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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117221

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117221

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2021 et le 29 avril 2022, M. A C, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 août 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et, pendant la durée de fabrication du titre de séjour, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous la même astreinte ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, durant cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

­ la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

­ elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'un menace pour l'ordre public et d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à l'irrecevabilité de la requête, ainsi qu'à son rejet, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 2 mai 2022 a fixé la clôture d'instruction au 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les observations de Me Maillard, avocat, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, a sollicité une carte de séjour pluriannuelle au titre de sa vie privée et familiale. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision préfectorale du 6 août 2021 qui a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état de la situation personnelle et familiale sur le territoire français de M. C au regard de la carte de séjour qu'il a sollicitée au titre de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se soit abstenu d'examiner la situation de M. C. Dès lors, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné, le 30 juin 2017, par le tribunal correctionnel de Bobigny à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis le 28 juin 2017 de violences suivies d'incapacité supérieure à huit jours et de violences dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Compte tenu de la gravité des faits portant atteinte à l'intégrité de personnes physiques, de la condamnation à une peine d'emprisonnement de six mois même avec sursis et de leur caractère relativement récent, nonobstant la circonstance qu'ils sont isolés et qu'il n'en avait pas été tenu compte lors de l'examen de la précédente demande de délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu valablement considérer que la présence de M. C en France constitue une menace pour l'ordre public faisant obstacle au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle sollicitée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit cru en situation de compétence liée par rapport au jugement du tribunal correctionnel de Bobigny pour refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, les moyens tirés d'une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit doivent être écartés. Il en résulte que le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 423-23, L. 433-4 et, en tout état de cause, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Le requérant fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis l'année 1998, qu'il est titulaire d'un titre de séjour depuis le 17 septembre 2010, qu'il dispose d'une solide expérience professionnelle, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que la commission du titre de séjour a rendu un avis favorable au renouvellement de son titre de séjour. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. C ne justifie pas de l'intégralité de l'ancienneté de séjour dont il se prévaut, notamment au titre de la période allant de l'année 2008 à l'année 2011 pour laquelle les pièces produites sont insuffisantes, mais également pour les périodes de novembre 2012 à avril 2013 et de septembre 2014 à juin 2015 au cours desquelles il ne justifie pas de sa présence en France, qu'en outre, son expérience professionnelle en qualité de manœuvre employé principalement en contrats d'intérim qui correspond certes à un équivalent temps plein de sept années depuis l'année 2000 demeure néanmoins discontinue et précaire, que, surtout, il ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français, étant précisé que son épouse et ses enfants nés en 2005 et 2011 résident au Mali, et qu'enfin, il ne fait pas état d'une insertion sociale particulière, sachant que, comme il a été dit au point 5, il représente, au surplus, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision préfectorale n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation de M. C. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 août 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et de mise à la charge de l'État des frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. TukovLa greffière,Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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