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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116528

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116528

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantORIER Justine

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2021 et le 6 septembre 2022 à 11h52, M. A B, représenté par Me Breton, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2021 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son inscription au fichier SIS dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Breton de la somme de 1000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il méconnaît les principes généraux de bonne administration et des droits de la défense garantis par la directive 2008/115/CE et les articles 2 et 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est illégal dès lors que le délai qui lui a été laissé pour quitter le territoire français n'était pas expiré ;

- porte une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le préfet de police, représenté par Me Orier, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 septembre 2022 à 14h30 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Breton, représentant M. B, absent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures.

Le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 15 avril 1975, a sollicité le bénéfice l'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, qui lui a été refusé le 28 février 2018. Par une décision du 5 septembre 2018 notifiée le 19 septembre 2018, la cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Par un arrêté du 11 août 2021, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit. Par un arrêté du 27 novembre 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur la demande tendant à l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéficie à titre provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

4. Il ressort des mentions de la décision attaquée, qui sont lisibles contrairement aux allégations du requérant, que celle-ci a été signée par Mme D. Par un arrêté n°2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à Mme D, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger./ Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. ()La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

6. La décision contestée, qui comprend les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

7. Il ne ressort ni de la lecture de la décision en litige ni des pièces du dossier que le préfet de police, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

8. Si M. B soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, en tout état de cause, il ne fait valoir aucun élément qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration lors de son audition par les services de police avant que ne soit prise la mesure contestée et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de cette décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 4 du code de justice administrative : " Sauf dispositions législatives spéciales, les requêtes n'ont pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par la juridiction. ". Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / () ". M. B soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que le délai qui lui a été laissé pour quitter le territoire français n'était pas expiré car il a introduit un recours contre l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Toutefois, aucune disposition législative ne prévoit que l'introduction d'une requête contre une obligation de quitter le territoire français a un effet suspensif. Il en résulte que, si le législateur a prévu qu'une telle requête fait obstacle à l'éloignement d'office aussi longtemps qu'il n'y a pas été statué, elle ne suspend en revanche pas le caractère exécutoire d'une telle décision et, en conséquence, ni n'a pour effet de libérer son destinataire de l'obligation de s'y conformer ni n'a pour effet de l'investir d'une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de l'instance. Ce moyen doit donc être écarté.

10. M. B fait valoir qu'il est présent en France depuis cinq ans. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en interdisant au requérant, célibataire et sans charge de famille et ayant fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de police aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de police n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

11. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. De même, les craintes de M. B en cas de retour dans son pays d'origine sont sans incidence sur la légalité de cette décision, eu égard à son objet.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte :

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Me Breton, la somme demandée par le requérant.

DECIDE :

Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La magistrate désignée par le président

du tribunal,

Signé

J. CLa greffière,

Signé

L. VilmenLa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2116528

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