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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117450

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117450

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantMISSEOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 décembre 2021, 31 mai 2022, 17 janvier 2023 et 27 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Misseou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater le retrait de la décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée ;

2°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser une somme de 40 000 euros à titre de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision implicite de rejet de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité : elle n'est pas motivée ; il n'a pas été invité à produire des pièces pour compléter sa demande ; elle est illégale, alors qu'il répond à l'ensemble des conditions de délivrance de la carte sollicitée au regard des articles L. 612-20, L. 612-20-1 et R. 617-17 du code de la sécurité intérieure ;

- en ce qui concerne sa demande indemnitaire : il justifie d'un préjudice indemnisable compte tenu du refus infondé de renouvellement de sa carte professionnelle qui l'a privé de la possibilité d'occuper un emploi pendant près de sept mois et l'a rendu anxieux sur son avenir professionnel, ainsi que de la durée particulièrement longue de l'instruction de son dossier.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 mai 2022 et 14 novembre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la commission nationale d'agrément et de contrôle a fait droit au recours administratif préalable obligatoire du requérant par une décision du 10 février 2022 et une carte a été délivrée à ce dernier par une décision du 24 mars 2022 ;

- les conclusions indemnitaires sont infondées en l'absence d'illégalité fautive de sa part ; le délai d'instruction ne lui est pas imputable, le requérant s'étant placé lui-même dans la situation qu'il invoque ; le quantum des différents préjudices invoqués n'est pas étayé.

Par une ordonnance du 14 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2014-1294 du 23 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était titulaire d'une carte professionnelle l'autorisant à exercer l'activité privée de sécurité d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques. Il a sollicité le renouvellement de cette carte par une demande réceptionnée par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) le 9 août 2019. M. A a formé un recours préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, qui a été réceptionné le 21 septembre 2021. Ce recours a été implicitement rejeté. Par une réclamation présentée le 20 décembre 2021, M. A a demandé au CNAPS de l'indemniser des préjudices qu'il estimait avoir subis du fait de la perte de salaires et du délai de traitement par le CNAPS de sa demande de carte professionnelle. La requête de M. A, qui demande, dans le dernier état de ses écritures, de constater le retrait de la décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle et de lui verser une indemnité, doit être regardée comme un recours indemnitaire tendant à condamner le CNAPS à lui octroyer une indemnité d'un montant de 40 000 euros en réparation des préjudices causés par le comportement fautif de ce dernier.

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ". Aux termes de l'article R. 633-9 du même code : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée ". Enfin, le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur les demandes portant sur la délivrance d'une carte professionnelle autorisant l'exercice d'activités privées de sécurité vaut décision de rejet, conformément au décret du 23 octobre 2014 susvisé relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites sur le fondement du 4° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Il résulte de l'instruction que le CNAPS a accusé réception de la demande de renouvellement de carte professionnelle présentée par M. A, par un courriel en date du 9 août 2019 qui précisait que le silence gardé pendant deux mois par cet organisme à compter de la date de réception de cette demande valait décision de rejet, sous réserve d'une suspension de ce délai prononcée afin de permettre le cas échéant au demandeur de compléter son dossier, et que le requérant, s'il entendait contester cette décision implicite de rejet, disposait d'un délai de deux mois pour former un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS.

4. D'une part, il est constant que la demande de M. A en date du 9 août 2019 n'a donné lieu à aucune réponse expresse du CNAPS. Il ne résulte pas de l'instruction que le délai de deux mois imparti pour contester cette décision aurait été suspendu pour permettre au requérant de compléter son dossier, la circonstance que le CNAPS ait délivré à ce dernier des récépissés de demande de carte professionnelle n'ayant pas eu un tel effet. Dès lors, en application de la règle fixée par le décret du 23 octobre 2014 susvisé, cette demande a été implicitement rejetée le 9 octobre 2019. Ainsi qu'il est dit au point 1, M. A n'a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS que le 21 septembre 2021, alors qu'il lui appartenait de saisir cette commission dans un délai de deux mois suivant la décision du 9 octobre 2019. Un tel recours ne pouvait dès lors, compte tenu de sa tardiveté, qu'être rejeté, et il a d'ailleurs donné lieu à un rejet implicite le 21 novembre 2021.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que, par une décision expresse du 10 février 2022, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a, comme il lui était loisible de le faire, procédé à un nouvel examen de la situation du requérant, à l'issue duquel, faisant droit au recours administratif préalable obligatoire de ce dernier, elle a décidé, le 10 février 2022, de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée, ce document ayant été délivré pour une durée de cinq ans à compter du 24 mars 2022, par une décision de la commission locale d'agrément et de contrôle du CNAPS du même jour. Au regard de ce qui précède, ni la décision du 10 février 2022, qui s'est substituée à celle du 21 novembre 2021, ni la décision du 24 mars 2022 ne peuvent être regardées comme étant intervenues au terme d'un délai d'instruction anormalement long de la demande de renouvellement de la carte professionnelle du requérant, ce dernier n'ayant formé un recours administratif préalable obligatoire que le 21 septembre 2021. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que le CNAPS aurait commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de sa carte professionnelle ainsi que du délai excessivement long de traitement de sa demande.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de M. A tendant à la condamnation du CNAPS à l'indemniser de préjudices subis doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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