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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115726

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115726

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 novembre 2021 et 22 avril 2022, Mme D B, représentée par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été saisi par courriel du 22 avril 2021 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audice publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Charles, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante vénézuélienne, est entrée en France le 20 janvier 2009, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour " étudiant ", dont le dernier était valable jusqu'au 1er septembre 2017, lui permettant d'exercer une activité professionnelle à temps partiel. Le 9 janvier 2020, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante ou de salariée. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour mentionne les dispositions sur le fondement desquelles la requérante a présenté sa demande et expose les motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré, au regard de sa situation tant personnelle et familiale que professionnelle, qu'elle n'entrait pas dans leurs prévisions. Elle satisfait ainsi les exigences de motivation posées à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, quel que soit le bien fondé des motifs sur lesquels elle repose. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté. La décision portant obligation de quitter le territoire ayant été prononcée à la suite d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, elle entrait dans les prévisions du 3° de l'article L. 611-1 précité. Elle n'avait ainsi pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

3. En deuxième lieu, Mme B fait valoir avoir sollicité le 22 avril 2021, au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, l'examen de celle-ci sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 423-23 et L. 435-1, et que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas examiné sa situation sur le fondement ainsi sollicité. Toutefois, elle se borne à produire un courriel du 22 avril 2021 adressé par son conseil à différents services de la préfecture sans l'assortir de preuves de sa réception. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit faute pour le préfet d'avoir examiné sa situation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, si la requérante fait grief au préfet de n'avoir pas préalablement saisi la commission du titre de séjour alors qu'elle justifiait d'une durée de présence en France de plus de dix ans, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, qu'elle aurait, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sollicité un examen sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

6. La requérante soutient que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle se prévaut de sa résidence en France depuis 2009, sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiante jusqu'en 2017, de son insertion professionnelle, ayant travaillé de manière habituelle pour la même entreprise à temps partiel lorsqu'elle poursuivait ses études et à temps complet depuis 2016. Elle fait également valoir que son compagnon, d'une nationalité différente de la sienne, avec lequel elle a eu trois enfants nés en France, y réside de manière habituelle depuis 2012. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son compagnon, qui ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle en France, n'était titulaire, à la date de l'arrêté attaqué, que d'un récépissé de demande de titre de séjour, la requérante, qui ne s'est vue délivrer que des titres de séjour destinés à lui permettre de poursuivre des études en France, ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive dans son pays d'origine ou dans celui de son compagnon avec leurs trois enfants en bas âge, dont l'ainé était scolarisé en France depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. En outre, le compagnon de la requérante ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les décisions attaquées ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué impliquerait une séparation des enfants de la requérante de l'un ou l'autre de leurs parents, ni que leurs nationalités différentes rendraient impossible toute vie commune, avec leurs enfants, hors du territoire national. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2021. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent ainsi être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 16 septembre 2022.

La présidente rapporteure,

Signé

N. C

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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