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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116722

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116722

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBIANGOUO NGNIANDZIAN KANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2021 et le 6 juillet 2022, Mme C B épouse F, représentée par Me Biangouo Ngniandzian-Kanza, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans l'ensemble de ses dispositions :

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnaît l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- son signataire est incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ; elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, le préfet n'apportant aucune pièce de nature à établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de son enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance portant obligation de quitter le territoire français ;

- la requérante est exposée à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 2 mai 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'arrêté du 17 novembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporte de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise, née le 28 décembre 1971 en République démocratique du Congo, a demandé, le 20 mai 2019, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent français. Par un arrêté du 17 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement du titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée.

Sur les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

4. Pour refuser à l'intéressée le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet de Seine-Saint-Denis a notamment estimé que la reconnaissance de paternité de son enfant par un ressortissant français avait pour seul but de lui permettre d'obtenir un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a saisi le procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale, dès lors que la personne désignée comme le père de l'enfant avait déclaré avoir " eu des doutes sur sa paternité et avoir pensé faire un test " lors de son audition, le 29 septembre 2021, par les services du préfet et qu'il n'était pas justifié de sa contribution à l'éducation et l'entretien de l'enfant. Mme B ne conteste aucun de ces éléments et se borne à soutenir que ces faits ne sont pas pénalement établis. Dans ces conditions, le lien de filiation sur le fondement duquel Mme B entend se prévaloir de la nationalité de son enfant pour obtenir un droit au séjour ne peut être regardé comme établi. Dès lors, Mme B ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Au surplus, Mme B n'établit pas que la personne qu'elle désigne comme étant le père de sa fille contribue à l'entretien et à l'éducation de cette dernière. Par suite, le préfet, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, n'a pas méconnu l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Mme B, si elle justifie de sa présence en France depuis 2014 et d'avoir exercé sporadiquement une activité de femme de chambre de 2015 à 2019, se borne, pour le reste, à soutenir qu'elle est intégrée sur le sol français, dispose d'un logement et que son fils est enterré en France. En outre, elle ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident trois de ses enfants issus d'une autre union et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel n'est pas, au demeurant, le fondement sur lequel elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".

7. Dès lors que, comme exposé précédemment, le lien de filiation entre l'enfant de Mme B et la personne qu'elle désigne comme en étant le père n'est pas établi, qu'elle ne justifie pas, au demeurant, que ce dernier contribue à son entretien et son éducation et que l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de la séparer de son enfant, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant refus de séjour :

8. En premier lieu, par un arrêté du 24 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E D pour signer notamment les décisions de la nature de celle qui est attaquée en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque ces décisions ont été prises. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, comme exposé au point 3, le lien de filiation entre l'enfant de Mme B et la personne qu'elle a désignée comme en étant le père n'est pas établi, dès lors que cette dernière ne conteste pas sérieusement le faisceau d'indices sur lequel s'est fondé le préfet pour remettre en cause l'existence du lien de filiation. Le préfet n'avait donc pas à verser au débat d'éléments justifiant cette absence de filiation. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de production de pièces par le préfet tendant à établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de son enfant.

11. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas au préfet qu'il démontre la contribution de l'intéressée à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, eu égard aux motifs précédemment énoncés, le lien de filiation doit être regardé comme n'étant pas établi, sans qu'il soit nécessaire d'exiger du préfet la production de pièces supplémentaires. Par suite, l'erreur de droit, au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'aurait commise le préfet sur ce point doit être écartée.

12. Eu égard aux motifs précédemment exposés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant que le lien de filiation n'était pas établi.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. La décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

15. Si la requérante soutient être exposée à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé, de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée. Doivent ainsi être rejetées ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La rapporteure

C. A

La présidente

J. Jimenez

Le greffier

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2116722

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