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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115526

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115526

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2021, M. A, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de supprimer son signalement au fichier Schengen, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans la même condition de délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- le signataire est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle ;

- l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- le signataire est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle ;

- elle contrevient aux articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- la décision est disproportionnée.

S'agissant du pays de destination duquel il sera renvoyé :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron-Lecoq,

- et les observations de Me Taj, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 4 juillet 1990 à Kaithal Haryana, a déclaré être entré en France le 15 août 2015. Saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un arrêté du 28 octobre 2021 dont il est demandé l'annulation, rejeté la demande, obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les moyens communs dirigés à l'encontre du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par deux arrêtés n° 2021-1835 du 19 juillet 2021 et n° 2021-2400 du

16 septembre 2021, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 19 juillet 2021 et 17 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, ainsi qu'en cas d'absence ou d'empêchement à M. F, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, et, en cas d'absence ou d'empêchement à Mme E D, en charge des refus de séjour et des interventions, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme D, signataire des décisions en litige, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, s'agissant du refus de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne notamment, en droit, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en fait, la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant en France, notamment sa date alléguée d'entrée sur le territoire, une précédente mesure d'éloignement, la circonstance qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, la présence de ses parents en Inde, son expérience professionnelle en tant que poseur de sol. Par ailleurs, la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait référence au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il résulte de l'article L. 613-1 du même code que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, dont il a été dit précédemment qu'elle était suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions précitées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doivent être écartés.

Sur les moyens propres :

En ce qui concerne le refus de séjour :

5. En premier lieu, en produisant deux documents du 19 octobre 2015, M. A ne justifie pas sa présence en France au titre de la deuxième partie de l'année 2015 au cours de laquelle il déclare être entré sur le territoire. A supposer même sa présence établie, il est célibataire, sans charge de famille, ne justifie d'aucune insertion sociale et ne conteste ni la présence dans son pays d'origine de ses parents ni s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement du 18 avril 2018. S'il se prévaut de son emploi de poseur de sol, exercé sous contrat à durée indéterminée pour la même société depuis le 15 janvier 2020, cette insertion professionnelle ne présente pas de caractère d'ancienneté. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

7. Si, ainsi que le soutient M. A, le préfet ne pouvait sans entacher sa décision d'erreur de droit estimer qu'il ne pouvait, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se prévaloir de la durée de sa résidence en France antérieurement à l'expiration du délai qui lui avait été imparti pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre le 18 avril 2018, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que cette erreur a été en l'espèce sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet, qui n'était par ailleurs pas tenu de saisir pour avis la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités, aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.

8. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs tenant à la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant que ceux précédemment énoncés au point 5, la situation du requérant ne constitue ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, M. A ne saurait utilement soulever le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que cette décision n'emporte pas, par elle-même, l'éloignement du requérant à destination de l'Inde.

10. En deuxième lieu et pour les mêmes motifs tenant à la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant que ceux précédemment énoncés au point 5, doivent être écartés les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé :

11. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales. Par suite, le requérant ne peut se fonder sur leur illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination duquel il sera renvoyé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

12. Eu égard à la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant telle que décrite au point 5 et en dépit de la circonstance que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

C. Caron-Lecoq

Le président,

L. GauchardLa greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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