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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115850

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115850

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGERNEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Gernez, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2021 par laquelle la directrice de l'école nationale supérieure de la police a rejeté sa demande tendant au versement d'une somme de 3 505, 40 euros au titre des indemnités de stages réalisés durant sa formation d'élève officier de police ;

2°) d'enjoindre à l'école nationale supérieure de police de recalculer le montant de ses indemnités de stage selon les modalités qu'il a définies et de procéder au règlement des indemnités ainsi recalculées, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 3-1 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 et de l'arrêté du même jour pris pour son application, dès lors que l'administration a procédé au calcul du montant de ses indemnités sur la base du nombre de jours de stages cumulés et en comptabilisant les jours calendaires, alors qu'elle aurait dû prendre en compte la durée de chaque stage de manière autonome et en ne comptabilisant que les jours ouvrés ou travaillés ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que la demande de production d'une attestation sur l'honneur constitue une condition surabondante, non prévue par les textes ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement, dès lors qu'aucune attestation sur l'honneur n'a été demandée aux autres élèves de sa promotion.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui a été mis en demeure de produire un mémoire en défense en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative par courrier du 4 mai 2022, dans un délai de trente jours.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2022.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, postérieurement à la date de clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2005-716 du 29 juin 2005 ;

- le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;

- l'arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de stage prévues à l'article 3-1 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;

- l'arrêté du 12 décembre 2016 portant organisation des périodes de formation initiale des élèves officiers et officiers stagiaires à l'Ecole nationale supérieure de la police ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- les conclusions de Mme de Boutemont, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a intégré, à compter du 1er janvier 2020 et pour une durée de dix-huit mois, l'école nationale supérieure de la police (" ENSP ") à Cannes-Ecluse (77), au sein de la 25ème promotion d'élèves officiers de police. Il a effectué, durant cette période de formation statutaire préalable à sa titularisation, un " stage OPJ- officier de police judiciaire " du 15 juin au 24 juillet 2020, un " stage RUP- responsable d'unité de police " à la direction de l'ordre public et de la circulation du 1er février au 5 mars 2021, puis à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne du 8 mars au 16 avril 2021, et un " stage PAP- période des approfondissements professionnels " du 10 mai au 18 juin 2021. A l'issue de sa formation initiale, il a sollicité, par un courrier reçu le 20 juillet 2021 par la directrice de l'ENSP, le versement de ses indemnités de stage pour un montant de 3 505, 40 euros. Par une décision du 17 septembre 2021, dont il demande l'annulation, la directrice de l'ENSP a refusé de lui verser la somme ainsi demandée au motif que ses modalités de calcul étaient erronées, a informé l'intéressé des modalités selon lesquelles ses indemnités ont été évaluées par ses services et l'a invité à transmettre une déclaration sur l'honneur attestant de l'impossibilité de prendre ses repas dans un restaurant administratif ou assimilé au cours des différentes actions de formations qu'il a effectuées au cours de sa période de formation initiale.

2. Aux termes l'article 2 du décret du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat : " Pour l'application du présent décret, sont considérés comme : / () / 4° Agent en stage : agent qui suit une action de formation statutaire préalable à la titularisation ou qui se déplace, hors de sa résidence administrative et hors de sa résidence familiale, pour suivre une action, organisée par ou à l'initiative de l'administration, de formation statutaire ou de formation continue en vue de la formation professionnelle tout au long de la vie des personnels de l'Etat ; / () ". Aux termes de l'article 3-1 de ce même décret : " Lorsque l'agent se déplace à l'occasion d'un stage, il peut prétendre : / () / - à des indemnités de stage dans le cadre d'actions de formation professionnelle statutaire préalables à la titularisation (). / Les indemnités de stage instituées par le présent décret ne sont pas versées aux agents qui, appelés à effectuer un stage dans un établissement ou centre de formation des agents de l'Etat, bénéficient, à ce titre, d'un régime indemnitaire particulier. / () ". En vertu des articles 1 et 2 de l'arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de stage prévues à l'article 3-1 du décret susvisé, le taux des indemnités journalières de stage est fixé à 9,40 euros et les stagiaires non logés gratuitement par l'État et n'ayant pas la possibilité de prendre leurs repas dans un restaurant administratif ont droit à des indemnités correspondant, pendant le premier mois à 4 taux de base, les 2ème et 3ème mois, à des indemnités correspondant à 3 taux de base, à partir du 4ème mois et jusqu'à la fin du sixième mois, à des indemnités correspondant à 2 taux de base et, à partir du 7ème mois, à des indemnités correspondant à 1 taux de base.

3. En premier lieu, il découle des dispositions réglementaires mentionnées au point 2 qu'en prenant en compte les jours calendaires et non les seuls jours ouvrés pour le calcul des indemnités " journalières " définies à l'article 2 de l'arrêté du 3 juillet 2006, lesquelles en prévoient la dégressivité au fur et à mesure de l'écoulement de la période de formation initiale, et nonobstant la circonstance que la note de service ENSP n° 78-2020 du 2 octobre 2020 citée par le requérant mentionne les jours " ouvrés ou travaillés ", l'administration ne commet pas d'erreur de droit.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions mentionnées au point 2 que le pouvoir règlementaire a mis en place, ainsi qu'il a été dit, un système dégressif de calcul des indemnités de stage, prévoyant une diminution progressive du taux d'indemnité tout au long de la période de stage, et ce jusqu'au septième mois de stage, le taux de l'indemnité et les périodes auxquelles il s'applique variant en fonction de la situation des stagiaires au regard de leur logement et de la possibilité de prendre un repas dans un restaurant administratif. Il en résulte également qu'est considéré comme étant en stage, au sens du décret du 3 juillet 2006, notamment, " l'agent qui suit une action de formation statutaire préalable à la titularisation ". Ainsi, la notion de stage renvoie, dans cette situation, à l'action de formation statutaire préalable à la titularisation, et non aux différentes actions de formation que l'agent pourrait être amené à effectuer au cours de son stage. En l'espèce, M. A est donc considéré comme un " agent en stage ", au sens de ces dispositions, durant la période de dix-huit mois qu'a duré sa formation statutaire préalable à sa titularisation en qualité d'officier de police. Par suite, en considérant que la règle de la dégressivité du taux d'indemnité de stage prévue par l'arrêté du 3 juillet 2006 devait s'appliquer en prenant pour référence la période de formation statutaire préalable à la titularisation des élèves officiers de police de dix-huit mois et non, comme demandé par le requérant, chaque action de formation prise de façon autonome, et en rejetant pour ce motif le versement de l'indemnité telle qu'évaluée par M. A, l'administration n'a pas commis d'erreur de droit.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité le versement des indemnités de stage en indiquant que sa situation entrait dans le champ d'application du " quatrième cas " de l'article 2 de l'arrêté du 3 juillet 2006 cité au point 2, concernant les " stagiaires non logés gratuitement par l'Etat et n'ayant pas la possibilité de prendre leurs repas dans un restaurant administratif ou assimilé ". Contrairement à ce que soutient le requérant, en lui demandant de produire une attestation sur l'honneur disposant qu'il n'avait pas la possibilité de prendre ses repas dans un restaurant administratif ou assimilé, l'administration n'a pas ajouté une condition non prévue par les textes, mais s'est bornée à demander la production des justificatifs permettant de vérifier qu'il remplissait les conditions ouvrant droit au versement des indemnités de stage sollicitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En dernier lieu, si M. A soutient qu'en subordonnant le paiement des indemnités de stage à la production de l'attestation sur l'honneur mentionnée au point 5, l'administration a méconnu le principe d'égalité de traitement entre agents, il n'établit pas, en tout état de cause, que des agents se trouvant dans une situation identique à la sienne auraient obtenu le bénéfice des indemnités de stage sans avoir attesté en remplir les conditions.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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