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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115601

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115601

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantNIGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Niga, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Puechbroussou, rapporteur ;

- les observations de Me Niga, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante chinoise née le 22 mai 1991 à Zhejiang, déclare être entrée en France le 1er septembre 2013 sous couvert d'un visa court séjour via l'Espagne. Le 30 décembre 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Mme A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie personnelle et familiale. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est la mère de deux enfants, nés en France le 1er avril 2016 et le 15 août 2017, issus de son union libre avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au mois de juillet 2026. Contrairement aux termes de l'arrêté contesté, elle doit être regardée comme établissant sa présence habituelle en France depuis au moins 2014 par le versement d'attestations relatives à l'aide médicale d'Etat, des actes de naissance en France de ses deux enfants et des certificats de scolarité de ces derniers, des avis d'imposition à l'impôt sur le revenu, des courriers émanant de la caisse d'allocation familiale, des ordonnances et comptes rendus médicaux, de diverses factures, de relevés de comptes bancaires mouvementés, d'une attestation d'hébergement avec son concubin à Bagnolet de juillet 2016 à avril 2021 ainsi que d'un contrat de bail établi en 2021. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des divers documents mentionnés précédemment établis conjointement à son nom ainsi qu'à celui du père de ses enfants, que la communauté de vie avec ce dernier est établie, contrairement à ce que soutient le préfet dans l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté pris à l'encontre de Mme A le 28 octobre 2021 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 28 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Touboul, conseillère,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. Puechbroussou

Le président,

Signé

B. Auvray

Le greffier,

Signé

S. Werkling

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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