lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MILICH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Milich, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thébault, rapporteur ;
- et les observations de Me Milich, représentant M. A, présent.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant camerounais, né le 16 décembre 1980 à Yaounde (Cameroun), déclare être entré en France le 14 décembre 2019. Il a sollicité le
26 novembre 2020 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article
L. 313-4-1, devenu l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après le 1er mai 2021, en qualité de salarié, auprès des services du préfet de la
Seine-Saint-Denis, lequel a, par arrêté du 4 octobre 2021, rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 421-1, L. 426-11 et L. 423-23 mentionne que le requérant est entré en France le 14 décembre 2019, qu'il est titulaire d'un titre de séjour de résident longue durée italien sans limite de validité délivré le 18 novembre 2014, qu'il a sollicité un premier titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les services de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l'emploi ont émis le 4 février 2021 un avis défavorable à sa demande d'autorisation de travail, au motif qu'il ne remplissait pas les conditions prévues aux alinéas 2 et 3 de l'article L. 5221-20 du code du travail et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dès lors notamment qu'il a postulé pour un poste de chef de chantier pour lequel il ne dispose que d'une expérience d'une année alors que cinq années sont exigées, et que son employeur n'a pas justifié avoir satisfait à ses obligations en matière de cotisations à la caisse des congés payés du bâtiment. Par ailleurs, après avoir visé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il indique que l'intéressé, en situation de concubinage avec une ressortissante en situation régulière sur le territoire français, est sans charge de famille et ne justifie ainsi d'aucun obstacle l'empêchant de vivre une vie privée et familiale normale au Cameroun, son pays d'origine, ou en Italie, pays où il bénéficie d'un droit au séjour sans limitation de durée. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui s'est approprié les termes de l'avis du 4 février 2021 de la DIRECCTE, se serait pour autant senti lié par cet avis, et n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé.
4. En troisième lieu, doit être écarté le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut de base légale, faute d'être assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il n'est pas contesté que M. A est en situation de concubinage avec une ressortissante togolaise en situation régulière sur le territoire national. Il soutient par ailleurs contribuer et participer à l'éducation et l'entretien de la fille française de cette dernière comme s'il en était le père. Toutefois, d'une part, il ne produit avant clôture de l'instruction aucune pièce permettant de justifier de la nature de ses liens avec l'enfant ou de tout autre lien personnel et familial fixé sur le territoire français, d'autre part, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressée, eu égard au caractère récent de son arrivée en France et de sa relation de concubinage, et en l'absence d'intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, l'arrêté attaqué n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
7. En cinquième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait dès lors que contrairement à ce qu'a retenu le préfet dans sa décision, il dispose d'une expérience professionnelle de plus de cinq années en Italie sur un poste similaire, que son employeur satisfait à ses obligations contributives auprès de la caisse des congés payés du bâtiment et que ce dernier applique la classification conventionnelle adéquate à l'emploi de chef de chantier, niveau F à raison de 2 525 euros bruts mensuels hors primes, il n'a produit aucune pièce permettant de l'établir. Le moyen doit ainsi être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; () ".
9. Il est constant que le requérant est titulaire d'un statut de résident longue durée UE accordé par les autorités italiennes sans limitation de validité. Par conséquent, et dès lors qu'il avait demandé à être admis au séjour en qualité de salarié, le préfet ne pouvait examiner sa demande que sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui au demeurant renvoie aux conditions fixées par l'article L. 421-1 de ce code. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la
Seine-Saint-Denis, se fondant sur l'avis défavorable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du 4 février 2021, a estimé que l'intéressé a candidaté sur un emploi de chef de chantier, pour lequel l'employeur exige une expérience professionnelle préalable de cinq années pour l'occuper alors qu'il n'a justifié d'une telle expérience que pour la période comprise entre décembre 2018 et décembre 2019. Par ailleurs, le préfet a relevé que l'employeur ne justifiait pas avoir satisfait à ses obligations contributives auprès de la caisse des congés payés du bâtiment et que ce dernier n'applique pas la classification conventionnelle adéquate à l'emploi de chef de chantier, niveau F à raison de 2 525 euros bruts mensuels hors primes. Si le requérant conteste, ainsi qu'il a été au point 7 ces affirmations et soutient qu'il dispose d'une longue expérience dans un poste similaire en Italie, il n'a produit aucune pièce au cours de l'instance permettant de l'établir, ni que son employeur aurait satisfait à ses obligations contributives ou à celles relatives à la classification conventionnelle pour le poste auquel il prétend. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des article L. 426-11 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la légalité de la décision de refus de titre de séjour attaquée.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du
4 octobre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. Marchand, premier conseiller,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise au disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. THEBAULT
Le président,
Signé
J. CHARRET
La greffière,
Signé
I. SERVEAUX
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026