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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115649

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115649

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021 et des mémoires enregistrés les 26 septembre 2022 et 23 mai 2023, M. B C, agissant en tant que représentant légal A C, représenté par Me Caron, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision verbale du 4 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant d'enregistrer la demande de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au profit de son neveu A C ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de délivrer à A C le document précité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

d'asile ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle viole l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle contrevient à l'article 2-2 du protocole n°4 à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant a été violé ;

- l'application exclusive des dispositions de l'accord franco-algérien viole l'article 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a entaché sa décision d'une erreur de droit en ne procédant pas à l'examen de la demande au regard de la vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que le refus d'enregistrer la demande n'est pas une décision faisant grief au requérant eu égard au caractère incomplet de son dossier.

Par ordonnance du 17 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2023.

Par courrier du 16 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision verbale litigieuse, celle-ci étant constitutive d'un refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur et non d'un simple refus d'enregistrement de la demande tendant à la délivrance d'un tel document.

Par un mémoire enregistré le 26 juin 2023, M. C a présenté ses observations. Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron-Lecoq,

- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,

- et les observations de Me Favain, substituant Me Caron et représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a sollicité la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au profit de son neveu mineur A C, né le 15 octobre 2006, dont il est le tuteur en vertu d'un acte de Kafala judiciaire du 2 septembre 2019. Le 9 septembre 2021, la sous-préfecture du Raincy a confirmé son rendez-vous du 4 octobre 2021 pour y déposer son

dossier. Au cours de ce rendez-vous, il lui a été verbalement refusé d'enregistrer celui-ci.

M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, le requérant n'établit pas avoir sollicité de l'agent du guichet la communication des motifs de la décision verbale en litige et, au surplus, le préfet de la Seine- Saint-Denis fait valoir que le dossier présenté était incomplet et que l'intéressé n'entrait pas dans le champ d'application du 1° de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la demande au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-algérien visé ci- dessus : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidents en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : / a) Le mineur algérien dont l'un au moins des parents est titulaire du certificat de résidence de dix ans ou du certificat d'un an et qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial ; / b) Le mineur qui justifie, par tous moyens, avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans ; / c) Le mineur algérien entré en France pour y suivre des études sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois ; / d) Le mineur algérien né en France dont l'un au moins des parents réside régulièrement en France. ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a le droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ". Et le point 2 de l'article 2 du protocole n°4 à cette convention précise que :

" Toute personne est libre de quitter n'importe quel pays, y compris le sien. ".

5. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il suit de là que M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 414-4 du même code à la date de la décision en litige.

6. Si M. C soutient de manière générale que les stipulations de l'accord franco- algérien sont moins favorables que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne se prévaut d'aucune de ces dispositions. En tout état de cause, les ressortissants algériens relèvent d'un régime juridique spécifique et se trouvent dans une situation objectivement différente de celle des autres étrangers soumis au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La différence de traitement résulte d'une différence de situation qui est la conséquence nécessaire de l'accord franco-algérien. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 14 de la convention de sauvegarde des

droits de l'homme et des libertés fondamentales combinées avec celles du paragraphe 2 de l'article 2 du protocole n° 4 à la convention et de l'article 8 de la même convention.

7. En quatrième lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". L'intérêt supérieur d'un étranger mineur qui ne remplit pas les conditions légales pour bénéficier du document de circulation prévu par les dispositions précitées au point 3, lesquelles ne constituent pas un certificat de résidence mais sont destinées à faciliter le retour sur le territoire national, après un déplacement hors de France, des mineurs étrangers y résidant, s'apprécie au regard de son intérêt à se rendre hors de France et à pouvoir y revenir sans être soumis à l'obligation de présenter un visa.

8. Si le requérant cite des articles de presse relatifs aux difficultés d'obtention de visa, il ne ressort pas des pièces du dossier que les parents A C ont effectivement été dans l'impossibilité d'entreprendre eux-mêmes un déplacement en France pour le rencontrer. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier de circonstance particulière qui aurait rendu nécessaires des voyages réguliers A C entre la France et l'Algérie ou que sa scolarité aurait exigé qu'il soit muni d'un document de circulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. En cinquième lieu et pour les mêmes motifs que ceux précités, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance des stipulations du paragraphe 2 de l'article 2 du protocole n° 4 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives à la liberté de circulation ou de celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit au respect de la vie privée et familiale, ou qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet n'aurait pas examiné la demande au regard de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non- recevoir opposée en défense, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision verbale du 4 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant d'enregistrer sa demande de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au profit de son neveu A C. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint- Denis.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

Le président,

C. Caron-Lecoq

La greffière,

L. Gauchard

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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