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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117348

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117348

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. E A, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête, enregistrée le 7 octobre 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris puis le 15 décembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, M. A, représenté par Me Le Goff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour pendant deux années ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Le Goff renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de forme dès lors que le nom de son signataire n'est pas identifiable ;

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché de vices de procédure résultant de l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne permettant pas de contrôler la régularité de la composition du collège des médecins ni l'authenticité de leur signature ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de forme dès lors que le nom de son signataire n'est pas identifiable ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2022 :

- le rapport de Mme G,

- et les observations de Me Le Goff, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 16 août 1985, a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé, délivré le 12 janvier 2017, valable jusqu'au 11 janvier 2018, dont il a sollicité le renouvellement le 9 février 2018. Par un arrêté du 8 août 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux années. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

3. Il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci est signée pour le préfet de la Seine-Saint-Denis. Si la mention de la qualité de la signataire apposée par cachet humide n'est pas lisible, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors que son auteur, Mme F B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, peut être identifiée sans ambiguïté à l'examen de l'arrêté, l'en-tête de celui comportant notamment la mention du service dont il émane.

4. En deuxième lieu, par arrêté du 28 juin 2019 régulièrement publié au bulletin d'informations administrative du 8 juillet 2019 de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme F B, en sa qualité d' adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, lui donnant compétence pour signer notamment les décision portant refus de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas allégué qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des mentions portées dans l'arrêté attaqué que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui était joint et que le préfet s'est assuré que le collège de médecins était régulièrement composé et notamment que le médecin instructeur n'y avait pas siégé. Dès lors, en se bornant à soutenir que, faute pour le préfet de le produire à l'instance, cet avis doit être regardé comme entaché de différents vices de procédure, sans le produire lui-même et alors qu'il lui appartenait, le cas échéant, de faire les diligences nécessaires pour en obtenir la communication, le requérant n'apporte pas d'élément suffisant à établir ses allégations. Dans ces conditions, les moyens tirés des vices de procédure dont serait entaché l'arrêté attaqué en raison des conditions d'émission de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, l'arrêté attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, et mentionne les éléments liés à son état de santé ainsi qu'à sa situation privée et familiale en considération desquels le préfet a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et les moyens tiré de ce qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a estimé, conformément à l'avis émis le 14 décembre 2018 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé. Dès lors que M. A, qui souffre d'une hépatite B, ne produit aucun élément de nature à justifier qu'un défaut de prise en charge médicale entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni même ne le soutient dans ses écritures, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En sixième lieu, M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2010, de ce qu'il a occupé plusieurs emplois dans le secteur de la téléphonie mobile entre 2017 et 2019 et qu'il dispose désormais d'un contrat à durée indéterminée en tant que manutentionnaire conclu avec la société Bat distribution le 19 octobre 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, âgé de trente-quatre ans, est célibataire et sans charge de famille, qu'il ne justifie pas posséder d'attaches familiales ou personnelles particulières en France, tandis qu'il ne soutient pas qu'il serait isolé en Guinée, où il a vécu pendant vingt-cinq ans. En outre, si l'intéressé se prévaut de la conclusion, le 19 octobre 2020, d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de manutentionnaire, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, ne peut être prise en compte pour apprécier sa légalité. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est écarté.

11. En deuxième lieu, la délégation de signature mentionnée au point 4 permettant également à Mme F B de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de l'incompétence de la décision obligeant M. A à quitter le territoire est écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié/ () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. A ne remplit pas les conditions mentionnées au 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si bien que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

14. En quatrième lieu, il résulte des points 2 à 9 que M. A ne peut exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. En premier lieu, l'arrêté mentionne les considérations de fait et de droit qui fondent l'interdiction de retour, au regard des critères énoncés aux dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation et le moyen tiré d'un défaut d'examen doivent être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte des éléments mentionnés au point 9 et de la circonstance que M. A s'est soustrait à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2015 que le préfet n'a pas méconnu les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation de M. A en prononçant à son encontre une interdiction du territoire français pendant deux années.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 8 août 2019. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Le Goff et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Hoffmann, président,

M. Le Garzic, vice-président,

Mme Van Maele, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

S. G

Le président,

Signé

M. D La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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