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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116823

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116823

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 décembre 2021 et 18 mai 2022, M. E B, représenté par Me Namigohar, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente ;

- il méconnaît les stipulations du 1, du 2 et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme infondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, signé à Alger du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­le rapport de M. A,

­les observations de Me Gabory, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité le 16 octobre 2020 le renouvellement de son certificat de résidence. Il demande l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, sous-préfet du Raincy, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, l'arrêté attaqué, qui vise les articles R 421-1 et R 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le motif pour lequel le préfet a estimé que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit donc être écarté, de même que celui tiré d'un défaut d'examen de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que les pièces du dossier qui ont servi lors de l'instruction de son dossier devant la préfecture devaient lui être communiquées au regard des dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé a pu débattre contradictoirement des éléments de fait et de droit sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre la décision querellée, au regard notamment du mémoire en défense produit par ce dernier.

5. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. B au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre de public eu égard, d'une part, à sa condamnation le 13 juillet 2021 à 450 euros d'amende par le tribunal judiciaire de Bobigny pour conduite sans permis et, d'autre part, à plusieurs mentions au traitement d'antécédents judiciaires pour des faits, allant de 2001 à 2020, de recel de bien provenant d'un vol le 23 décembre 2001, d'aide à l'entrée à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France les 15 novembre 2001, 28 juillet 2005 et 12 août 2010, de conduite d'un véhicule sans permis les 2 janvier 2014 et 25 janvier 2020, d'autres délits routiers le 12 août 2010, et de maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière le 2 janvier 2015. Il en ressort en outre que la commission du titre de séjour a émis à son sujet un avis défavorable le 9 septembre 2021 notamment en raison de la banalisation de son parcours judiciaire. Il résulte de ces faits, répétés sur une longue période et non contestés par le requérant, que, contrairement à ce qu'il soutient, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 1, du 2 et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, compte tenu de la menace à l'ordre public que représente sa présence en France.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B, sans charge de famille, se prévaut de ce qu'il réside en France depuis 2001, qu'il s'est marié le 11 août 2017 avec une personne de nationalité française, que son frère et les enfants de sa compagne résident en France, et qu'il exercice une activité professionnelle en qualité de gardien suppléant pour laquelle il justifie de vingt-et-un bulletins de salaire entre janvier 2020 et octobre 2021. Toutefois, compte tenu de la menace à l'ordre public que sa présence représente, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée à son but de préservation de l'ordre public et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Gauthier Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

C. A

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

S. Van Maele

La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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