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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116759

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116759

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COURTEAUD-PELLISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 décembre 2021 et 25 septembre 2023, la société Terideal FPB Simeoni, représentée par Me Roumens (SCPA Courteaud-Pellissier), demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° 2021-11511 émis à son encontre le 19 avril 2021 par le département de la Seine-Saint-Denis en vue du recouvrement de la somme de 101 144 euros dans le cadre de l'exécution du lot n° 2 du marché public de travaux de construction du pôle sportif Aimée Lallement à Saint-Denis, et de la décharger du paiement de cette somme ;

2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception en litige ne comporte pas la signature de son auteur et méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance ;

- il a été pris sur la base d'un décompte général erroné : le montant du titre de perception ne correspond pas à celui du solde du marché et elle n'est pas redevable de la somme de 101 144 euros, qu'elle n'a pas reçue ;

- une saisine administrative à tiers détenteur, d'un montant de 67 623,14 euros, a été émise en cours d'instance, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1615-5 du code général des collectivités territoriales ;

- les actifs de la société SEE Simeoni lui ont été cédés et le tribunal de commerce de Versailles, par un jugement du 23 juin 2015, a pris acte de la cession de cette société à son profit ; à compter de la signature de l'avenant portant cession de contrat, elle est devenue le cessionnaire exclusif de la créance du marché à l'égard du département, et par conséquent, tous les règlements en faveur de la société SEE Simeoni au titre du marché devaient intervenir à son profit, en sa qualité de cessionnaire exclusif du marché ; la somme de 101 144 euros ne constitue donc pas un trop-perçu que le département serait fondé à lui réclamer ;

- le département ne pouvait pas émettre de titre de perception dès lors que le décompte n'était pas définitif, puisqu'elle a émis des réserves par courrier du 3 octobre 2019 ;

- les parties n'ont prévu aucune dérogation selon laquelle les sommes dues par l'entreprise pouvaient être recouvrées par voie de titres exécutoires avant l'établissement du décompte général et définitif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2022 et 9 février 2023, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par son président en exercice, dûment habilité à cet effet, conclut au rejet de la requête de la société Terideal FPB Simeoni.

Il soutient que :

- le titre de recette est signé par Mme B A, cheffe du service budget de la direction des finances, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet ; l'ampliation du titre de recettes n'avait pas à être signée ;

- le titre de recettes comportait l'indication des bases de la créance dès lors qu'il était accompagné de l'ordre de service n° 8, faisant état d'un " titre de recette adressé à FPB pour trop-perçu situation n° 9 SSE ", ainsi que du courrier du 15 février 2019 par lequel le liquidateur de la société SEE Simeoni a certifié ne pas avoir reçu de remboursement de la part de la société Terideal FPB Simeoni ; en outre, la société requérante a été destinataire d'un courriel le 19 février 2019, dans lequel il lui a été indiqué qu'une somme de 101 400 euros, due à la société SEE Simeoni, lui avait été versée par erreur, et que le liquidateur de cette dernière société lui avait confirmé que le reversement de la somme n'avait pas été effectué ; la société requérante a donc été informée des bases de la liquidation de la créance ;

- le directeur général adjoint de la société requérante a confirmé que la somme en litige lui avait été versée ; la somme de 101 144 euros ne correspond pas au solde du décompte général car l'avis des sommes à payer en litige a justement pour objet de remédier à l'erreur de versement au profit la société requérante, laquelle refuse, comme elle s'y était pourtant engagée, de reverser la somme indûment perçue à la société SEE Simeoni.

Par une ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2023.

Par un courrier du 27 novembre 2023, le tribunal a invité les parties, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Le département de la Seine-Saint-Denis a produit une pièce le 30 novembre 2023, en réponse à cette demande, qui a été communiquée.

La société Terideal FPB Simeoni a produit une pièce le 4 janvier 2024, en réponse à cette demande, qui a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de commerce ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- les conclusions de M. Breuille, rapporteur public,

- et les observations de Me Kemesso, représentant la société Terideal FPB Simeoni.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux actes d'engagement signés le 28 juillet 2014, le département de la Seine-Saint-Denis a confié au groupement conjoint composé des sociétés SEE Simeoni (mandataire) et Launet Construction les lots n° 2 et 3 de l'opération de construction du pôle sportif Aimé Lallement à Saint-Denis (93). La société SEE Simeoni a été placée en redressement judiciaire, puis a fait l'objet d'une liquidation judiciaire le 23 juin 2015. A la suite de la cession de la société SEE Simeoni à la société FPB, désormais dénommée " Terideal FPB Simeoni ", par un jugement du tribunal de commerce de Versailles du 23 juin 2015, un avenant de transfert des lots n°2 et 3 a été conclu entre le département de la Seine-Saint-Denis et cette société le 20 juillet 2015. Six ans plus tard, le 19 avril 2021, le département a émis à l'encontre de la société Terideal FPB Simeoni un titre de perception d'un montant de 101 144 euros, correspondant à un versement qu'il aurait effectué à tort au profit de cette société dans le cadre de l'exécution du lot n°2 de l'opération de travaux, alors que, selon lui, la somme était due à la société SEE Simeoni au titre de travaux qu'elle avait réalisés, entre juillet 2014 et juin 2015, avant la cession du marché. Par la présente requête, la société Terideal FPB Simeoni demande au tribunal d'annuler ce titre de perception et de la décharger du paiement de la somme de 101 144 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 642-1 du code de commerce : " La cession de l'entreprise a pour but d'assurer le maintien d'activités susceptibles d'exploitation autonome, de tout ou partie des emplois qui y sont attachés et d'apurer le passif. / Elle peut être totale ou partielle. Dans ce dernier cas, elle porte sur un ensemble d'éléments d'exploitation qui forment une ou plusieurs branches complètes et autonomes d'activités. / () ". Aux termes de l'article L. 642-5 du même code : " Après avoir recueilli l'avis du ministère public et entendu ou dûment appelé le débiteur, le liquidateur, l'administrateur lorsqu'il en a été désigné, la ou les personnes désignées par le comité social et économique et les contrôleurs, le tribunal retient l'offre qui permet dans les meilleures conditions d'assurer le plus durablement l'emploi attaché à l'ensemble cédé, le paiement des créanciers et qui présente les meilleures garanties d'exécution. Il arrête un ou plusieurs plans de cession. " Aux termes de l'article L. 642-7 du même code : " Le tribunal détermine les contrats de crédit-bail, de location ou de fourniture de biens ou services nécessaires au maintien de l'activité au vu des observations des cocontractants du débiteur transmises au liquidateur ou à l'administrateur lorsqu'il en a été désigné. / Le jugement qui arrête le plan emporte cession de ces contrats, même lorsque la cession est précédée de la location-gérance prévue à l'article L. 642-13. / () "

3. La somme de 101 144 euros, dont le département de la Seine-Saint-Denis demande le remboursement à la société Terideal FPB Simeoni, correspond à une avance versée selon lui à tort à la société Terideal FPB Simeoni, au titre d'un " état de situation n° 9 " correspondant au montant des travaux du lot n° 2 réalisés par la société SEE Simeoni avant sa cession à la société FPB et le transfert du lot n° 2 du marché à cette dernière société en juillet 2015.

4. Il résulte toutefois de l'instruction que le jugement du tribunal de commerce de Versailles du 23 juin 2015 ayant arrêté la cession de la société SEE Simeoni à la société FPB par intégration, précise que le périmètre de la reprise inclut " les droits résultant des contrats clients en cours ou à venir ", " prend acte de la reprise des contrats et de leur transfert sous la responsabilité et à l'initiative du cessionnaire conformément à l'article L. 642-7 du code de commerce " et " dit que les autres actifs et plus généralement toutes les créances appartenant à la SAS SEE Simeoni demeureront acquis à la procédure ". Par suite, l'ensemble des droits financiers du lot n° 2 de l'opération de travaux de construction du pôle sportif Aimé Lallement, en cours d'exécution et transféré à la société FPB, ont été cédés à cette dernière, devenue ultérieurement la société Terideal FPB Simeoni. Il en résulte que l'avance versée à la société Terideal FPB Simeoni au titre de l'état de situation n° 9 dans le cadre de l'exécution de ce marché était bien due à cette société, en sa qualité de repreneur de la société SEE Simeoni et cessionnaire du marché, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'elle n'ait pas elle-même réalisé les travaux litigieux. Dans ces conditions, le département de la Seine-Saint-Denis n'est pas fondé à réclamer à la société requérante le remboursement de la somme de 101 144 euros correspondant à cette avance.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Terideal FPB Simeoni est fondée à demander l'annulation du titre de recette n° 2021-11511 émis à son encontre par le département de la Seine-Saint-Denis le 19 avril 2021 et la décharge de la somme de 101 144 euros.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Seine-Saint- Denis une somme de 1 500 euros à verser à la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette n° 2021-11511 émis le 19 avril 2021 par le département de la Seine-Saint-Denis est annulé et la société Terideal FPB Simeoni est déchargée de l'obligation d'acquitter la somme de 101 144 euros.

Article 2 : Le département de la Seine-Saint-Denis versera à la société Terideal FPB Simeoni une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Terideal FPB Simeoni et au département de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée pour information à la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

Le greffier,

J. Aké

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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