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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115862

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115862

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantREDILEX AVOCATS FERDI-MARTIN PREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2021, M. B, représenté par Me Ferdi-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, enfin a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en excluant les années de présence antérieures à une précédente mesure d'éloignement ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires au sens des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Ferdi-Martin, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant indien, est entré en France en décembre 2010 sous couvert d'un visa court séjour. Il a sollicité le 18 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 14 octobre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, enfin a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

3. En premier lieu, M. B ne justifie pas, par les pièces qu'il verse aux débats, de la présence habituelle et continue depuis 2010 dont il se prévaut sur le territoire national, dès lors qu'il produit essentiellement des relevés bancaires et quelques factures d'achats jusqu'en 2018, accompagnés d'avis d'impôts à partir de 2016. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de soumettre pour avis, en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la commission mentionnée à l'article L. 432-14 du même code la demande du requérant. Par suite le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 28 novembre 2019 notifiée le même jour et pour laquelle aucune décision d'annulation ou d'abrogation n'est intervenue. Le préfet déduit de cette situation que l'intéressé, qui déclare être présent sur le territoire national depuis le 1er janvier 2010 ne saurait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la mesure d'éloignement précitée et qu'il ne peut donc se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national. Si un tel motif est erroné dès lors que l'appréciation de la présence habituelle et continue d'un étranger sur le territoire national n'est pas conditionnée à sa régularité, cette erreur de droit demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a par ailleurs relevé que le requérant ne fournissait aucune fiche de paie, aurait pris la même décision au regard du premier alinéa de l'article L. 435-1 s'il ne l'avait pas commise. Par suite le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. B se prévaut d'un emploi en contrat à durée indéterminée en qualité d'électricien, il ne produit aucun contrat de travail ou fiche de paie permettant d'établir cette situation. S'il produit notamment des promesses d'embauche et demandes d'autorisation de travail émanant de la société PR A, ces éléments ne permettent pas de caractériser une intégration professionnelle au sens de l'article L. 435-1 précité. S'agissant de sa situation privée et familiale, M. B fait valoir, outre sa présence habituelle sur le territoire français, qu'il est marié avec une ressortissante indienne en situation irrégulière sur le territoire avec qui il a eu deux enfants, dont le premier est né en Inde en 2007, scolarisé en France depuis 2016 et le second en France en 2019. Toutefois, il n'est pas fait état d'obstacle s'opposant à la poursuite de la scolarité des enfants en Inde, pays dont ils ont la nationalité. M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans et où peut se reformer la cellule familiale, son épouse étant également en situation irrégulière sur le territoire français. Eu égard à ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de l'intéressé ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. A l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. B fait valoir les mêmes arguments que ceux exposés à l'appui de son moyen tiré de l'erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 5, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

Sur la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. M. B, qui fait valoir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires, doit être regardé comme se prévalant des dispositions précitées de l'article L. 612-8 de ce code, applicable au présent litige depuis la nouvelle codification. Eu égard à la situation telle que précédemment rappelée, et alors qu'aucune circonstance humanitaire ne ressort des pièces du dossier, la mesure édictée est justifiée. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu sans commettre d'erreur d'appréciation fixer la durée de cette interdiction à deux ans.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, enfin a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, sa requête peut être rejetées en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,L'assesseur la plus ancienne,SignéSignéM. DM. de BouttemontLa greffière,SignéA. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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