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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116042

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116042

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, Mme C A épouse B, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de

50 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

25 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Thébault, rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B, ressortissante indienne, née le

10 décembre 1986 dans la région du Pendjab (Inde), déclare être entrée en France le

26 août 2016 sous couvert d'un visa Schengen valable jusqu'au 11 septembre 2016. Elle a sollicité le 5 mai 2021 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auprès des services du préfet de la Seine-Saint-Denis, lequel a, par arrêté du 25 octobre 2021 dont elle demande l'annulation, rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1 mentionne que la requérante déclare être entrée régulièrement en France le 26 août 2016, qu'elle n'allègue d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire à l'appui de sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, après avoir visé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il indique qu'elle ne justifie ni de l'intensité, ni de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ni de conditions d'existence pérennes ou d'une insertions forte dans la société française alors que vit encore dans son pays d'origine sa mère, et que la seule scolarité de son enfant en France est sans incidence sur le droit au séjour de l'intéressée qui ne démontre ni n'allègue que ce dernier ne serait pas en mesure de poursuivre normalement sa scolarité. Enfin, il indique que l'intéressée ne justifie d'aucune insertion professionnelle lui permettant de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. La circonstance que la décision attaquée ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est sans incidence sur l'appréciation du caractère suffisant de la motivation dès lors que les stipulations de cet article ne constituent pas le fondement juridique de la décision, et ne révèle pas, d'autre part, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation familiale de Mme A épouse B. Dans ces conditions, l'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressée. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il n'est pas contesté que Mme A épouse B est arrivée en France en

Août 2016, qu'elle est mariée à un compatriote et que de leur union est né un enfant en 2013, lequel est scolarisé en France. Toutefois, l'époux de l'intéressée, en situation irrégulière également, n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire national et celle-ci ne justifie pas que le couple ne puisse pas reconstituer sa vie familiale dans son pays d'origine, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, et où il n'est pas contesté que Mme A épouse B dispose encore de sa mère. Par ailleurs elle ne justifie ni même n'allègue aucune forme particulière d'intégration sur le territoire français et ne justifie à la date de la décision attaquée que d'une durée de présence de cinq années en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de Mme A épouse B, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale / () ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Si Mme A épouse B fait valoir que son enfant mineur est scolarisé en France et que l'absence de régularisation de sa situation sur le sol national nuit à son insertion dans la société française, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ne puisse pas reconstituer sa vie familiale avec son enfant, lequel est né en Inde en 2013, eu égard à son jeune âge, dans son pays d'origine, ou que ce dernier ne pourrait pas y reprendre une scolarité normale en cas de retour. Dans ces conditions, le préfet, dont la décision de refus de séjour opposée à la requérante n'a ni pour objet, ni pour effet de la séparer de son enfant, n'a pas porté, à l'intérêt supérieur de ce dernier, une atteinte méconnaissant les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

25 octobre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

M. Thébault, conseiller,

Rendu public par mise au disposition au greffe le 31 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. Thébault

Le président,

Signé

J. Charret

La greffière,

Signé

I. Serveaux

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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