 2, lesdites pièces doivent être écartées des débats.

Sur le surplus :

4. En premier lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne notamment, en droit, son pouvoir discrétionnaire de régularisation ainsi que l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus et le b) de l'article 7 de ce même accord. Il précise, en fait, la date d'entrée alléguée du requérant en France, la circonstance qu'il est célibataire, sans charge de famille et les liens familiaux conservés dans le pays d'origine ainsi que l'absence de contrat de travail visé et de certificat médical obligatoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de délivrance d'un certificat de résidence doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; / () ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. () ". L'article R. 5221-20 du même code précise : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; /2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / c) Il n'a pas fait l'objet de sanction administrative prononcée en application des articles L. 1264-3, et

L. 8272-2 à L. 8272-4 ; / 3° L'employeur, l'utilisateur ou l'entreprise d'accueil et le salarié satisfont aux conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée, quand de telles conditions sont exigées ; / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. "

6. En l'espèce, le requérant ne conteste pas la circonstance qu'il n'aurait pas produit le certificat médical obligatoire prévu par la disposition précitée du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus. En outre, il ne justifie d'aucun contrat visé et n'allègue pas avoir transmis au préfet une demande d'autorisation de travail. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le refus de délivrance d'un certificat de résidence violerait les articles R. 5221-20 et R. 5221-34 du code du travail et que le préfet aurait commis une erreur de droit doivent être écartés.

7. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

8. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un certificat de résidence violerait l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 435-1 du même code depuis le 1er mai 2021, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que le refus de délivrance d'un certificat de résidence est illégal. Par suite, le requérant ne peut exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

C. Caron-Lecoq

Le président,

L. GauchardLa greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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