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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115744

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115744

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, M. E, représenté par

Me Goeau-Brissonniere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 2 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. E le 17 novembre 2021.

Par une ordonnance du 3 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant malien, né le 12 décembre 2002, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 novembre 2018. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Saint-Denis par une mesure d'assistance éducative rendue le 17 avril 2019 décidée par le tribunal de grande instance de Bobigny. Il a ensuite continué à être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat " jeune majeur ", conclu pour une durée de neuf mois du 12 décembre 2020 jusqu'au 12 septembre 2021. Le 30 juin 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 2 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée le 17 novembre 2021 par M. E. Les conclusions de la requête tendant à ce que l'intéressé soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou de " travailleur temporaire " présentée sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son

dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger au sein de la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Pour refuser la délivrance du titre sollicité, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est, outre la mention portée au fichier des traitement d'antécédents judiciaires le concernant pour usage, détention, offre ou cession de stupéfiants en mai et juillet 2021, notamment fondé sur le fait que l'intéressé n'a produit aucun justificatif de suivi de formation, ni aucun élément permettant d'établir l'existence de réelles perspectives professionnelles. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que le requérant était inscrit, au titre de l'année 2020-2021, en classe de seconde professionnelle " Métiers de l'électricité et des environnements connectés " au lycée Lucie Aubrac de Pantin. L'intéressé verse au dossier des plusieurs conventions de stage en entreprise et trois évaluations de stage, concernant les périodes du 9 décembre 2019 au 20 décembre 2019, du 8 juin au 20 juin 2020 du 3 août 2020 au 14 août 2020, dans lesquelles ses superviseurs relèvent sa motivation, son sérieux, sa ponctualité et son intérêt. Il ressort enfin des pièces du dossier, en particulier d'une attestation de formation établie le 10 novembre 2021, que l'intéressé suivait, à la date de la décision attaquée, une formation à temps plein, prévue du 2 novembre au

10 décembre 2021, financée par la région Ile-de-France " Promo pour l'Emploi ", en vue de préparer l'entrée à la formation professionnelle de coffreur-brancheur, en contrat d'insertion professionnelle intérimaire chez Bouygues Travaux publics, à partir de janvier 2022. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'il n'établit pas avoir averti le préfet de sa formation, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine Saint Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'administration procède au réexamen de la demande de M. E dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision et lui délivre, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. E, qui n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, n'est pas fondé à demander l'octroi des frais d'instance à son conseil. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de M. E dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à M. E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente rapporteure,

Signé

V. Hermann A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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