mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115600 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | VASEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Vaseux, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines de l'établissement public de santé Ville Evrard l'a suspendu de ses fonctions d'infirmier cadre de santé ;
2°) de le réintégrer dans ses fonctions et de procéder au versement de son traitement depuis la date de la suspension ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé Ville Evard une somme de
2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse méconnait l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dès lors qu'elle ne respecte pas la procédure d'information ;
- elle est fondée sur le décret du 1er juin 2021, qui n'est pas applicable, dès lors qu'il n' a pas été pris après avis de la Haute autorité de santé, laquelle n'a pas émis d'avis concernant la justification du schéma vaccinal des soignants ;
- la mesure de suspension n'est pas une simple mesure conservatoire dès lors que, d'une part, elle vise à réprimer un comportement non conforme à la loi concernant l'obligation vaccinale qui caractérise une faute, et d'autre part, elle n'est pas limitée dans le temps, et enfin, ses conséquences sont substantielles ; elle constitue une sanction disciplinaire et doit donc respecter certains principes et notamment les droits de la défense ;
- l'obligation vaccinale imposée est disproportionnée et porte atteinte aux libertés fondamentales à savoir le respect de la vie privée, la libre disposition de son corps ou encore le droit à un consentement libre et éclairé, protégés par l'article 5 de la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, ou convention sur les droits de l'homme et la biomédecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 et par les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoyant le respect de l'intégrité physique et de l'autonomie de la personne ;
- aucun vaccin ne bénéficie d'une autorisation de mise sur le marché dès lors que seules des autorisations conditionnelles ont été émises et ainsi aucune obligation vaccinale ne peut être imposée ; par ailleurs, l'efficacité des vaccins est limitée ;
- l'obligation vaccinale conduit à des mesures disproportionnées à l'égard des soignants, en les privant notamment de traitement pour une durée illimitée, et ne tient pas compte de l'intérêt public résidant dans le bon fonctionnement du système hospitalier ;
- elle porte atteinte aux principes de non-discrimination et d'égalité entre les citoyens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, l'établissement public de santé de Ville Evrard, représenté par Me Français, conclut au non-lieu à statuer, ou à défaut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
-la requête a perdu son objet dès lors que le requérant a été réintégré dans ses fonctions ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caro,
- et les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce depuis 2019, en tant que contractuel, les fonctions d'infirmier cadre de santé au sein de l'Etablissement public de santé de Ville Evrard depuis 2019. Par une décision du 20 septembre 2021, le directeur des ressources humaines de l'établissement public de santé Ville Evrard l'a suspendu de ses fonctions avec privation de toute rémunération à compter de cette même date, en raison du défaut de production par l'intéressé du justificatif de vaccination ou de contre-indication requis par la réglementation et jusqu'à ce que l'intéressé produise les justificatifs mentionnés au I de l'article 13 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Le 27 septembre 2021, M. B a sollicité le bénéfice de congés payés pour la période du 27 septembre au 17 octobre 2021. L'établissement public de santé a fait droit à cette demande et M. B a été réintégré le 27 septembre 2021. A l'issue de ses congés annuels, il a été placé en arrêt maladie du 14 au 29 octobre 2021, puis l'intéressé a ensuite été placé en congés annuels du 30 octobre au 26 novembre 2021. A cette date, M. B, ayant épuisé ses congés et compte épargne temps, l'établissement public de santé de Ville Evrard l'a de nouveau suspendu de ses fonctions, pour le même motif, par un arrêté du 27 novembre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 20 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la loi susvisée du 5 août 2021 : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ".
3. Il résulte des dispositions du III de l'article 14 précédemment citées, lesquelles ont fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés.
4. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense que par un courrier daté du 18 août 2021, adressé à l'ensemble des agents, l'établissement public de santé de Ville Evrard, a rappelé l'obligation vaccinale anti-covid s'imposant à l'ensemble du personnel hospitalier, en application de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, a également enjoint de préciser leur statut vaccinal et, le cas échéant, de satisfaire à leurs obligations légales avant le 15 septembre 2021, sous peine de suspension. En outre, l'administration fait valoir, sans être contestée que M. B a été contacté par téléphone par l'adjoint au directeur des ressources humaines le 13 septembre 2021 pour évoquer les éventuelles démarches entreprises pour sa vaccination et l'informer des conséquences d'un défaut de vaccination. Ne souhaitant pas se faire vacciner, M. B a informé l'administration, par courrier du 14 septembre 2021 qu'il entendait exercer son droit de retrait. Le 16 septembre 2021, une décision de refus de droit de retrait lui a été adressée. De plus, l'intéressé, convoqué à un entretien le 20 septembre 2021, pour évoquer sa situation, n'a pas souhaité se présenter à ce rendez-vous. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a utilisé ses jours de congés payés. Le requérant ne peut ainsi sérieusement soutenir qu'il ignorait les conséquences de l'absence de respect de l'obligation vaccinale résultant des dispositions précitées de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, qui donnait un délai de plusieurs semaines aux personnes concernées pour s'y conformer, alors qu'il a, à plusieurs reprises, été informé, préalablement à l'édiction de la mesure contestée, des conséquences qu'emportait l'absence de vaccination obligatoire sur son emploi, des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.
5 En deuxième lieu, lorsque l'autorité investie du pouvoir de nomination prononce la suspension d'un agent public en application de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, la décision litigieuse doit s'analyser comme une mesure prise dans l'intérêt du service et de la politique sanitaire, destinée à lutter contre la propagation de l'épidémie de Covid-19 dans un objectif de maîtrise de la situation sanitaire, et n'a pas vocation à sanctionner un éventuel manquement ou agissement fautif commis par cet agent. Reposant sur un régime juridique propre, cette mesure de suspension, qui constate le non-respect par l'agent de l'obligation vaccinale imposée par le dispositif légal susmentionné, est limitée à la période au cours de laquelle l'agent s'abstient de se conformer aux obligations qui sont les siennes en application des dispositions précitées. Dès lors, la décision de suspension attaquée n'a pas le caractère d'une sanction administrative qui eût nécessité le respect des garanties procédurales attachées à la procédure disciplinaire ou aux droits de la défense et n'a pas davantage la nature d'une mesure prise en considération de la personne qui eût justifié le respect d'une procédure contradictoire préalable. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des garanties liées à la procédure disciplinaire ou de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 relatif à la suspension des agents faisant l'objet d'une procédure disciplinaire, ni soutenir que les droits de la défense ont été méconnus.
6. En troisième lieu, le décret susvisé du 1er juin 2021 modifié le 7 août suivant a été pris au visa des avis de la Haute autorité de santé des 4 et 6 août 2021 et détermine notamment les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes concernées, précise les différents schémas vaccinaux, fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les intéressés ainsi que les modalités de présentation de celui-ci et détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 ou le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par celle-ci. Par suite, le moyen tiré du l'inapplicabilité de la loi du 5 août 2021 en raison du défaut d'avis de la Haute autorité de santé, requis pour son entrée en vigueur ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Le droit à l'intégrité physique fait partie du droit au respect de la vie privée au sens de ces stipulations, telles que la Cour européenne des droits de l'homme les interprète. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans ce droit, qui peut être admise si elle remplit les conditions du paragraphe 2 de l'article 8 et, notamment, si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.
8. En définissant le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 pour y inclure en particulier, alors même qu'elles ne sont pas nécessairement en contact direct avec les malades, les personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé ainsi que les professionnels de santé, le législateur a entendu à la fois protéger les personnes vulnérables accueillies par ces établissements et éviter la propagation du virus par les professionnels de santé dans l'exercice de leur activité. Alors que le requérant ne conteste pas sérieusement le très large consensus scientifique selon lequel le vaccin contre la covid-19 prémunit contre les formes graves de la maladie et présente des effets indésirables limités, ni, par suite, le caractère suffisamment favorable du rapport entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu pour les personnes vaccinées et la collectivité, l'obligation vaccinale pesant spécifiquement sur le personnel exerçant dans un établissement de santé ne saurait être regardée comme incohérente et disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que, portant selon lui atteinte au droit à l'intégrité physique et au principe de non-discrimination, l'obligation vaccinale méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, ou convention sur les droits de l'homme et la biomédecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 : " Une intervention dans le domaine de la santé ne peut être effectuée qu'après que la personne concernée y a donné son consentement libre et éclairé. / Cette personne reçoit préalablement une information adéquate quant au but et à la nature de l'intervention ainsi que quant à ses conséquences et ses risques. / La personne concernée peut, à tout moment, librement retirer son consentement ". Aux termes de l'article 26 de cette même convention : " 1. L'exercice des droits et les dispositions de protection contenus dans la présente Convention ne peuvent faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sûreté publique, à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé publique ou à la protection des droits et libertés d'autrui. / 2. Les restrictions visées à l'alinéa précédent ne peuvent être appliquées aux articles 11, 13, 14, 16, 17, 19, 20 et 21 ". Ces stipulations créent des droits dont les particuliers peuvent directement se prévaloir.
10. La restriction apportée par les dispositions des articles 12 à 14 de loi du 5 août 2021 à l'obligation de consentement de la personne concernée à toute intervention dans le domaine de la santé est inhérente au caractère obligatoire de la vaccination, lequel, comme il a été dit précédemment, est justifiée par les besoins de la protection de la santé publique et proportionnée au but poursuivi. Dans ces conditions, les dispositions de ces articles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'article 5 de la convention signée à Oviedo le 4 avril 1997.
11. En sixième lieu, eu égard à sa nature et à ses finalités et alors même qu'elle s'accompagne d'un dispositif de pharmacovigilance destiné à en surveiller les éventuels effets indésirables, la mise sur le marché d'un vaccin au bénéfice, comme en l'espèce, d'une autorisation conditionnelle délivrée par l'Agence européenne du médicament en vue de son administration à la population ne constitue ni une étude clinique, ni un essai clinique et un tel vaccin ne peut en conséquence être qualifié de médicament expérimental au sens notamment du règlement n° 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la vaccination contre la covid-19, dont il critique le principe et les modalités de mise en œuvre dans un contexte d'incertitude quant à son efficacité et son innocuité, relève d'un essai thérapeutique et méconnaît l'exigence de recueil du consentement libre et éclairé de ceux qui y sont soumis.
12. En septième lieu, en définissant le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 pour y inclure en particulier, alors même qu'elles ne sont pas nécessairement en contact direct avec les malades, les personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé ainsi que les professionnels de santé, le législateur a entendu à la fois protéger les personnes vulnérables accueillies par ces établissements et éviter la propagation du virus par les professionnels de santé dans l'exercice de leur activité. Alors que le requérant ne conteste pas sérieusement le très large consensus scientifique selon lequel le vaccin contre la covid-19 prémunit contre les formes graves de la maladie et présente des effets indésirables limités, ni, par suite, le caractère suffisamment favorable du rapport entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu pour les personnes vaccinées et la collectivité, l'obligation vaccinale pesant spécifiquement sur le personnel exerçant dans un établissement de santé ne saurait être regardée comme incohérente et disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi. En outre, en sa qualité de professionnel de santé, M. B ne pouvait ignorer l'obligation vaccinale à laquelle il s'est soustrait sans justifier de contre-indications liées à son état de santé, résultant des dispositions précitées de la loi n°2021-1040 du 5 août 2021, qui donnait un délai de plusieurs semaines aux personnes concernées pour s'y conformer. Ainsi, en refusant de se soumettre à l'obligation vaccinale prévue par la loi et en s'abstenant de produire le justificatif demandé, M. B s'est placé lui-même dans la situation de privation de traitement qu'il invoque. Par suite, eu égard, d'une part à la situation sanitaire qui a conduit le législateur, en vue de satisfaire l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé, à instaurer l'obligation vaccinale dont la décision contestée assure la mise en œuvre et, d'autre part, à l'intérêt général qui s'attache à son exécution, le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure litigieuse au regard de l'objectif poursuivi, en particulier au regard de la privation du traitement pendant la période de suspension n'a pas un caractère disproportionné au regard de l'objectif poursuivi.
13. En huitième lieu, M. B soutient que la décision litigieuse porte atteinte aux principes d'égalité et de non-discrimination. D'une part, le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la loi qui l'établit. L'obligation vaccinale et la liste des catégories de personnes qui en relèvent résultent de la loi elle-même et non de la décision en litige et il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas et conditions prévus par le chapitre II bis du titre II de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, relatif à la question prioritaire de constitutionnalité, d'apprécier la conformité de dispositions législatives aux exigences constitutionnelles. A supposer que M. B ait entendu soutenir que la discrimination qu'il allègue résulterait d'une différence de traitement entre les personnes relevant d'une procédure de sanction et celles qui n'en relèvent pas, il résulte de ce qui a été dit au point 5 précédent que la mesure en cause ne constitue pas une sanction. Le moyen tiré de la rupture d'égalité doit être écarté.
14. D'autre part, une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire si elle affecte la jouissance d'un droit ou d'une liberté sans être assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi. En l'espèce, l'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi qu'un critère professionnel pour y inclure les professionnels de santé. Le législateur a ainsi entendu à la fois protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19 et éviter la propagation du virus par les professionnels de la santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage. Ces dispositions ne créent dès lors aucune discrimination prohibée par les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En dernier lieu, selon l'article 14 de la loi du 5 août 2021, qui prévoit une entrée en vigueur progressive de l'obligation vaccinale, les personnes soumises à cette obligation pouvaient, jusqu'au 14 septembre 2021, continuer d'exercer leur activité sous réserve de présenter, non seulement un certificat de statut vaccinal, un certificat de rétablissement en cours de validité ou un certificat médical de contre-indication, mais aussi un résultat de test de dépistage virologique négatif en cours de validité. Jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, ils pouvaient, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifier de l'administration d'au moins une des doses requises sous réserve de présenter un résultat de test négatif. En outre, il résulte des dispositions du même article que l'interdiction d'exercer prend fin dès que la personne concernée remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité. Ainsi, en refusant de se soumettre à l'obligation vaccinale prévue par la loi et en s'abstenant de produire le justificatif demandé, M. B a lui-même contribué à l'atteinte au bon fonctionnement du système hospitalier qu'il déplore, alors que l'administration a manifestement agi en l'espèce en vue de satisfaire l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé, dans le cadre de la lutte contre la covid-19 et de la pandémie, qui a conduit le législateur, eu égard à la situation sanitaire, à instaurer l'obligation vaccinale dont la mesure contestée assure la mise œuvre conformément à l'intérêt général. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porte atteinte au bon fonctionnement du système hospitalier.
16. Il résulte de tout ce qui précède que, si la requête de M. B n'a pas perdu son objet du seul fait qu'il a été réintégré dans ses fonctions postérieurement à la décision litigieuse du 20 septembre 2021, laquelle a reçu exécution, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction sont dès lors également rejetées.
Sur les frais de justice :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'établissement public de santé de Ville Evrard, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B de la somme qu'il réclame au titre des frais de justice.
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'établissement public de santé de Ville Evrard tendant à l'application des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'établissement public de santé de Ville Evrard présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement public de santé de Ville Evrard.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
N. Caro
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026