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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116807

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116807

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantZZ_DESACTIVE_BASIC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 5 décembre 2021 sous le n° 2116807 et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Basic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Pantin a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 19 février 2020 et de la rechute du 3 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pantin, d'une part, de saisir le médecin de prévention avant toute nouvelle décision concernant l'imputabilité au service de l'accident et de la rechute dont elle a été victime, d'autre part, de se prononcer à nouveau sur l'imputabilité de son accident et de sa rechute après avoir recueilli de nouveau l'avis de la commission de réforme en lui fournissant le rapport du médecin de prévention et le rapport du médecin agréé et ce, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pantin la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie en l'absence de preuve d'une délégation de signature accordée par le maire ;

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin de prévention a été informé de la tenue de la séance de la commission de réforme et qu'il n'a pas remis de rapport écrit aux membres de la commission ;

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme n'était pas en possession des conclusions du médecin agréé, dont l'expertise avait été diligentée par la commune ;

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme n'a pas examiné de façon approfondie son dossier et a méconnu son office, l'audition s'étant tenue par visioconférence et ayant duré environ dix minutes ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dès lors que son malaise, intervenu sur son lieu de travail, à l'issue d'un entretien avec le directeur du département " Citoyenneté et Développement de la personne ", doit être reconnu comme étant imputable au service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, la commune de Pantin, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2024.

II- Par une requête enregistrée le 2 avril 2022 sous le n° 2205249 et un mémoire, complémentaire, enregistré le 13 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Basic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis par la commune de Pantin le 14 février 2022 pour un montant de 11 240,85 euros et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pantin la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer attaqué n'est pas signé ;

- il n'indique pas les bases de liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis, les éléments de calcul sur lesquels il se fonde et la période visée ;

- il est fondé sur l'arrêté du 5 octobre 2021 du maire de la commune de Pantin lui-même entaché d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, la commune de Pantin, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,

- et les observations de Mme D, représentant la commune de Pantin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est agent titulaire de la commune de Pantin depuis le 8 avril 1987, affectée, en dernier lieu, au poste de secrétaire de direction de la citoyenneté, des sports et de la tranquillité publique. Le 19 février 2020, à 10 heures, Mme B a fait un malaise sur son lieu de travail, à la suite d'un échange dans son bureau avec le directeur du département " Citoyenneté et Développement de la personne ". Le même jour, elle a déclaré ce malaise comme accident de service. Le 3 novembre 2020, elle a déclaré une rechute de son accident du 19 février 2020. L'intéressée a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à titre conservatoire du 19 février 2020 au 16 juillet 2020 et du 3 novembre 2020 au 30 juin 2021. Par un arrêté du 5 octobre 2021, le maire de la commune de Pantin a refusé de reconnaître l'accident du 19 février 2020 et la rechute du 3 novembre 2020 comme étant imputables au service. Le 14 février 2022, la commune de Pantin a émis à l'encontre de Mme B un avis des sommes à payer d'un montant de 11 240,85 euros correspondant à un trop-perçu de traitement. Mme B demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 du maire de la commune de Pantin et, d'autre part, d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 14 février 2022 pour un montant de 11 240,85 euros et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante.

2. Les requêtes n° 2116807 et 2205249 présentées par Mme B présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2021 :

3. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous ". Aux termes de l'article 21 du même arrêté : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service () ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

5. Il est constant que le dossier soumis à la commission de réforme qui s'est prononcée sur la situation de Mme B le 5 juillet 2021 ne comportait pas de rapport écrit du médecin du service de médecine préventive et qu'aucun médecin de prévention n'a même été informé par le secrétariat de la commission de réforme de la tenue de la séance du 5 juillet 2021. Si la commune fait valoir que le marché de prestations de médecine professionnelle et préventive qu'elle avait conclu avec l'ACMS a été résilié le 4 janvier 2021 sans qu'une " organisation de crise " n'ait pu être mise en place et qu'elle a été confrontée à une situation de pénurie de médecins aggravée par la crise sanitaire, elle ne justifie pas avoir accompli les diligences nécessaires pour avoir recours à un service de médecine préventive après cette résiliation et, par suite, n'établit pas que la consultation d'un médecin de prévention constituait en l'espèce une formalité impossible. Dans les circonstances de l'espèce, ce vice de procédure a privé Mme B d'une garantie. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2116807, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2021 du maire de la commune de Pantin.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'avis de somme à payer du 14 février 2022 et de décharge :

7. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer du 14 février 2022 a pour objet de recouvrer un trop perçu de rémunération d'un montant de 11 240,85 euros lié au refus de prise en charge des arrêts de travail de Mme B en congé pour invalidité temporaire imputable au service. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 5 octobre 2021 refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident de Mme B du 19 février 2020 et de sa rechute prive de base légale l'avis des sommes à payer du 14 février 2022. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2205249, Mme B est fondée à demander l'annulation de cet avis des sommes à payer et à être déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par ce titre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Dans l'instance n° 2116807, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration réexamine, à l'issue d'une nouvelle procédure, la demande de Mme B. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de la commune de Pantin de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Pantin, qui est la partie perdante dans les présentes instances, la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2021 de la commune de Pantin est annulé.

Article 2 : L'avis de sommes à payer émis le 14 février 2022 à l'encontre de Mme B par la commune de Pantin pour un montant de 11 240,85 euros est annulé. Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par ce titre.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Pantin de réexaminer la demande de Mme B de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident du 19 février 2020 et de sa rechute du 3 novembre 2020, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Pantin versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Pantin.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,

Mme Therby-Vale, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,La présidente,Mme BazinMme Déniel

La greffière,Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2116807

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