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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115729

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115729

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTEFFO FRÉDÉRIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 16 novembre 2021, 4 décembre 2021 et 26 mai 2022, Mme E, représentée par Me Teffo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendus le rapport de Mme C A et les observations de Mme E, en l'absence de son avocat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante algérienne, née le 8 septembre 1970 à Bousselam, après avoir grandi en France, et être retournée, avec son époux, dans son pays d'origine, est entrée en France, le 5 mai 2016, sous couvert d'un visa de court séjour Schengen et s'est maintenue irrégulièrement en France à l'expiration de son visa. Le 23 mars 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et a effectué un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Mme E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens :

2. Au soutien de ses conclusions, Mme E fait valoir que le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et soutient que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France où elle a grandi, avant de se marier avec un compatriote et être retournée vivre en Algérie. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, entrée en France en 2016, sous couvert d'un visa de court séjour, qui reconnait toutefois avoir un fils vivant en Algérie, justifie, cependant, par les pièces produites au dossier, que son père, décédé en 2016, était français, que sa mère réside en France sous couvert d'un titre de résident, que l'ensemble de ses frères et sœurs sont de nationalité française, qu'elle est veuve depuis 1999, que deux de ses enfants majeurs, l'un de nationalité française et l'autre en possession d'une carte de résident vivent en France, avec leur famille, et que, sa mère, âgée et malade, devenue veuve, a besoin de son aide au quotidien. La requérante, qui établit sans être contestée, en l'absence d'observations en défense, que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France, est ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. L'arrêté en litige doit ainsi être annulé dans son ensemble.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve d'un changement de circonstances, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de délivrer à Mme E un certificat de résidence, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

4. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2021 est annulé.

Article 2: Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous réserve d'un changement de circonstances, de délivrer à Mme E un certificat de résidence, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme E la somme de 1000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E veuve B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente rapporteure,

Signé

V. Hermann A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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