vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115578 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | FEUKEU TCHOUMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 novembre 2021 et 7 juin 2022, M. A D, représenté par Me Feukeu Tchoumba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; elle est illégale à défaut de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur de droit, à défaut d'examen complet par le préfet de sa situation au regard des stipulations du b) de l'article 7, des paragraphes 1 et 5 de l'article 6 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et d'examen personnalisé de sa situation ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français : elles doivent être annulées par la voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2023.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Feukeu Tchoumba, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 23 octobre 1982 à Bensekrane, a déposé une demande de certificat de résidence le 3 février 2020. Par un arrêté du 9 juillet 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, sous-préfet du Raincy, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy ainsi que dans le cadre des permanences de nuit ou de fin de semaine. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les stipulations de l'article 6, paragraphes 1 et 5 et de l'article 7, paragraphe b, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, expose de manière suffisante, sans présenter de caractère stéréotypé, les éléments relatifs à la situation de M. D pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. En outre, le requérant, qui au demeurant ne justifie pas avoir présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, ne peut utilement invoquer l'absence de visa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ce texte ne s'applique pas aux ressortissants algériens. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit dès lors être écarté.
4. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, le requérant ne justifie pas avoir demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait omis de se prononcer sur l'opportunité d'une régularisation de sa situation à ce titre ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet et personnalisé de la situation du requérant au regard des textes sur le fondement desquels il a examiné la situation de ce dernier.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. D soutient être entré en 2008 en France où il réside avec son épouse et son enfant, en faisant valoir que ce dernier est très malade. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'enfant du couple est né le 9 juillet 2021, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. En outre, si la mère de l'enfant est de nationalité française, le requérant ne justifie pas, à la date de l'arrêté attaqué, d'une communauté de vie avec celle-ci, ni de sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait séjourné continuellement en France avant l'année 2018. Par suite, au regard des conditions et de la durée du séjour du requérant en France à la date de l'arrêté attaqué, la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi par cette décision. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour en litige n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".
9. M. D soutient qu'il réside en France depuis plus de dix ans. Toutefois, il n'en justifie pas par les pièces qu'il produit, ni n'établit que le préfet aurait porté une appréciation inexacte sur les pièces qu'il a produites en estimant que certaines présentaient un caractère douteux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet dans l'application des stipulations précitées doit être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ".
11. Si ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien de portée équivalente à celles des textes mentionnés à l'article L. 312-2 précité, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité effectivement placés dans les conditions prévues par ces textes et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Eu égard à ce qui précède, en dépit de ce qu'il soutient, le requérant n'est pas susceptible de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, alors qu'il ne peut par ailleurs se prévaloir d'une présence habituelle depuis plus de dix ans en France, il n'y avait pas lieu de consulter la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Dès lors, le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que cette décision serait illégale en ce qu'elle est entachée des mêmes illégalités que la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
Sur les autres décisions en litige :
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français décision seraient illégales en ce qu'elles sont entachées des mêmes illégalités que la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. En outre, si le requérant soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément pour étayer ses allégations.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
D. E
La présidente,
J. JimenezLa greffière,
S. Séguéla
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026