jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117087 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS-TRENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 et 15 décembre 2021, M. A C D, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Livry-Gargan a retiré le permis de construire tacite né le 28 juin 2021 du silence gardé sur sa demande n° PC 093 046 21 C0025 relative à l'agrandissement et la surélévation d'une maison individuelle, avec création d'un logement supplémentaire, située sur un terrain sis 57 bis avenue Aristide Briand, sur le territoire de sa commune ;
2°) de condamner la commune de Livry-Gargan à lui verser la somme de 5 000 euros avec intérêts et capitalisation des intérêts en réparation du préjudice subi en raison de l'illégalité de l'arrêté du 12 octobre 2021 susvisé ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Livry-Gargan la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est tardif dès lors que le maire avait jusqu'au 28 septembre 2021 pour procéder à son retrait ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la commune de Livry-Gargan conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est irrecevable, eu égard à l'absence de respect des formalités prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et à l'absence de recours administratif préalable, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;
- et les observations de M. C D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C D a déposé le 30 mars 2021 une demande de permis de construire relative à l'agrandissement et la surélévation d'une maison individuelle et la création d'un logement supplémentaire, sur le territoire de la commune de Livry-Gargan. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le maire de la commune de Livry-Gargan a retiré le permis tacite né du silence gardé sur cette demande pendant deux mois. Par la présente requête, M. C D demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que de l'indemniser des conséquences dommageables de l'illégalité entachant l'arrêté du 12 octobre 2021.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme :
2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de () recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation() L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. "
3. Si la décision refusant de retirer un permis de construire constitue, pour l'application des dispositions reproduites au paragraphe précédent, une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme, il n'en va pas de même de la décision par laquelle une commune retire le permis de construire précédemment accordé à un pétitionnaire. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense, tirée de ce que M. C D aurait dû justifier avoir notifié son recours contentieux à l'auteur de la décision, ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne l'absence de recours administratif préalable :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "
5. D'une part, contrairement à ce que soutient la commune de Livry-Gargan, ni les dispositions précitées ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposent l'exercice d'un recours préalable à l'introduction d'une requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle une administration retire une autorisation d'urbanisme.
6. D'autre part, si la recevabilité des conclusions indemnitaires présentées par le requérant est subordonnée à l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle, il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté une réclamation indemnitaire à la commune, reçue par celle-ci le 13 décembre 2021. Dès lors qu'une décision implicite de rejet est née le 13 février 2022 du silence gardé par cette autorité, la fin de non-recevoir tirée du caractère prématuré de la présente requête ne pourra qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2021 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, la décision de non-opposition ou le permis ne peuvent être retiré que sur demande explicite de leur bénéficiaire () ". Si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai.
8. Il est constant qu'une décision implicite portant permis de construire est née le 28 juin 2021 du silence gardé par le maire de Livry-Gargan sur la demande déposée le 30 mars 2021 par M. C D en vue de l'extension et la surélévation d'une maison individuelle, avec création d'un logement supplémentaire. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de demande explicite du bénéficiaire et d'éléments établissant l'existence d'une fraude, le maire de Livry-Gargan avait, quelles que soient la date et la durée de ses échanges avec l'intéressé sur l'éventualité d'un tel retrait, jusqu'au 28 septembre 2021 pour retirer le permis de construire litigieux. Par suite, dès lors qu'il est constant que M. C D n'a pas sollicité le retrait du permis tacite qui lui avait été accordé et que le maire de Livry-Gargan ne justifie, ni même n'allègue, l'existence d'une fraude, la décision litigieuse, intervenue le 12 octobre 2021, méconnaît les dispositions précitées.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ". La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de ces dispositions.
10. Pour retirer le permis de construire tacitement accordé à M. C D, la décision attaquée vise les articles UA 6/6.1 du plan local d'urbanisme de la commune et l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme. Cependant, elle se borne à mentionner que " le projet d'extension et de surélévation d'une maison individuelle n'est pas compatible avec les orientations d'aménagement et de programmation visant à développer des projets urbains harmonieux le long de l'avenue Aristide Briand " sans faire état d'éléments propres au projet de nature à justifier son incompatibilité avec ces OAP. Par suite, la décision est insuffisamment motivée en fait.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 6/6/1 section II du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Livry-Gargan : " En application des articles L123.1.5.III.2° et R 111.21 du Code de l'Urbanisme, le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
12. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est situé dans un environnement composé de moyens et grands collectifs, principalement du côté de l'avenue Aristide Briand, de maisons individuelles et de petits collectifs, au niveau de l'avenue Vauban. Par ailleurs, il ressort de ces mêmes pièces que le secteur de Chanzy, au sein duquel il est situé, ne comporte pas de caractère architectural particulier. En outre, si le projet litigieux prévoit la surélévation d'une maison individuelle avec création d'un logement supplémentaire, la construction projetée est en R+1+C et recouverte d'enduit de couleur blanche. Par suite, eu égard au caractère hétéroclite et sans particularité architecturale des constructions avoisinantes ainsi qu'à l'architecture neutre du projet, la construction projetée ne peut être regardée comme étant de nature à porter atteinte au paysage environnant. M. C D est par conséquent fondé à soutenir que son projet ne méconnaît pas les dispositions précitées.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. "
14. D'une part, en se bornant à soutenir que le projet méconnaît les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) qui ont pour objectif la construction de bâtiments harmonieux sur l'avenue Aristide Briand, la commune de Livry-Gargan n'apporte pas les éléments permettant d'apprécier le bien-fondé du motif invoqué. D'autre part, à supposer même que la commune ait entendu se prévaloir de l'incompatibilité du projet litigieux avec l'OAP du secteur de Chanzy approuvée le 17 décembre 2015 et mise à jour le 6 février 2017, celle-ci se borne à prévoir une meilleure intégration des transports collectifs en site propre (TCSP) et un accompagnement du développement urbain pour préserver le cadre de vie et améliorer l'attractivité économique de l'entrée de ville. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux litigieux seraient incompatibles avec un tel objectif. Le moyen tiré de l'illégalité du motif opposé à ce titre doit ainsi être accueilli.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 12 octobre 2021 est illégal et que le requérant est fondé à en demander l'annulation, par l'ensemble des moyens qu'il invoque.
Sur les conclusions indemnitaires :
16. Il résulte de l'instruction que M. C D est fondé à soutenir que le retrait illégal du permis de construire tacite né du silence gardé sur sa demande constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Livry-Gargan. Cette illégalité fautive est de nature à ouvrir, au bénéfice du requérant, un droit à réparation du préjudice qu'elle lui a causé de façon directe et certaine.
17. Toutefois, si le requérant soutient que la faute de la commune a retardé la mise en œuvre de son projet, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir.
18. Il résulte de ce qui précède que M. C D n'est pas fondé à demander l'indemnisation des conséquences dommageables de la décision du 12 octobre 2021 retirant son permis de construire tacite.
Sur les frais du litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Livry-Gargan le versement à M. C D de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Livry-Gargan du 12 octobre 2021 est annulé.
Article 2 : La commune de Livry-Gargan versera à M. C D la somme de 2 000 (deux mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. C D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au maire de la commune de Livry-Gargan.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,
Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La présidente-rapporteure,
K. Weidenfeld
La première assesseure,
I. Jasmin-Sverdlin
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026