lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2116718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Boy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le certificat de résidence sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence pour l'édicter ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre en qualité de conjoint de français, son mariage ayant été célébré en France, son épouse étant de nationalité française au moment de la demande et alors qu'il justifie être entré en France en provenance d'Autriche sous couvert d'un visa, la circulation entre les pays de l'espace Schengen étant libre ;
- il pourrait en tout état de cause régulariser son entrée sur le territoire français en obtenant le visa de régularisation mentionné à l'article L. 436-4 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peut être délivré préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 4 septembre 1990, est entré en France le 20 avril 2017 par voie ferroviaire en provenance d'Allemagne, muni de son passeport revêtu d'un visa Schengen de type C, valable pour un séjour d'une durée de 7 jours, délivré par les autorités consulaires autrichiennes en poste à Alger. L'intéressé s'est marié le 11 janvier 2020 à Stains avec une ressortissante française. Le 24 février 2020, il a demandé la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 30 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1836 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme F E, attachée d'administration de l'Etat en charge des refus de séjour et des interventions, pour l'ensemble des attributions relevant de ce bureau, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise en particulier le 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, sur le fondement duquel M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et indique que le requérant n'en remplit pas la condition de l'entrée régulière sur le territoire français. L'arrêté attaqué vise également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que la demande de l'intéressé a été faite en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française et relève qu'il ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale à laquelle l'arrêté litigieux porterait une atteinte disproportionnée aux buts qu'il poursuit. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, dans le respect des exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C. En particulier, le préfet a pris en compte le mariage de M. C avec une ressortissante française, dès lors qu'il précise que la demande de titre de séjour de l'intéressé a été fait en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français/ () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Sans préjudice des stipulations du titre I du protocole annexé au présent accord et de l'échange de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. () / () ".". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". L'article R. 621-4 du même code dispose que " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée. ".
6. Il résulte de ces stipulations et dispositions que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut entrer régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire français.
7. Si M. C démontre qu'il est entré dans l'espace Shengen muni d'un visa délivré par les autorités autrichiennes valable du 10 au 30 avril 2017 et produit un billet de train daté du 20 avril 2017 pour le trajet de Stuttgart à Paris, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir procédé à la déclaration prévue à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de production d'un tel récépissé valant déclaration d'entrée, M. C ne justifie donc pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Par suite, en se fondant sur ce motif pour refuser de lui délivrer le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de français, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il pourrait s'acquitter du droit de visa de régularisation prévu par l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour régulariser son entrée sur le territoire français, il ne peut se prévaloir des dispositions dans la mesure où aucun visa de régularisation ne lui a été effectivement délivré. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a opposé son entrée irrégulière sur le territoire français pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de trente-et-un ans à la date de la décision attaquée, soutient sans être contesté résider en France depuis cinq ans et justifie être marié avec une ressortissante française depuis le 11 janvier 2020, soit depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée. Le requérant soutient entretenir des liens avec les enfants de son épouse, sans toutefois l'établir, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Si le requérant justifie d'une certaine insertion professionnelle en France, l'intéressé ayant été employé en qualité d'employé polyvalent de novembre 2018 à octobre 2020 par la société par actions simplifiée Le Bon Goût, qui a par ailleurs établi deux promesses d'embauche en sa faveur pour un emploi de chef pâtissier les 3 février 2021 et 6 décembre 2021, puis avoir conclu un contrat à durée indéterminée à temps complet avec la société RMF Restauration en qualité de cuisinier à compter du 16 juin 2021, ces éléments sont insuffisants pour attester d'une vie sociale ou professionnelle suffisamment ancienne et stable sur le territoire national et considérer qu'il y aurait transféré le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, compte-tenu du caractère récent du mariage de l'intéressé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué comme porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts de contrôle de l'entrée régulière des étrangers en France qu'il poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. Ainsi qu'il a été exposé au point 10 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C entretiendrait avec les enfants de son épouse des liens étroits et intenses. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées à fin d'injonction, de même que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience publique du 20 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Hoffmann, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- M. Lacaze, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.
Le rapporteur,
L. BLe président du Tribunal,
M. D
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2116718
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026