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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115664

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115664

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 16 novembre 2021, le 17 mars et le 14 septembre 2022, M. A, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 6 août 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui renouveler son certificat de résidence algérien, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai, et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de 8 jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'une erreur de droit dans l'application du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 5 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable pour tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens invoqués sont infondés.

Par une décision du 9 mai 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 19 septembre 2022, l'instruction a été reportée au 4 octobre 2022.

M. A a produit un mémoire enregistré le 24 novembre 2022, postérieurement à la clôture.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Puechbroussou, rapporteur ;

- les observations de Me Caoudal, pour M. A ;

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 16 février 1964 et entré en France en 2000, a, le 22 janvier 2021, sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien en qualité de salarié. Par un arrêté du 6 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment refusé de lui renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 9 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à être provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 776-1 du code de justice administrative : " Les modalités selon lesquelles le tribunal administratif examine les recours en annulation formés contre les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent, les interdictions de retour sur le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français obéissent, sous réserve des articles L. 651-3 à L. 651-6 () du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux règles définies aux articles L. 614-2 à L. 614-19 du même code ". Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ". Par ailleurs, l'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été adressé à M. A par pli recommandé expédié le 10 août 2021. Il ressort également des pièces du dossier que, si le préposé de la Poste a coché la case " pli avisé et non réclamé " sur l'avis de réception rattaché au pli, il n'a aucunement mentionné la date à laquelle ce pli aurait été présenté au domicile de M. A, l'autocollant précisant le motif de non-distribution ayant été apposé sur la date et masquant cette dernière, à la supposer renseignée. En outre, n'est pas davantage mentionnée la date à laquelle ce pli, à l'issue du délai de mise en instance, a été renvoyé au préfet de la Seine-Saint-Denis, en sa qualité d'expéditeur. Ainsi, à défaut de tout élément permettant d'établir, de manière certaine, la date à laquelle ce pli aurait ainsi été présenté au domicile du requérant, la notification de l'arrêté contesté du 6 août 2021 ne peut être regardée comme régulièrement intervenue. Par suite, alors même que la requête de M. A n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 16 novembre 2021 et qu'une demande d'aide juridictionnelle n'a été déposée que, postérieurement à cet enregistrement, le 23 novembre 2021, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de l'intéressé ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, signataire de la décision attaquée, chef du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque la décision en cause a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision contestée portant refus de titre de séjour. Cette dernière est, par conséquent, suffisamment motivée.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

10. Si M. A soutient, outre sa demande de renouvellement de certificat de résidence en qualité de salarié présentée sur le fondement des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien, qu'il aurait concomitamment sollicité un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations précitées du 1° de l'article 6 du même accord, le requérant n'en justifie pas, alors que cette allégation est contestée en défense, en se bornant à se prévaloir de la mention, figurant sur la feuille de salle du 23 décembre 2020 produite en défense, des termes : " renouvellement titre de séjour - Pôle vie privée et familiale janvier 2021 ". Par ailleurs, le préfet de la Seine-Saint-Denis, comme en attestent les termes de la décision attaquée, n'a pas examiné d'office, ainsi qu'il lui aurait été loisible de le faire, la demande du requérant au regard des stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet dans l'application de ces dernières stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a le droit au respect sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits ou des libertés d'autrui ".

12. En l'espèce, M. A, qui soutient vivre en France depuis l'année 2000, justifie qu'il réside habituellement sur le territoire depuis, à tout le moins, l'année 2007, soit depuis 14 ans à la date de l'arrêté attaqué, ainsi qu'il ressort des nombreuses pièces versées au dossier, au titre des années 2017 à 2021, et de la circonstance, non contestée en défense, que le cas de l'intéressé, en raison de sa présence de plus de dix années sur le territoire, avait déjà été soumis par le préfet à la commission du titre de séjour le 14 décembre 2017. Toutefois, le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où il a résidé jusqu'à l'âge de 36 ans. Par ailleurs, si M. A établit avoir travaillé en tant que membre de l'association Emmaüs Cantal, de juin à septembre 2018, en tant qu'agent de service hospitalier, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps partiel, du 16 avril 2021 au 31 mai 2021 au sein de la société Elior Services Propreté et Santé, et avoir obtenu un diplôme d'agent de propreté et d'hygiène en milieu hospitalier délivré le 7 mai 2021, cette insertion professionnelle n'en demeure pas moins récente et intermittente. Dans ces conditions, le refus de titre contesté ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

13. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

14. Ainsi qu'il a été exposé au point 12, M. A établit qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, à la date des décisions attaquées du 6 août 2021, et qu'il pouvait, par suite, bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence en application des stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 6 août 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

17. Eu égard aux motifs du présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation du refus de renouvellement de titre " salarié " ici contesté, son exécution n'implique pas nécessairement la délivrance d'un tel titre à M. A, ni davantage qu'il soit mis fin à son signalement dans le système d'information Schengen dès lors que le préfet n'a pris aucune décision en ce sens par l'arrêté contesté du 6 août 2021. En revanche, l'exécution du présent jugement, qui annule la mesure d'éloignement dont le requérant a fait l'objet, implique nécessairement, en application des dispositions citées au point 16, que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine le cas de l'intéressé, en particulier au regard des stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de mettre l'intéressé en possession d'une autorisation provisoire de séjour. Enfin, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Caoudal d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions du 6 août 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de mettre l'intéressé en possession d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Caoudal une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Caoudal et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. Puechbroussou

Le président,

Signé

E. Toutain

La greffière,

Signé

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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