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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117377

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117377

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSAMIRA CHELLAL-GHANEM AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Chellal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de quarante-huit heures, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Chellal renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique du 18 avril 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1976, a sollicité, le 20 novembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'articles L. 313-14 et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 435-1 et L. 423-23. Il demande l'annulation de l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, l'arrêté attaqué, qui vise les articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, sur le fondement desquels M. A a présenté sa demande de titre de séjour, et expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que l'intéressé n'entrait pas dans leurs prévisions, comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour. D'autre part, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision de refus de titre de séjour, en application du 10° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 613-1. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du 7° l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, désormais reprises à l'article L. 423-23, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public : " A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Enfin, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Si M. A établit vivre en France avec son épouse, compatriote, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est également en situation irrégulière sur le territoire français et qu'elle fait d'ailleurs l'objet, ainsi qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué, d'une obligation de quitter le territoire français datée du 21 décembre 2020. Si le requérant se prévaut également de la présence en France de ses trois enfants, nés en 2008, 2014 et 2017, et de la circonstance ces derniers n'ont connu que le système scolaire français et sont respectivement scolarisés, à la date de la décision attaquée, en classe de 4ème au collège, de cours préparatoire à l'école primaire et petite section à l'école maternelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers ne pourraient pas poursuivre une scolarité normale au Maroc. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. A se reconstitue dans son pays d'origine, où peuvent l'accompagner son épouse et ses enfants et où il a vécu la majeure partie de son existence. Si le requérant se prévaut en outre de son contrat de travail à durée indéterminée en qualité de manœuvre conclu le 5 juin 2019, toujours exécuté, pour lequel il justifie d'un salaire s'élevant seulement et en dernier lieu à 349 euros net par mois, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une insertion professionnelle d'une qualité et d'une intensité particulières. Enfin, dans ces conditions, nonobstant la durée de présence en France de M. A, établie à compter du début de l'année 2013, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, ni que le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et des dispositions alors applicables du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que les éléments invoqués par M. A au titre de sa vie personnelle et familiale en France ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions de l'article L. 313-14, désormais reprises à l'article L. 435-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là qu'en estimant que les éléments de la situation personnelle et professionnelle de M. A ne justifiaient pas sa régularisation exceptionnelle au séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou dans l'application de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 12 février 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chellal et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Nguër, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

Le président,

C. TukovLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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