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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117285

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117285

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2021, M. B, représenté par Me Perdereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance du certificat de résidence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,

- les observations de Me Perdereau,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 2 août 1984 à Rouiba (Algérie), a sollicité le

7 mai 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de " salarié " et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 18 novembre 2021 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles pertinents de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968. Il indique notamment que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire en date du 12 septembre 2012 qu'il n'a pas exécuté. Par ailleurs, il indique que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. En outre, il mentionne que M. B ne produit pas de contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur, ni le certificat médical délivré par un médecin agréé et que les pièces qu'il produit pour justifier son ancienneté professionnelle ne sont pas probantes en raison de la présentation d'une carte nationale d'identité française obtenue frauduleusement pour l'embauche. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement réadmissible. Si M. B soutient que le préfet a commis un défaut de motivation en ne mentionnant pas les pièces relatives à son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier que le préfet les a examinées mais ne les a pas retenues en raison de leur obtention frauduleuse. Dès lors, il a suffisamment motivé son arrêté. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. M. B soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en raison de la durée de sa présence sur le territoire, et de son insertion professionnelle. D'une part, la seule présence alléguée et non établie du requérant sur le territoire français depuis 2016 ne saurait à elle seule à justifier la délivrance d'un certificat de résidence. D'autre part, si M. B soutient avoir spontanément au moment du dépôt de sa demande de titre de séjour, avoir alerté la préfecture sur la fraude qu'il a commise afin d'occuper un emploi, il ressort des pièces du dossier qu'il a occupé un emploi de frigoriste au sein de la société Ener Services, au terme d'un contrat à durée indéterminée de septembre 2019 à août 2020, puis un emploi au sein de la société SAS Global System environnement d'août à novembre 2020 et un emploi au sein de la société ATI de décembre à octobre 2021, le caractère récent de cette insertion professionnelle ne permet pas d'établir que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient son admission au séjour. Enfin, M. B ne produit pas de contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur ni de certificat médical obligatoire en vertu des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. M. B n'établissant pas que le refus de délivrance d'un certificat de résidence serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé et doit, en conséquence, être écartée. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 3, et pour les mêmes motifs, que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

5. M. B n'établissant pas que le refus de délivrance d'un certificat de résidence serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant le délai de départ volontaire, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ". Il résulte de ces dispositions que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à une personne faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative peut se fonder sur différents critères alternatifs, parmi lesquels notamment le risque que constitue le comportement de l'intéressé pour l'ordre public et l'absence de garanties de représentation suffisantes.

7. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision attaquée, lesquelles ne sont pas contestées par le requérant, que, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire en date du 12 septembre 2018. Ainsi, si le requérant soutient que le préfet ne peut établir que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. M B n'établissant pas que le refus de délivrance d'un certificat de résidence serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour " ; de même les dispositions de l'article L. 612-10 du même code prévoient que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

11. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. B n'a pas bénéficié d'un délai au départ volontaire. En outre, il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire en date du 12 septembre 2018. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée et en rappelant ces circonstances, le préfet n'a pas commis de défaut de motivation et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Robbe, premier conseiller,

- M. Iss, premier conseiller.

Lu en audience publique le 20 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

C. Gosselin L'assesseur le plus ancien,

Signé

J. Robbe

La greffière,

Signé

St. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2117285

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