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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116580

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116580

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantAIT ALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2110420 du 30 novembre 2021, enregistrée le 1er décembre 2021, le président du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par M. A B, enregistrée le 27 novembre 2021.

Par cette requête M. B, représenté par Me Aitali, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Il soutient que:

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- son retour dans pays d'origine pourrait l'exposer à des traitements inhumains et dégradants en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 9 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme C, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 septembre 2022 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Aitali, avocat, représentant M. B, assisté d'un interprète en langue turque, qui soutient que le requérant justifie de craintes réelles en cas de retour en Turquie, pays qu'il a fui à la suite des risques auxquels il était exposé en raison de son appartenance à la minorité kurde ; il a d'ailleurs été emprisonné neuf mois en 2018/2019 ; l'arrêté attaqué méconnait en outre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son frère, son cousin, son oncle et son beau-frère vivent régulièrement en France sous couvert de cartes de résident et qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche pour travailler dans le secteur du bâtiment ; il n'était pas dépourvu de garanties de représentation.

La préfète des Alpes-de-Haute-Provence n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, né 10 mars 1980 à Igdir en Turquie, n'a pas été en mesure, lors d'une interpellation effectuée le 3 novembre 2021, de présenter des documents justifiant son identité et sa présence régulière sur le territoire français. Par un arrêté du 4 novembre 2021, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligé à quitter le territoire français dans délai un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. M. B, fait valoir que son frère, son cousin, son oncle et son beau-frère vivent régulièrement en France sous couvert de cartes de résident et qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche pour travailler dans le secteur du bâtiment. Toutefois, le requérant a déclaré lors de son interpellation et lors de l'audience, être entré en France le 3 novembre 2021, à l'âge de quarante et un ans, soit un jour seulement avant la décision d'éloignement attaquée, et sa promesse d'embauche, qui ne précise d'ailleurs pas l'emploi, est datée du 6 septembre 2022. En outre, sa femme et ses deux filles résident en Turquie. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

4. Si M. B soutient qu'il encourt des risques de persécution en cas de retour en Turquie en raison de son engagement politique au sein du mouvement kurde, il ne fournit aucun élément tangible au soutien de ses allégations et ne produit notamment aucune preuve de son emprisonnement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Le requérant, qui n'a pas été placé en rétention administrative et qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire assortie d'un délai, ne peut utilement faire valoir qu'il présentait des garanties de représentation suffisantes.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La magistrate désignée par le président

du tribunal,

Signé

J. CLa greffière,

Signé

L. VilmenLa République mande et ordonne à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2116580

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