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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115845

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115845

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET BEYLOUNI, CARBASSE, GUENY, VALOT, VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 18 novembre 2021 et 8 juin 2022, M. A B, représenté par Me Dumont et Me Dias, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure valant commandement de payer du 2 juin 2021, pour le recouvrement de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts qui lui a été infligée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- qu'aucun avis de mise en recouvrement ne lui a été régulièrement et personnellement notifié en qualité de débiteur solidaire alors qu'il s'agit d'une obligation prévue par l'article R. 256-2 du livre des procédures fiscales et par le paragraphe n°10 de l'instruction fiscale référencée BOI-CF-INF-30-30 du 19 août 2020 ;

- que l'avis de mise en recouvrement du 21 novembre 2016, qu'il n'a jamais reçu en raison de son changement d'adresse dont l'administration n'a pas tenu compte, est irrégulier dès lors qu'il ne mentionne pas le texte autorisant la poursuite du codébiteur conformément au paragraphe n°80 de l'instruction fiscale référencée BOI-REC-PREA-10-10-30 du 7 septembre 2016 ;

- qu'en ce qui concerne l'opposabilité d'un avis de mise en recouvrement irrégulier les paragraphes n° 360 et n° 380 de l'instruction fiscale référencée BOI-REC-PREA-10-10-20 du 15 juillet 2020 trouvent à s'appliquer ;

- que l'action en recouvrement est prescrite depuis le 31 décembre 2018, en l'absence d'une notification régulière à son endroit d'un avis de mise en recouvrement régulier et en application des dispositions du livre des procédures fiscales, du paragraphe n° 150 de l'instruction fiscale référencée BOI-REC-PREA-10-10-30 du 7 septembre 2016 et du paragraphe n° 360 de l'instruction fiscale référencée BOI-REC-EVTS-30-10 du 12 septembre 2012 ;

- que la mise en demeure notifiée directement à la société, dont il était auparavant le gérant, ne peut avoir pour effet d'interrompre le délai de prescription de l'action en recouvrement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que l'avis de mise en recouvrement mis en cause par le requérant est nul et ne peut plus produire aucun effet, ainsi que tous les actes notifiés y faisant référence.

Par une ordonnance du 28 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,

- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rey, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était co-gérant de la société ABC Transport, anciennement dénommée TMS, du 26 avril 2012 au 1er mars 2016. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, le 5 juin 2014, des rehaussements notamment en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2011 et 2012. L'administration a reconstitué le bénéfice de l'exercice clos en 2012, après avoir rejeté la comptabilité, et a mis en évidence des revenus distribués au sens des dispositions de l'article 109 1. 1° du code général des impôts. Elle a alors mis en œuvre les dispositions de l'article 117 du même code, cependant la société ne lui a pas communiqué, dans le délai imparti, l'identité des bénéficiaires de l'excédent de distribution. Le service a alors appliqué les dispositions de l'article 1759 du même code, et a ainsi infligé une amende de 100% des sommes distribuées à la société ABC Transport. L'administration a émis un avis de mise en recouvrement le 15 octobre 2014. M. B, en sa qualité de gérant, a présenté une réclamation contentieuse le 29 septembre 2015. Par une décision du 5 avril 2016, l'administration a partiellement fait droit à cette demande mais a maintenu à la charge de la société l'amende de 100%. Le 18 septembre 2020, l'administration a adressé à la société, par le biais de l'adresse postale de son ancien gérant, six mises en demeure valant commandement de payer. M. B a présenté une réclamation, par l'entremise de son conseil, le 19 novembre 2020. Par une décision du 13 janvier 2021, l'administration fiscale lui a indiqué qu'il n'y avait pas lieu pour lui de tenir compte de ces mises en demeure qui lui avaient été adressées pour le compte de la société. Afin de tenir compte des éléments erronés figurant dans la mise en demeure adressée personnellement à M. B le 26 mars 2021, l'administration fiscale lui a adressé, le 2 juin 2021, une nouvelle mise en demeure valant commandement de payer, en vertu des dispositions de l'article 1754 du code général des impôts, relatives à la responsabilité solidaire des dirigeants sociaux au paiement de l'amende prévue à l'article 1759. M. B a contesté cet acte de poursuite par une réclamation du 10 août 2021. Par une décision du 14 septembre 2021, l'administration fiscale a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 256-2 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement à moins qu'ils n'aient la qualité de représentant ou d'ayant cause du contribuable, telle que mentionnée à l'article 1682 du code général des impôts ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. / () / L'avis de mise en recouvrement, dans le cas mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 256, indique seulement le montant de la somme indûment versée et la date de son versement ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a notifié au requérant un avis de mise en recouvrement de l'amende fiscale en litige le 21 novembre 2016, et que le pli, présenté le 24 novembre suivant, a été retourné revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé ". Si M. B fait valoir qu'il avait informé l'administration de son changement d'adresse, il résulte cependant de l'instruction que ce changement d'adresse a été effectué en 2017, à l'occasion de sa déclaration de revenus de l'année 2016. Ainsi, l'avis de mise en recouvrement doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié au requérant.

4. En second lieu, il résulte des termes de cet avis de mise en recouvrement qu'il comporte, d'une part, la mention de l'amende pour distributions occultes ainsi que son montant, qui, en l'occurrence, n'est assorti d'aucun intérêt de retard, et d'autre part, la mention de la proposition de rectification afférente à cette amende ainsi que la réponse aux observations du contribuable. Dans ces conditions, l'avis de mise en recouvrement comporte l'ensemble des mentions obligatoires, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales, sans que le requérant ne puisse utilement opposer le défaut de mention du texte applicable en matière de poursuite du codébiteur solidaire.

5. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis de mise en recouvrement du 21 novembre 2016 a été régulièrement émis et notifié à M. B.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'obligation de payer :

6. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / () ".

7. Il résulte de la combinaison des articles L. 256, L. 275 et R. 256-5 du livre des procédures fiscales que l'avis de mise en recouvrement, titre exécutoire authentifiant la créance de l'administration qui, d'une part, interrompt la prescription de l'action en répétition et, d'autre part, ouvre le délai de la prescription de l'action en recouvrement pour les sommes qui sont énoncées sur ce titre, ne produit ces effets qu'à compter de la date à laquelle il a été régulièrement notifié au contribuable concerné.

8. En premier lieu, comme il a été dit au point 5. du présent jugement, l'avis de mise en recouvrement du 21 novembre 2016 a été régulièrement émis et notifié. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement en raison de l'irrégularité de l'avis de mise en recouvrement doit être écarté.

9. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'action en recouvrement est prescrite depuis le 24 novembre 2020. Or, il résulte également de l'instruction que le premier acte interruptif de prescription est la première mise en demeure valant commandement de payer régulière, adressée à M. B en sa qualité de codébiteur solidaire, à savoir celle du 2 juin 2021. Par suite, en l'absence d'acte interruptif de prescription dans le délai de quatre ans qui a suivi la notification de l'avis de mise en recouvrement du 21 novembre 2016, M. B est fondé à soutenir que l'action en recouvrement est prescrite.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens tenant à l'application de la doctrine fiscale, ni sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à obtenir la décharge de l'obligation de payer l'amende en litige.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est déchargé de l'obligation de payer l'amende, prévue à l'article 1759 du code général des impôts, mise à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

Mme Courneil, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

M. Nguër

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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