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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115674

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115674

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (J.U)
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 10 février 2017 (1 point), 19 septembre 2017 (1 point),

21 septembre 2017 (2 points), 11 janvier 2018 (1 point), 4 mars 2018 (2 points), 3 juin 2018

(1 point), 7 février 2019 (1 point), 14 février 2019 (1 point), 18 mars 2019 (1 point), 9 juin 2019 (1 point), 14 juin 2019 (1 point), 10 mars 2019 (1 point), 19 novembre 2019 (1 point),

18 février 2020 (4 points), 1er juin 2020 (1 point).

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement aux retraits de points consécutifs aux infractions qui lui sont reprochées ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à titre principal au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions relatives à la décision 48 SI ont été supprimées ;

- les points retirés suite aux infractions commises les 10 février 2017 et 14 juin 2019 ont été restitués ;

- les infractions commises les 9 juin 2019 et 1er juin 2020 ne donnent lieu à aucun retrait de point ;

- les infractions commises les 19 septembre 2017, 21 septembre 2017, 11 janvier 2018, 4 mars 2018, 3 juin 2018, 10 mars 2019, 19 novembre 2019 et 18 février 2020 n'apparaissent plus sur le relevé d'information intégral de M. B ;

- et, pour le surplus, que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code de procédure pénale,

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 10 février 2017, 19 septembre 2017, 21 septembre 2017, 11 janvier 2018, 4 mars 2018, 3 juin 2018, 7 février 2019, 14 février 2019, 18 mars 2019, 9 juin 2019,

14 juin 2019, 10 mars 2019, 19 novembre 2019, 18 février 2020, 1er juin 2020.

Sur l'étendue du litige et les fins de non-recevoir soulevées :

2. En premier lieu, il ressort du relevé d'information intégral du 21 janvier 2022 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. B a été crédité les 8 février 2018 et 2 mars 2020, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, des points retirés au titre des infractions commises les 10 février 2017 et

14 juin 2019. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont dépourvues d'objet et, par suite irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être accueillie.

3. En deuxième lieu, il ressort de ce même relevé que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 19 septembre 2017, 21 septembre 2017, 11 janvier 2018,

4 mars 2018, 3 juin 2018, 10 mars 2019, 19 novembre 2019 et 18 février 2020, et les mentions relatives à la décision 48 SI ont été supprimées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont sans objet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie

4. En troisième et dernier lieu, il ressort également de ce relevé d'information intégral que les infractions constatées les 9 juin 2019 et 1er juin 2020 ne donnent lieu à aucun retrait de points. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueille.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

5. Les conditions de notification au conducteur des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification, à la supposer établie, des décisions de retrait de points successifs est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 7 février 2019 :

8. Il résulte de la mention " CNT CSA " pour " centre national de traitement-contrôle des sanctions automatisées ", portée sur le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que l'infraction relevée le 7 février 2019 a été constatée par radar automatique. Lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

9. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée prévue à l'article 529-2 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Il résulte de l'instruction que M. B a réglé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 7 février 2019. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délivrance de ces informations lors de la constatation de l'infraction du 7 février 2019 doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 14 février 2019 et 18 mars 2019 :

10. Il ressort du même relevé d'information intégral du 21 janvier 2022 que les infractions relevées par radar automatique les 14 février 2019 et 18 mars 2019 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané par l'intéressé des amendes forfaitaires majorées consécutives à ces infractions, ou copie des avis de contravention, de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement à l'édiction de ces titres exécutoires. Par suite, les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière et doivent être annulées.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

11. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " et aux termes de l'article 530 du code de procédure pénale dispose que " Le titre mentionné au second alinéa de l'article L. 529-2 () est exécuté suivant les règles prévues par le présent code pour l'exécution des jugements de police. La prescription commence à courir à compter de la signature par le ministère public du titre exécutoire, qui peut être individuel ou collectif. Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée (). La réclamation doit être accompagnée de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'amende considérée () à défaut de quoi elle est irrecevable ".

S'agissant de l'infraction commise le 7 février 2019 :

12. Il résulte de l'instruction que M. B a réglé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 7 février 2019. Il suit de là qu'en application de l'article L. 223-1 précité du code de la route, la réalité de cette infraction est établie.

S'agissant des infractions commises les 14 février 2019 et 18 mars 2019 :

13. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite dans le système national de permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

14. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral que des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions contestées ont été émis. Ainsi, l'intéressé, qui ne justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires desamendes forfaitaires majorées, n'est pas fondé à soutenir que la réalité de ces infractions ne serait pas établie.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à obtenir l'annulation des décisions des 14 février 2019 et 18 mars 2019 lui ayant retiré un total de deux points.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points relatives aux infractions des 14 février 2019 et

18 mars 2019 sont annulées.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P. C

La greffière,

Signé

I. Serveaux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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